ACTION DES ORGANISMES TERRESTRES
S l ACTION DES ANIMAUX
Les animaux terrestres ne peuvent contribuer que dans une faible mesure à l'accroissement de l'écorce du globe. La plupart d'entre eux, après leur mort, subissent une décomposition qui restitue au sol ou à l'atmosphère les éléments
dont leur corps était formé. A l'exception donc des espèces qui vivent dans les rivières et les lacs et dont les coquilles sont enfouies au milieu des alluvions vaseuses et des sédiments lacustres, les autres disparaissent en général sans laisser de traces. Il y a pourtant quelques circonstances particulières où soit par l'accumulation de leurs dépouilles, soit par l'entassement de leurs déjections, soit enfin par l'accomplissement de certains travaux instinctifs, les animaux terrestres influent sur la configuration de l'écorce solide.
Cavernes et brèches a osiemeiii. — Les cavernes des pays calcaires, lorsqu'elles ne sont plus parcourues, d'une façon habituelle, par des cours d'eau capables de les remplir, deviennent le refuge d'animaux carnassiers, qui vont y consommer leur proie. M. Mares a décrit une caverne de ce genre, située près de l'oasis de Laghouat et habitée principalement par des hyènes. Elle se compose de salles irrégulières, communiquant par d'étroits couloirs et remplies d'ossements, mêlés à des déjections et à des matières terreuses. Une partie de ces ossements se conserve à la faveur des planchers stalagmitiques qui viennent les recouvrir. D'autres fois, dans les cavernes basses, sujettes à des inondations en temps de crue, ce sont les alluvions de la rivière qui remplissent cet office prolecteur. 11 se forme de cette façon des cavernes à ossements.
Le remplissage des fentes existant dans les calcaires se fait quelquefois d'une autre manière, qui permet l'entassement des os dans des fissures où les animaux n'eussent pas pu pénétrer de leur vivant. Par exemple, les gouffres abondent dans les montagnes calcaires de la Morée; ces gouffres étant les seuls endroits où, pendant la saison chaude, il puisse y avoir de l'ombre et de l'humidité, ils se revêtent d'une végétation vigoureuse et servent de retraite aux chacals et aux renards. Quand viennent les pluies, des torrents d'eau s'y précipitent et y entraînent du gravier, du limon, des ossements d'animaux et des restes de ïrçêtaux. Une partie de ces débris va s'accumuler dans des cavernes inférieures, une autre pénètre dans des fentes étroites et sans issue où elle forme des brèches boitements.
En pareil cas, le remplissage des brèches ossifères se compose toujours de
fragments brisés ou désunis ; mais il peut arriver que des fentes reçoivent le
squelette entier d'un animal. C'est ce qui se produit lorsque des affleurements
calcaires, parsemés de crevasses et d'entonnoirs, sont exposés à se couvrir de
neige en hiver. Alors les animaux sauvages qui en parcourent la surface et
qu'aucun signe visible n'avertit du danger, tombent dans ces abîmes que la
neige dissimule et y laissent leur dépouille entière. Plus tard, à la fonte des
neiges, cette dépouille, bientôt réduite à sa carcasse osseuse, sera enfouie au
milieu du limon rouge dont la surface des sols calcaires est toujours plus ou
moins revêtue.
Guano. Travail des Castors. — Le guano résulte de l'entassement, sur certains points privilégiés, des déjections d'oiseaux marins, auxquelles se mêlent les ossements de ces oiseaux et ceux de petits rongeurs qui viennent chercher leur
pâture au milieu de ces mmondices. Par là se forment des accumulations d'une terre grise ou brune grossièrement stratifiée. Les dépôts de ce genre les plus célèbres sont ceux des iles Chincha, sur la côte du Pérou.
De grands dépôts de guano se produisent aussi sur les îlots coralliens inhabités de la zone équatoriale du Pacifique, notamment les iles Jarvis (0°22' lat S. et I59«58' long. 0. de Greenwich), Baker (0°13' lat N. et HMX long. 0.) et Howland (0*51' lat. N. et 176°52' long. 0.)(1).
