‹ Traité de géologieChapitre 469 sur 533 · FIN DE L'EXTENSION DES GLACIERS · texte numérisé non relu

FIN DE L'EXTENSION DES GLACIERS

en Asie, à en juger par les observations recueillies sur le sol sibérien. L'abondance des ossements de mammouth et de Rhinocéros tichorhinus qu'on y rencontre semble désigner cette contrée comme la véritable patrie de ces deux espèces d'herbivores. On a d'ailleurs acquis la certitude (1) qu'à l'époque où elles s'y multipliaient, le climat de ce pays, attesté par les restes de végétaux et de coquilles terrestres, était doux et humide. De la sorte, la Sibérie septentrionale formait une steppe ou une forêt immense, abondamment pourvue de la végétation qui convenait aux pachydermes en question. Il est vraisemblable que l'invasion du froid s'y est fait sentir à la fois par le nord, sous l'influence des glaces polaires, et par le sud, en raison des neiges accumulées sur les montagnes des chaînes méridionales, déterminant la fuite du mammouth et du rhinocéros dans la direction de l'Europe. De plus cette invasion a dû être très subite; car non seulement on a de la peine à s'expliquer dune autre manière Tinnombrable quantité de restes de mammouth que recèlent les rivages septentrionaux de la Sibérie et plus encore les iles qui les bordent; mais il convient de ne pas oublier la rencontre, plus d'une fois réalisée, de cadavres entiers de cet animal, dont la chair a pu être mangée par des chiens. Ces cadavres étaient enfouis, quelquefois debout, dans les alluvions des toundras, et pour que la chair en ait été conservée sans avoir subi la transformation en adipocire que produisent les tourbières, il faut que, peu après la chute de l'animal dans le marais où il avait péri, ,1a gelée ait pour toujours pris possession du sol.

Fin de l'extension des glaciers. — Nous avons admis que les vallées, creusées ou tout au moins suffisamment dessinées pendant les périodes géologiques précédentes, avaient dû être affoui liées de nouveau à l'époque des grands cours d'eau. Gela suppose une série de mouvements contraires du sol, permettant, les uns le comblement, les autres l'affouillement. Or, à la fin de la phase des grands cours d'eau, le niveau du fond des vallées était à peu près le même qu'aujourd'hui ; puisque, d'autre part, nous savons qu'un fleuve, quelque puissant qu'il soit, ne creuse son lit et ne déplace ses gros graviers de fond que quand sa pente devient torrentielle, il est logique d'admettre que des mouvements d'exhaussement successifs ont marqué la phase des grands cours d'eau, et, à en juger par la fixité des terrasses, ces mouvements ont dû s'accomplir par un certain nombre de saccades.

Un tel phénomène d'émersion, en accroissant peu à peu l'altitude de la masse continentale, n'a pu manquer de se montrer de plus en plus favorable à la conservation et à l'extension de la glace. Aussi voit-on, dans nos contrées et en dehors de toute influence cosmique encore persistante, la température s'abaisser, depuis le temps de YElephas antiquus et de ses compagnons, l'hippopotame et le Rhinocéros Merckiy jusqu'à celui du mammouth, certainement couvert de poils et muni d'une crinière, et du Rhinocéros tichorhinus à la peau laineuse; il semble donc que ce soit avec la phase à laquelle ces derniers animaux appar-

(i) Voir Howorth, Geol. Magazine, 1880, pp. 491, 550; 1881, pp. 197, 314, 551, etc. y

tiennent que l'extension glaciaire alpine et pyrénéenne a dû atteindre son maii-

ÉtBhllaaemnrt du régime «ec et froid. — Hais bientôt un changement

notable se manifeste. Les cours d'eau ne donnent plus de marques de grande activité ; l'homme européen, qui jusqu'alors avait habité les bords des rivières, se retire dans les cavernes ; le mammouth devient de plus en plus rare et cède la prédominance au renne, animal connu pour redouter les brouillards, tandis qu'il s'accommode sans difficulté des froids secs. Avec le renne se montrai l'antilope saïga, le glouton, le renard arctique, le lemming et autres animaux qui habitent aujourd'hui les latitudes boréales. La végétation comprend, comme i Schussenried, en Souabe, des mousses arctiques, Hypnum sarmentotum. H. Groenlandicum, et d'autres alpines, telles qu'ff. fluitatu, var. tennittimum. Tout concourt à nous représenter nos régions, depuis les Pyrénées jusqu'à h mer du Nord, comme soumises â un régime de froid sec et rigoureux.

C'est justement à cette époque que te botilder-clay s'avance en Angleterre jusqu'à la Tamise et que les tee-bergt vont disperser, sur les plaines immergées du littoral de la Baltique, leur charge de blocs erratiques. Nous avons vu que ces blocs ne se rencontrent en nombre considérable que dans le dituvium [supérieur, ce qui prouve que la grande extension des glaces Scandinaves a été tardive. D'un autre coté, si les géologues anglais admettent un bovlder-clay ancien, immédiatement postérieur au forett-beil, ce dépôt parait avoir été moins étendu que le boulder-elay supérieur ou crayeux: et tandis que les preuves abondent de la superposition de ce dernier au loess et même à la terre des cavernes, rio n'est plus confus et plus douteux que les relations stratigraphiques du boulder clay ancien. C'est pourquoi, sans refuser à l'Angleterre et à l'Ecosse une première période de progression des glaciers, contemporaine de celle de la Suisw. nous croyons qu'il n'est nullement téméraire d'affirmer que le principal phénomène glaciaire de la Grande-Bretagne et de la Scandinavie a dû succéder m phénomène glaciaire alpin.

Dans ce cas, on petit admettre que la zone pluvieuse seseraif transportée vert If nord, en même temps, peut-être, que les contrées boréales s'affaissaient, à l'inverse du mouvement qui avait exhaussé l'Europe centrale. Ainsi s'expliqueraient à la fois la sécheresse du sol français, le recul des glaciers alpins et l'énorme progression de ceux des régions septentrionales. El l'influence de ces immense masses de glace, les unes labourant le sol anglais, les autres envoyant leurs débris flotter jusqu'en Lusace et en Bohême, justifierait encore l'abaissement a> température qui parait avoir coïncidé chez nous avec la phase du renne.

Probabilité d'aae transition bm*uue. Age du Mm». — Quoi qu'il «l soit, sur notre sol européen, la transition dit régime des grands cours d'eau i celui de l'Age du renne a dit se faire brusquement. Sans cela, les rivières, qui d'abord avaient roulé de gros graviers, eussent peu à peu comblé leur lit majeur avec du limon, suivant la juste observation de Be [grand. Au contraire, le lit

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