FORMATIONS SÉDIMENT A IRE S
on en soit averti par l'aspect du sol. Si cette circonstance se présente, la stratigraphie se complique singulièrement et peut offrir parfois des problèmes insolubles. Môme dans les contrées dépourvues de failles, lorsqu'il existe des plis
renversés (fig. 160) et que la tête de ces plis a été enlevée par érosion, en rencontrant sur son che- Fig. 160. - Plis renversés. min des assises en concordance
apparente, on peut être exposé à prendre pour des couches différentes, en superposition régulière, les récurrences d'une même assise plusieurs fois recourbée et à exagérer ainsi singulièrement la puissance, c'est-à-dire l'épaisseur de certains systèmes.
Emploi de la paléontologie- Espèces caractéristiques. — Dans tous les
cas de ce genre, la paléontologie, lorsque son application est possible, devient d'un puissant secours en permettant d'identifier les couches à l'aide des restes organiques qu'elles renferment. La similitude complète des ensembles organiques n'est d'ailleurs pas absolument nécessaire pour établir le synchronisme des dépôts à distance. Il y a généralement, dans la faune ou la flore d'une assise, des espèces remarquables par leur constance et aussi, quelquefois, par la signification tranchée de leur organisation, qui implique dans le milieu des conditions très spéciales. Ces espèces deviennent, au moins pour une région déterminée, des fossiles caractéristiques d'un horizon. Le critérium qu'elles fournissent est assez sûr, quand il est bien employé, pour faire reconnaître les bouleversements et les renversements des couches ; môme il permet très souvent de deviner des failles dont l'état du terrain empêcherait la constatation directe.
Toutefois, l'aire de dispersion d'une môme espèce ne s'étend jamais à la surface entière du globe et à une époque donnée, un même ensemble de conditions physiques peut offrir des variations sensibles entre deux points très éloignés l'un de l'autre. Aussi, en raison de l'harmonie qui existe toujours entre les circonstances du milieu ambiant et la constitution des organismes qui l'habitent, il arrivera souvent qu'à une môme époque les mêmes types spécifiques présenteront, d'un lieu à un autre, certaines différences de forme. C'est pourquoi la notion des espèces caractéristiques doit être complétée par celle des formes représentatives, en vertu de laquelle des fossiles assez différents pour former, aux yeux des naturalistes, des espèces distinctes, quoique très voisines, peuvent être considérés comme des variétés locales et contemporaines, appartenant à un même type organique.
Établissement des périodes. — C'est après avoir constaté, par les moyens qui viennent d'être indiqués, l'étendue, tant horizontale que verticale, ainsi que la valeur, au point de vue paléontologique, des assises homogènes distinguées par lui, que le géologue peut chercher à établir, entre plusieurs assises consécutives, des groupements naturels correspondant à des périodes géologiques. Cela suppose que l'histoire du globe est, comme celle de l'humanité, susceptible
de coupures et que, dans la série des événements terrestres, il y en a qui ont la valeur de dates.
Cette induction est assurément justifiée, à condition qu'on ne cherche pas à étendre trop rigoureusement la signification de toutes les périodes à la surface entière du globe. De môme que la division du moyen âge et des temps modernes, légitimement fondée, en ce qui concerne l'Europe, sur l'invention de l'imprimerie et la découverte de l'Amérique, n'a aucun sens quand il s'agit de l'histoire de la Chine ou de celle du Japon, de même une coupure de premier ordre, marquée, dans une région géologique, par une discordance accentuée, tant stratigraphique que paléontologique, s'effacera peu à peu, comme nous l'avons fait voir, dans une certaine direction pour faire place à une série continue d'assises concordantes. Plus on descend dans le détail, et plus cette impossibilité d'établir une série applicable à tout le globe devient manifeste. Autant donc il est convenable, pour une région déterminée, de multiplier les subdivisions, afin de répondre à tous les objets que la géologie doit avoir en vue, autant il faut mettre de largeur dans le choix des périodes d'ensemble.
Notions de synchronisme et d'équivalence. — Il convient aussi de remarquer que la notion du synchronisme ne saurait, en géologie, avoir un sens absolu. De ce que deux assises, observées dans deux régions différentes, renferment des faunes tout à fait semblables, il ne s'ensuit pas que leur dépôt corresponde rigoureusement au même instant de l'histoire du monde. L'identité organique implique seulement l'identité dans les conditions physiques. Or ces conditions peuvent cesser d'exister en un point, tandis qu'elles se transportent en bloc en d'autres points plus ou moins voisins, déterminant une migration correspondante des espèces animales ou végétales. De la sorte, deux groupes reconnus identiques ne représentent pas toujours deux formations synchroniques, mais bien deux ensembles équivalents et peut-être successifs, dont l'un, en raison des conditions extérieures, a pu se prolonger au point qu'il occupe beaucoup plus longtemps que l'autre.
Ainsi soient (ûg. 461) deux régions distinctes, 4 et 2, offrant chacune un même système de trois étages tels que A soit l'équivalent de A', B celui de B', et C celui de C. Si l'on affecte à ces trois étages des hauteurs proportionnelles, non à leurs épaisseurs réelles, mais à leurs durées respectives, il pourra très bien arriver que leurs limites ne coïncident pas d'une manière rigoureuse. Pourtant, lors même que des observations de continuité réussiraient à établir que les premiers lits de A se sont déposés en même temps que les derniers lits de B', il vaudra généralement mieux, dans l'exécution des cartes géologiques des régions 1 et 2, placer les limites à la séparation des étages locaux, afin d'avoir, dans chaque région, des divisions vraiment conformes à son histoire.
Fig. 161. — Diagramme relatif aux équivalences géologiques.