TYPES FRANÇAIS DU SYSTÈME SILURIEN
Normandie. — Le système silurien affleure en de nombreux points de la Normandie et de la Bretagne ; mais le plus souvent les couches y sont affectées de dislocations compliquées, qui pendant longtemps ont rendu assez obscur Tordre réel de succession des assises.
C'est près de la limite commune de l'Àrmorique et du Cotentin, aux environs de Domfront, que cette succession peut le mieux être étudiée (1). On y observe de bas en haut, en se dirigeant vers le Calvados, la série suivante (fig. 211).
JLaBarlelière
Pont de Caen
Fig. SU. Coupe nord-sud à travers le massif silurien de Domfront (d'après M. J. Michel). — 1, Granité;
5, schistes cambriens; 3, grés armoricain; 4, schistes à calyménes; 5, grés de la Haute-Chapelle;
6. schistes et grés alternants; 7, grés culminant; 8, schistes ampélileux
1° Grès armoricain; 2° schistes à calyménes ; 3° grès de May et schistes subordonnés; 4° schistes et calcaires ampéliteux à graptolithes.
I. Le grès armoricain, ainsi nommé par M. Marie Rouault en raison du développement considérable qu'il prend en Bretagne, forme la remarquable chaîne de grès qui s'étend comme une muraille depuis Bagnoles-de-1'Orne jusqu'à Mortain, où ce grès, soulevé par une faille et plongeant rapidement au nord, repose sur les tranches généralement verticales des phyllades cambriens. À l'extrémité occidentale de la chaîne, à Mortain, le grès armoricain, coupé par plusieurs systèmes de cassures, donne naissance aux pittoresques rochers de la vallée de la Cance.
Pig. 212. Coupe dirigée du sud au nord, à travers le bassin silurien de Mortain, à peu prés suivant l'axe de la vallée de Bourberougc. — 1, granité; 2, phyllades, 3, grés armoricain; 4, schistes à calyménes; 5, grés de May; f ff, failles.
bans l'intervalle, à Domfront et à Bourberouge, sa masse est coupée à pic par deux gorges profondes, qui permettent d'en mesurer l'épaisseur, supérieure A 60 mètres et dont la dernière se prolonge au nord par une vallée où Ton peut jpelever la coupe de la figure 212.
Le grès est généralement blanchâtre, le plus souvent dur et compact, comme Un véritable quartzite et fournissant un excellent caillou d'empierrement, rarement
(1) J. Michel, Bull, delà Soc. géol. de France, 2- série, XVII, p. 698.
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Mortain; mais on ne peut clouter de son identité avec le grès de May et de Jurques, dans le Calvados, qui contient Dalmanites incertu$9 Homalonotus Brongniarti, H. Vicaryi, Conularia pyramidata, Orthocera*, Orthis redux var. Budleighensis, et des bivalves des genres Orthonota, Modiolopm, etc.
Aux environs de Falaise, on peut constater, à Potigny-Soumont (1), que le grès contenant les fossiles de May repose sur les schistes à Calymene Tristani, couronnant eux-mêmes le grès armoricain à Tigillites.
A la masse principale du grès sans fossiles succèdent à Domfront, vers le hameau du Pont-de-Caen, des couches alternatives de schiste et de grès en minces plaquettes, que couronne un nouveau massif de grès en couches minces, offrant les mêmes colorations que la masse exploitée à la Haute Chapelle. Cet ensemble est sans fossiles et les schistes, mal représentés aux environs de Mortain, paraissent acquérir de plus en plus d'importance vers l'Est.
IV. Le grès culminant dont il vient d'être question est couronné à son tour par des schistes argileux non cristallins, violacés, se débitant en menus morceaux à surfaces très planes, et souvent assez chargés de matières charbonneuses pour passer à l'état d'ampélites. On y observe des graptolithes (Monograptus colonus, M. priodon, Diplograptus folium) et des moules d'Orthoceras ainsi que de Cardiola. Ces mêmes ampélites, difficiles à voir en place à cause de la facilité avec laquelle leurs éléments s'altèrent à l'air, se retrouvent près de Lonlayl'Abbaye et de Saint-Sauveur-le-Vicomte, ainsi qu'à Vretot. Dans cette dernière localité, les fossiles abondent à la surface de boules dures à structure concentrique, disséminées au milieu de l'ampélite schisteuse.
