‹ Traité de géologieChapitre 529 sur 533 · DURÉE DES TEMPS GÉOLOGIQUES · texte numérisé non relu

DURÉE DES TEMPS GÉOLOGIQUES

données sur lesquelles on est obligé de s'appuyer sont tellement vagues, que, suivant le point de vue qu'on adopte, les chiffres obtenus peuvent varier de 1 à 20, parfois de 1 à 100, et pourtant ces résultats extrêmes ne méritent guère moins de confiance les uns que les autres.

Principe des évaluation*. — Sous ces réserves, nous indiquerons brièvement le principe de quelques méthodes d'évaluation. Sir William Thomson, en se fondant sur l'état calorifique actuel du globe et sur la rapidité probable avec laquelle sa chaleur primitive avait dû se dissiper, est arrivé à cette conclusion, qu'on ne saurait faire remonter au delà de cent millions d'années le moment où notre planète, revêtue d'une écorce suffisamment froide, a pu recevoir les premiers germes de la vie organique. Les éléments de l'analyse mathématique qui a conduit à ce résultat sont la conductibilité calorifique moyenne des matériaux terrestres et l'augmentation, actuellement constatée, de la chaleur avec la profondeur. Ces données sont en vérité bien précaires et de plus, en traitant le globe terrestre comme un boulet homogène, primitivement porté au rouge, qui s'est refroidi par rayonnement en demeurant solide, il est douteux que sir William Thomson ait tenu un compte suffisant de l'état originel de notre planète (1).

D'autres auteurs, en supposant une écorce extérieure d'une conductibilité donnée, recouvrant un noyau interne plus conducteur, ont calculé que le refroidissement survenu depuis l'apparition de la vie avait pu employer 25 millions d'années. Contentons-nous de ces résultats et admettons qu'il ne soit pas déraisonnable de renfermer entre 20 et 100 millions d'années le temps nécessaire au dépôt de tous les terrains de sédiment.

Durées relatives des trois ères géologiques. — 11 resterait à opérer le

partage de ce long intervalle entre les trois grandes ères de l'histoire géologique. C'est ce qu'a tenté M. J. Dana (2), en comparant les épaisseurs respectives des étages sédimentaires, dans les régions où ces épaisseurs atteignent leur maximum et en admettant, à la suite d'une comparaison entre les sédiments détritiques de la région des Apalaches et les calcaires du bassin intérieur, qu'à puissance égale les calcaires, vu la lenteur de leur développement, représentent de cinq à dix fois plus de temps que les couches arénacées ou argileuses. D'après cela, les nombres exprimant les durées proportionnelles des grandes ères seraient les suivants :

Ère primaire 12

— secondaire 3

— tertiaire 1

ce qui, suivant qu'on adopte le chiffre de 20 ou celui de 100 millions, donnerait à peu près les durées suivantes : pour les temps primaires, 15 à 75, pour les temps secondaires 4 à 19 et, pour les temps tertiaires, 1,2 à 6 millions d'années. M. Dana paraît disposé à préférer l'hypothèse d'une durée totale de 48 millions d'années, soit 36 pour l'ère primaire, 9 pour l'ère secondaire et 3 pour i'èFe ter-

(1) Mellard Reade, Geol. Magazine, 1878, p. 147.

(2) Manual ofGeology, 1875, pp. 381, 481, 585, 591.

1256 HYPOTHÈSES GÉOGÉMQUES.

tiaire (i). Mais ces valeurs s'appliqueraient seulement à l'Amérique, où les formations sédimentaires composent une série assez différente de la série européenne. Observation» diverses. — Les chiffres de M. Dana assignent aux temps primaires une durée incomparablement plus grande que celle des autres périodes. Cependant, les divisions que la paléontologie et la stratigraphie permettent d'introduire sont en nombre à peu prés égal dans les trois groupes et ne laissent pas soupçonner une aussi grande inégalité dans leur valeur chronologique. On pourrait dire, il est vrai, que les conditions extérieures s'étant de plus en plus spécifiées à mesure que le globe avançait en âge, les causes de variation des organismes ont dû agir plus rapidement vers la fin des temps. Mais, par contre, il semblerait assez conforme à l'expérience physiologique d'admettre que les débuts de notre planète ont comporté une plus grande rapidité d'évolution. En dehors de ces raisons théoriques, il nous parait opportun de ne pas oublier que l'activité sédimentaire est en rapport avec la mobilité du sol et qu'un rivage en voie d'affaissement fournira, plus abondamment qu'un autre, la matière de sédiments littoraux. Or c'est évidemment dans les premières périodes de son histoire que l'écorce du globe a offert le plus de mobilité. La sédimentation * donc dû s'y faire plus activement et il serait sans doute injuste d'y vouloir appliquer la môme mesure qu'aux périodes modernes. Pour tous ces motiis, nous inclinons à croire que la répartition ci-dessus indiquée devrait être modifiée dans le sens d'une diminution du chiffre relatif à l'ère primaire.

RÉSUMÉ COBMOOOIIIQUE

Nous n'avons pas dissimulé, dans le cours de cet ouvrage, les difficultés sérieuses qui retardent encore la solution de beaucoup de problèmes géologiques et il serait inutile de contester que la science du globe, quelques progrès qu'elle ait faits dans ces dernières années, soit encore loin d'avoir dit son dernier mol. Ce qu'on sait suffit cependant pour qu'on puisse, sans une excessive témérité, essayer de définir, dans une synthèse finale, les grandes lignes de l'histoire de notre terre. C'est ce que nous allons faire brièvement, à titre de résumé des faits et des hypothèses que nous avons eu jusqu'ici l'occasion d'exposer.

L'étude des manifestations de la dynamique terrestre nous a montré qu'en réalité il n'y avait partout que deux puissances enjeu : d'une part la gravité ou attraction centripète, de l'autre la chaleur, chaleur externe ayant sa source dans le soleil, chaleur interne emmagasinée dans les profondeurs du globe. Or ces deux éléments peuvent se réduire à un principe unique, si l'on suppose qu'à l'origine toute l'énergie de notre système planétaire ait été renfermée dans une nébuleuse, c'est-à-dire dans un amas très dilaté de matière vibrante et lumi-

(1) Dana, op. cit., p. 591.

Page 1