FJORDS
survenu dans les précipitations atmosphériques ait fait naître, sur toute la surface du massif, un épais manteau de neiges et de glaces. Chacune des vallées» nettoyée des alluvions qu'elle pouvait contenir, deviendra le lit d'un glacier, issez puissant pour se prolonger à quelque distance dans le domaine maritime, zomme font aujourd'hui les glaciers du Groenland. Aussi longtemps que durera occupation, la forme de la vallée se conservera intacte. Si plus tard les viennent à se retirer et qu'en même temps le sol s'abaisse d'une certaine [uantité, la mer, pénétrant dans le lit du glacier, y formera un fjord, où les ormes abruptes de l'ancienne vallée glaciaire seront d'autant mieux conservées [ue l'occupation aura cessé depuis moins longtemps et les deux falaises encaisantes, d'autant plus découpées en aiguilles et en pyramides par les agents d'éroion qu'elles étaient plus voisines de l'extrémité du glacier, iront, en s'enfonçant ous la mer, y former deux chaînes d'iles.
Ainsi s'explique à merveille le fait qu'il n'existe de fjords que dans les latitudes ►levées et que leur développement atteint son maximum dans les régions où il >st incontestable que l'action glaciaire a été le plus persistante. Dans notre hémisphère, on ne trouve rien qui ressemble à des fjords au sud de l'Adriatique et de l'Archipel grec et, de l'autre côté de l'équateur, il faut, pour en rencontrer, s'avancer presque au voisinage du détroit de Magellan. En outre, on a remarqué qu'à égalité de latitude les fjords étaient plus nombreux et mieux développés sur les côtes occidentales que sur celles qui font face à l'orient. On comprend sans peine que l'abondance habituelle des pluies sur les versants occidentaux y ait retardé la fonte des glaces, maintenant les déchirures du sol dans leur état primitif, tandis qu'elles s'oblitéraient sur les versants orientaux, plus rapidement débarrassés de leur manteau protecteur.
Laliaisondes fjords de Norvège avec les glaciers n'est d'ailleurs pas une simple hypothèse; on en peut donner des preuves directes. En effet, au débouché de chacun d'eux dans la mer, on observe généralement un barrage immergé, dit pU de mer f qui n'est autre qu'une ancienne moraine terminale sous-marine, bailleurs les restes de glaciers qu'on aperçoit, dominant presque tous les fjords, disait assez ce qui se passerait si les précipitations neigeuses venaient à s'accroître sensiblement.
Ce n'est qu'après la retraite des glaciers que le travail de régularisation du littoral par la mer et les rivières a pu commencer. Or il a déjà fait des progrès *Weux dans plusieurs des fjords de la Scandinavie, tandis qu'il est presque *4evé sur les côtes de l'Ecosse. Si donc la période actuelle est destinée à se prolonger, on peut entrevoir le moment où môme les fjords de la Norvège septentrionale auront leur fond comblé par des alluvions, tandis que la roideur des ^rsants qui les encaissent se sera progressivement atténuée sous l'action de la Phrie et des cours d'eau.
H resterait à expliquer pourquoi tant de fjords offrent un maximum de profondeur qui, en cas d emersion de la contrée, les transformerait partiellement en
bassins lacustres; mais cette question s'applique également aux lacs, dont nous allons parler.
Lacs alpins. — Des fjords aux lacs alpins, la transition se fait tout naturellement; d'une part, il y a identité absolue, quant aux formes topographiques, entre les fjords norvégiens et certaines parties des lacs de la Suisse telles que la branche de Fluelen, dans le lac des Quatre Gantons, ou le fond des lacs de Cême et de Garde; d'autre part, il suffirait d'un faible affaissement du sol* ramenant les eaux de l'Adriatique au dessus de la plaine lombarde, pour transformer en fjords la plupart des vallées qui débouchent du massif alpin. De même, ainsi que nous venons de le dire, un soulèvement en masse ferait, de beaucoup de fjords norvégiens ou groënlandais, des lacs semblables à ceux de la Suisse.
Gela posé, les preuves de l'action glaciaire dans la région des lacs italiens et suisses sont trop évidentes pour qu'on puisse hésiter à reconnaître qu'à une époque relativement récente des glaciers en occupaient complètement les bassins jusqu'à une grande hauteur au-dessus du niveau actuel des lacs, déposant leurs moraines à l'aval où elles forment barrage. C'est donc à la présence de la glace que ces accidents du sol ont dû d'arriver jusqu'à nous dans toute la fraicheui de leurs formes, sans avoir été comblés par des alluvions. Ainsi ces lacs, qui ajoutent un si grand charme à la majesté des paysages alpestres, s'offrent i nous comme un héritage direct des temps glaciaires, et la même conclusion doit s'appliquer à la plupart des lacs de l'Ecosse et du nord de l'Angleterre, di moins à tous ceux qui sont caractérisés par une grande profondeur, jointe à de; bords escarpés.
Quelques savants sont allés plus loin; considérant que beaucoup de lacs on leur fond sensiblement au-dessous du niveau de la mer et que, par suite, 1; forme de ce fond ne peut être regardée comme le produit du travail ordinaire d< l'érosion, ils ont admis que les glaciers, grâce à l'énorme pression qui s'y déve loppe, ont le pouvoir de creuser et d'affouiller leur bassin, même dans les ro ches dures. De cette manière les lacs n'auraient pas été seulement conservés pa la glace, ils seraient un produit direct de son activité.
Cependant tout ce que l'observation nous révèle proteste contre une tell hypothèse et nous savons que, partout où les oscillations de l'extrémité d'ui glacier ont permis de se rendre compte de ce qui se passe sous sa masse on n'a jamais vu que des roches moutonnées ou striées, sans aucun indice d creusement.
Il nous parait beaucoup plus simple d'admettre, avec MM. Studer et Àlph Favre, que, dans le travail de la formation des vallées qui descendent d'un chaîne de montagnes, l'érosion n'intervient, en définitive, que pour débiter suivant les lignes de plus grande pente, un terrain disloqué et fracturé de raill manières par le phénomène mécanique auquel est dû le redressement de 1 c-haine. Or si l'on songe aux efforts développés en pareil cas,- rien ne sembler