A Feuguerolles, dans le Calvados, cette zone a pour équivalent un système de schistes non ampéliteux avec Palasterina et traces analogues aux* Nereites, que surmonte le calcaire ampéliteux bien connu par ses fossiles. Ce calcaire, qui se présente plutôt en lentilles qu'en couches, renferme des Orthocères (Orthoceras originale, 0. styloideum, 0. subannulare, 0. lancea, etc.) avec des graptolithes (Monograptus priodon, Retiolites Geinitzi) et la Cardiola intermptaf ainsi que des polypiers et des crinoïdes, lels que Scyphocrinites elegans. Ces fossiles sont ceux de la faune troisième ; les calcaires ampéliteux appartiennent donc certainement à l'étage bohémien. Quant aux schistes, il semble qu'il y ait lieu de les considérer comme l'équivalent duLlandovery anglais; de la sorte, ils formeraient le dernier terme de la faune seconde.
A Saint-Nicolas-des-Bois, dans l'Orne, on retrouve encore cette assise sous la forme de schistes à nodules calcaires noirs avec Bolbozoe, Orthoceras, crinoïdes.
Armorique. — La succession des assises siluriennes dans la partie orientale de l'Armorique, exprimée par la figure 213, est conforme à l'ordre établi pour la Normandie.
Le grès armoricain, intimement lié par sa base aux schistes rouges, offre de
(1) Morière, Assoc. françaite, session de Montpellier, 1881, p. 665.
nombreux bilobites (Cruziana rugosa , C. furciferà , C. Lyelli , C. Prevoeti, Frcena, etc.) ainsi que des Tigillites (T. linearis), VexillUm, Dœdalus, Uimbricaria, avec des lingules (L. Lesueuri, Dinoboltts Brimonli), et des acéphales (Lyrodema armoricana,] Modiolopsis Cailliaudi, Ctenodonta Costœ, Orthonota Lebescontefy.
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Fig. 213. Coupe nord-sud entre Rennes et Nantes (d'après M, Lebesconte). — 1, schistes de Bennes; î, poudingue; 3, schistes rouges; 4, grés armoricain: 5, schistes à calymënes; 6, grès de la Couyére; 7, schistes à trinucles; 8, grés et ampélites; 9, grés à sphéroïdes.
Les gisements fossilifères de ce grés sont situés à Sion, Pontréan, Châteaubriant, Malestroit, etc. A Sion, les assises supérieures du grès, devenues ferrugineuses» renferment Asaphus armoricanus. A Coatquidam, dans le Morbihan, la partie moyenne du grés armoricain est assez chargée d'oxyde de fer pour donner un véritable minerai.
Le système schisteux superposé au grès armoricain débute en général par une zone ferrugineuse, souvent constituée à l'état de véritable minerai de fer. Le minerai peut être de l'oligiste, de l'hématite, de la limonite, de la chamoisite (Sainte-Brigide près Salles en Morbihan) ; de la magnétite (Salles et Quintin, des Côtes-du-Nord), du carbonate de fer (La Chouanière). Quand cette zone est fossilifère, comme à Laillé, près de Sion, elle renferme Placoparia Zippei.
Au-dessus viennent les schistes à calymènes, fissiles, parfois ardoisiers, comme à Vitré, légèrement micacés, fréquemment pyriteux, dont la couleur dominante est le bleu foncé ou le noir, parfois le gris jaunâtre. A la partie supérieure de ces schistes se développent des nodules argilo-siliceux très fossilifères; c'est ainsi qu'à Bain,Guichen et la Hunaudière on peut recueillir de bons exemplaires de Calymenc Tristani et de toutes les autres espèces de la même zone. Nous ajouterons, à celles qui ont déjà été énumérées, Calymene Salteri, C. pulchra, Cheirurus Guillieri, Primitia, Liluites, Endoceras et Bythotrephis sionensis (1).
Les ardoises de la Couyère paraissent occuper la partie supérieure de l'étage des schistes à calvmènes.
Le grès de May aurait pour équivalents en Bretagne les grès de Saint-Germainsur Me, de la Bouexiére, de Martigné, de Thourie et de la lande de Baugé, avec Calymenc Bayani, Trinucleus Goldfussi, Dalmanites incertus, Pseudarca typa, Modiolopsis Heberd, Cormdites confertus, Diployraptus Baylei, Ortiiis redux, 0. Budleighensis. Ces grès contiennent encore des Tigillites. On retrouve le même horizon à Henazé, dans la Mayenne.