L'île Baker, très isolée au milieu de l'Océan, a environ 1800 mètres de long et 1200 mètres de large. Sa surface est presque plane et le point le plus élevé n'est qu'à 7 mètres au-dessus de la mer. La plage est couronnée par un bourrelet de sable de 30 mètres de largeur au moins, qui forme une ceinture continue autour du guano et se compose de sable fin ou grossier avec des fragments de coraux et de coquilles. Le fond dur de corail sur lequel repose le guano ayant la forme d'une cuvette, le dépôt, qui n'a que 0m,15 sur les bords, peut acquérir au centre plusieurs mètres d'épaisseur. Sur l'île Howland, l'épaisseur du guano Tarie de 0",15 à 1",20.
À l'île Jarvis, le guano, au lieu de reposer directement sur un fond de corail, en est séparé par 0m,60 de gypse, recouvrant plusieurs mètres de sable corallien avec coquilles. De plus, le guano qui est en contact immédiat avec ce gypse est souvent transformé en une croûte dure d'un blanc de neige, de 0m,008 à 0m,037 d'épaisseur et ressemblant à de la porcelaine; cette croûte est surtout formée de chaux et d'acide phospborique, ce dernier dans la proportion de 50 à 50 •/-
Sur l'île Howland, on observe d'intéressantes pseudomorphoses ; des fragments de polypiers, qui avaient longtemps séjourné sous le dépôt de guano, ont offert des cas de disparition totale de l'acide carbonique et de son remplacement par l'acide phosphorique, dont quelques spécimens ont donné, à l'analyse, jusqu'à 70 %• I*ans beaucoup d'échantillons, l'extérieur seul était transformé et l'on trouvait au centre un noyau de corail intact; d'ailleurs, même dans la partie altérée, les formes organiques avaient été respectées.
D'après M. Dana, dans la région du Pacifique, le guano paraît concentré au voisinage immédiat de l'équateur, où la pluie est comparativement] rare. Au delà du -4a ou 5* degré de latitude, de fortes pluies sont fréquentes et si cette circonstance n'est pas directement contraire à la formation du guano, du moins elle favorise le développement de la végétation. Or quand une île est couverte d'arbres et de buissons, les oiseaux y nichent au lieu de se poser sur le sol et les déjections ne peuvent plus s'y accumuler de la mémo façon.
Le guano des pays où la pluie est rare est brun et riche en matières azotées, que révèle son odeur ammoniacale. Celui qui a été lavé par de grandes pluies est blanc, pauvre en azote et presque exclusivement phosphaté. Les dissolutions qui
(1) J. D. Hague, American Journal of science, XXIV (1862). — J. D. Dana, Corats and Corel" Mandé, p. 291.
ACTION DES YÉGÉTAUX. 327
le traversent peuvent arriver à le cimenter et à en faire un véritable phosphate de chaux minéral, apte à tapisser les fissures du terrain sous-jacent.
Ce n'est pas seulement par leurs dépouilles ou leurs déjections que les animaux terrestres influent sur la composition de l'écorce du globe. Il est des espèces qui, par la façon même dont elles vivent, modifient, dans une mesure parfois très appréciable, la topographie du pays qu'elles habitent. De ce nombre sont les castors. Les ruisseaux, retenus par les digues que ces animaux ont élevées, changent leur cours ou se transforment en marécages. Encore de nos jours, presque toutes les rivières qui coulaient à l'est des montagnes de la Colombie anglaise ont été supprimées de cette façon.
ACTIOH DES VÉGÉTAUX
A. TOURBIÈRES Condition» générales de la formation de la tourbe. — Les tourbières Sont
des lieux humides ou marécageux, dans lesquels s'accomplit, sous la protection «le l'eau, la décomposition lente de certaines matières végétales et leur transformation en un combustible nommé tourbe, tenant le milieu entre le règne organique et le règne minéral.
11 semblerait, d'après cette définition, qu'un sous-sol imperméable dût être nécessaire à la formation de la tourbe. H n'en est rien cependant et nous verrons que les sols, les plus fissurés ou les plus spongieux peuvent devenir un lieu d'élection pour les tourbières, tandis qu'on n'en trouvera jamais dans les pays où dominent exclusivement les formations argileuses. Cela tient à ce que la production de la tourbe est, avant tout, déterminée par certaines conditions physiques extérieures, dont la réalisation est plus souvent entravée que favorisée pw l'imperméabilité du terrain.
En effet, pour que la tourbe se forme, il faut non seulement qu'il s'établisse une végétation aquatique vigoureuse, mais que les plantes, continuant à se développer en hauteur, périssent lentement par leur pied constamment immergé, sans que leur croissance en soit aucunement affectée. Or cette condition est surtout réalisée, dans la nature, par certaines familles de mousses, dont le développement exige à la fois un climat humide, l'absence de fortes chaleurs et une eau tout à fait limpide. D'une part donc les tourbières ne peuvent exister normalement entre l'équateur et les limites des deux zones tempérées, et de l'autre, comme les eaux des régions à sous-sol imperméable sont, ainsi que nous l'avons vu, toujours plus ou moins chargées de limon, de telles contrées se montreront généralement impropres à la végétation qui seule peut donner naissance à des gisements étendus de tourbe. De la sorte la tourbe fera défaut dans des
pays entrecoupés d'étangs et de marécages à fond d'argile, tandis qu'on pourra ta trouver bien développée sur des sables, sur de la craie, parfois même sur des pentes on il semblerait qu'il dût être impossible à une nappe d'eau de s*» maintenir.
Pouvoir abftorbant des «phalènes . — Ayant ainsi établi, dès le début, la différence capitale, si bien mise en évidence par les travaux de Belgrand (1), qui sépare les marais tourbeux de tous ceux où la stagnation de l'eau n'est due qu'à l'imperméabilité du sol, il importe d'entrer plus avant dans l'examen des conditions qui président à la formation de la tourbe. Il faut, avons-nous dit, un«espèce végétale croissant par sa partie supérieure, exposée à l'air libre, tandis^ que sa base immergée se décompose lentement. Pour cela il n'est pas nécessairequ'il préexiste une nappe d'eau, à la surface de laquelle la végétation viendrait s'établir; cette nappe peut être, en quelque sorte, créée par le végétal lui-même» en raison de son avidité pour l'humidité atmosphérique.
Tel est, justement, le rôle que remplissent les mousses du genre Sphagnum 9 grâce à la propriété quelles ont d'absorber une prodigieuse quantité d'eau - M. Lesquereux (2) qui, le premier, a parfaitement précisé les conditions dans les — quelles se forme la tourbe des hauteurs, a constaté qu'une touffe de sphaigne» * conservée sèche pendant un an au plafond d'une chambre, gardait encore, am a bout de ce temps, la faculté d'absorber quinze fois son poids d'eau. Aussi. dans les pays humides, les sphaignes se développent-ils avec une grande vL — gueur, pourvu toutefois que les eaux qui les entretiennent soient limpides ^ * que la température extérieure ne soit pas trop élevée.
Transformation des sphalgneki en tourbe. — Quand ces deux COllditioi*^
sont réalisées, les sphaignes croissent rapidement, s'alimentant des neiges, dt»> pluies et des brouillards. À mesure que cette végétation se développe en hauteui». les touffes meurent du pied. Mais leur décomposition a lieu à l'abri de l'air, sous la couche d'eau que ces mousses ont aspirée, qu'elles retiennent ave<* énergie et où leur base est toujours immergée. Aussi la matière organique, au lieu de passer en totalité dans l'atmosphère sous la forme d'acide carbonique, ne subit-elle qu'une combustion incomplète, donnant naissance à ce produit particulier qu'on appelle la tourbe.
Le caractère de la transformation survenue peut être facilement apprécie à l'aide du tableau suivant :
Sphagnum Tourbe...