(1) Voir les listes de M. de Troinelin, Assoc. française, session de Nantes, 1875.
Au-dessus des grès à Calymene Bayani, MM. de Tromelinet Lebesconte placent les schistes de Riadan, de Coësmes et de Renazé, caractérisés par les trilobites du genre Trinucleus, et spécialement par T. Pongerardi et T. ornatus. À ce niveau apparaissent Acidaspis Buchi, lllœnus Beaumonti, Ampyx.
Aux environs de Rennes et de Poligné, on observe un grès sans fossiles, que surmontent les schistes ampéliteux de Poligné et de la Ménar claie, avec Monograptus colonus. Quant à l'assise de Feuguerolles, elle existe à Martigné-Ferchaud et à Thourie (1), dans des sphéroïdes épars au milieu d une argile gréseuse noirâtre. On y trouve notamment Morograptus priodon et Cardiola interrupta.
Il existe à Erbray, dans la Loire-Inférieure, un massif calcaire dont la base, blanchâtre et presque crayeuse, contient Calymene Blumenbachi, Phacops fecundvs, Harpes venulosus, tandis que la partie supérieure, formée d'une roche bleuâtre et subcristalline par suite de l'abondance des encrines, renferme des espèces qui sembleraient établir le passage du silurien au dévonien. Le calcaire blanc d'Erbray devrait donc être mis sur le même niveau que l'étage F de Bohême et représenterait tout ce qu'il y a de plus haut dans le silurien français.
Dans le Finistère, le grès armoricain se présente sous la forme du Grès blanc des montagnes Noires, à Tigillites (Scolithus) linearis. M. Ch. Barrois (2) y distingue, à la base, un grès dur homogène, sans fossiles, dit Grès du Grand-Gouin; pardessus, 40 mètres de schistes intercalés, également sans fossiles, visibles à l'anse de Portnaye; enfin 80 mètres de grès blanc, dit du Toulinguet, à Tigillites. Ce grès, plus micacé que les précédents, est l'équivalent du grès de Coat- Quidam, dans le Morbihan.
Les schistes à calymènes s'observent sous une assez grande épaisseur à Morgat, Dinan, Camaret, Dinéault. Us sont caractérisés par Calymene Tristani, avec Dalmanites Phillipsi, Ogygia glabrata* Orthis Berthoisi, Didymograptus, etc.
La même assise se retrouve à Malestroit (Morbihan), où elle est remarquable par le nombre et la taille des trilobites (Calymene, Lichas, etc.). Le silurien supérieur paraît être très rudimentaire dans la Bretagne occiden.
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Fig. 214. Coupe sud-nord à travers le bassin silurien du Finistère (d'après M. Ch. Barrois). — 1. granité; 2, gneiss; 3, phyllades de Douarnenex; 4, poudingues et schistes rouges; 5, grés armoricain; 6, schistes de Morgat; 7, schistes et quartzitesde Plougastel; 8, terrain dévonien.
taie. On l'observe surtout dans la presqu'île de Crozon, sous la forme d'un calcaire, dit calcaire de Rosan (3), avec Orthis elegantula, 0. actoniœ} qui lui-môme
(1) Tromelin et Lebesconte, Bull, de la Soc. géol. de France, 3" série, IV, p. 592.
(2) Ch. Barrois, Ann. de la Soc. géol. du nord, IV, p. 38.
(3) Ch. Rarrois, Ann. de la Soc. géol. du Nord, VII, p. 259.
repose sur une assise de schistes à nodules calcaires avec Cardicla interrupta. Ces schistes à leur tour sont séparés du grés blanc à Scolithu» par une assise de schistes alunifères à Monograptus colonus, visibles à Dinan et à Dinéault (1). Ailleurs les schistes à cal y mènes supportent directement les schistes et quartettes de Plougastel, base du système dévonien (fig. 214). Anjou. Haine. — Aux environs d'Angers, le système silurien, dont la figure 245
Fig. 215. Coupe du silurien aux environs d'Angers (d'après V. H. Hermite). — 1, schistes inférieurs; î, minerai de fer et grés à bilobites; 3, grès et schistes sans fossiles; 4, schistes ardoisiers; 5, schistes tant fossiles ; 6, phthanites à graptolithes.
indique l'allure tourmentée, offre du haut en bas, d'après M. Hermite (2), la succession suivante :
9 Calcaire ampéliteux de la Meignanne, avec Orthocères et Cardiola interrupla.