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DISTRIBUTION RÉELLE D0 RELIEF

bientôt les plaines basses reparaissent avec la dépression du Lob-nor. Enfin le dernier tiers de la coupe est constitué par un massif d'une hauteur énorme, celui du Tibet et de THimalaya, dont Taltitude va en croissant jusqu'à son extrémité sud, qui fait directement face à la mer des Indes.

Ainsi tout le relief est accumulé à Tune des extrémités du continent et bien loin qu'il y soit symétriquement disposé, c'est à la limite même de la terre ferme qu'il acquiert sa plus grande valeur.

E.Nj;.

Fif. 7. — Gôape O.S.O. — B.N.E. à tniTen rAfrique entre le 13* et le 2* paraît, lat. N.— 1, Benguelt. — f , Monts Mossamba. — 3, Lac Tanganyika. — A, H' Kiliraa' ndscharo.

La figure 7 représente une section transversale de l'Afrique entre Benguela et la côte indienne. C'est au centre même du continent que l'altitude est le moins élevée et le littoral oriental est bordé par une chaine de 2000 mètres de hauteur, servant de piédestal au gigantesque Kilima'ndscharo, tandis qu'elle sépare l'océan Indien des dépressions intérieures occupées par les grands lacs. Là encore, la dissymétrie est frappante, ainsi que l'absence de relief au centre du continent.

Fig. 8. — Coupe 0. N. 0. — E.S.E. à travers l'Amérique du Nord entre le Af et le 35« paraît, lai. N. — 1. Mont Shasta. — %, Grand I^c-Salé. — 3, Union Peak. — A, M)ngs Peak (Montagnes Rocheuses). — 5, Mississlpi à Saint-Louis. * 6, Monts Alleghanys.

L'Amérique nous fournira des enseignements analogues. Ainsi, dans la figure 8 on voit une section menée du littoral du Pacifique à celui de l'Atlantique. Tout contre la côle occidentale se dresse tme haute chaine, que domine le mont Shasta; mais cette chaine s'abaisse bien vite pour laisser apparaître le grand plateau du Lac Salé, qui, s'il est encore très au-dessus du niveau de la mer, n'en constitue pas moins, relativement aux contrées voisines, une dépression marquée. Ensuite surgit la puissante chaine des Montagnes Rocheuses, interrompue par des plateaux et dominée par des sommités comparables à celles des Alpes. Mais cet efTort du relief n'atteint même pas le milieu du continent et à sa suite vient l'immense bassin du Hississipi, qui s'abaisse en pente douce vers la mer. Seulement, avant qu'il l'atteigne, la chaine des Alleghanys vient former

une barrière maritime, offrant, ainsi qu'on Ta depuis longtemps remarqué, avec Tocéan Atlantique auquel elle fait face, le même rapport de dimensions que celui qui unit la chaîne côtière de TOrégon au Pacifique, sous les flots duquel son versant occidental disparait.

Une suite de plateaux ou de dépressions, séparés par des montagnes et tout l'effort du relief porté d'un seul côté, tel est donc le plan sur lequel est construit le continent de l'Amérique du Nord.

Fig. 9. — Coupe N.O. — S.E. à travers l'Amérique du snd entre le 3* parallèle lat. N. et le 15* paraUèle )at. S. — 1, Chaîne des Andes de Colombie. — 2, Fleuve des Amazones. — 3, Fleuve San-Francisco. — A, Sierra Tinba.

La structure de l'Amérique du Sud est encore plus simple et mieux accentuée, (fig. 9). D'un côté, la chaîne des Andes, concentrée sur le versant Pacifique et offrant la juxtaposition de la ligne de relief la plus importante, par sa continuité comme par son altitude, avec la plus grande masse d'eau qu'il y ait au monde. De l'autre, contre le littoral atlantique, les chaînes brésiliennes, écho bien atténué des Andes, et augmentant de hauteur à mesure qu'elles se rapprochent de la mer; enfin, dans l'intervalle, la grande plaine où coule le fleuve des Amazones, sans qu'il y ait la moindre chaîne de paiMage entre le bassin de ce fleuve et celui de la Plata, qui se déverse dans la direction diamétralement opposée.

Fig. 10. — Coupe O.N.O. — E.S.E. à travers TAustraUe entre le tropique et le ôî- degré de lat. S. — 1, MonU Augustus. — 2, Ltc Eyre. — 3, Mont Sea-View.

Comme l'Amérique du Sud, mais sur une échelle bien plus restreinte, l'Australie (fig. 10) nous offrira l'exemple d'un continent presque entièrement formé par un bassin déprimé, encaissé entre deux lignes de hauteurs, dont celles de droite, faisant face au Pacifique, sont sensiblement plus importantes que celles qui regardent la mer des Indes.

On pourrait multiplier ces exemples et montrer comment une coupe de l'Europe, du nord au sud, débute par la chaîne Scandinave, après laquelle le sol s'abaisse et prépare la dépression de la Baltique et les plaines de l'Allemagne du Nord. Puis, au sud de la coupe et pressé contre la Méditerranée, on rencontrerait le puissant relief des Alpes, jouant, relativement à l'Europe, le même rôle que l'Himalaya relativement à l'Asie. Et de môme que les plus hautes cimes asiatiques font

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face à la mer des Indes, de même les chaînes successives dont Tensemble forme le massif alpin sont de plus en plus hautes à mesure qu*on marche vers la Méditerranée.

Mais il est superflu d^insister davantage sur un mode de structure aussi nettement mis en évidence. On peut donc poser en principe, comme une règle applicable à tous les continents, d^abord que les grandes lignes de relief n'occupent jamais une position centrale, ensuite qu'elles bordent toujours ou TOcéan, ou les surfaces relativement déprimées dont se compose la plus grande partie de la terre ferme.

Un continent est donc une succession de plateaux ou de bassins, séparés les uns des autres et séparés de la mer par des chaînes de montagnes et, en général, l'importance de ces chaînes est en rapport direct avec celle de la dépression dont elles marquent la limite.

Tout cela peut se résumer d'un mot, en disant que la dissymétrie, mais unp dissymétrie ordonnée, est en quelque sorte à la base de la structure de chaque continent.

Il convient aussi d'ajouter que les plateaux ou bassins dont un continent se compose offrent, les uns par rapport aux autres, une réelle indépendance. Un abaissement du sol de moins de deux cents métrés suffirait pour isoler le Brésil du reste de l'Amérique du Sud ou pour séparer la Russie de l'Europe centrale, connne aussi l'Espagne de la France. La chaîne de partage de l'Europe, qui cesse d'avoir aucune signification au col que fhmchit le canal du Midi, en a bien moins encore dans les marais de Volhynie où, pendant la saison des grandes pluies, le produit des précipitations atmosphériques peut, suivant les cas, se diriger arbitrairement vers la Baltique ou vers la mer Noire. Tant il est vrai qu'un continent n'est pas ime unitë homogène, mais un composé plus ou moins complexe d'unités distinctes, ayant chacune sa constitution propre.

FMvmle générale do relief des eoBtlnenU et des oeéans. — C'est précisément cette complexité des continents qui empêche d'envelopper les conditions de leur relief dans une formule générale, susceptible d'être appliquée à toutes les parties du monde. Les géologues américains et, en particulier, MM. Guyot et J. Dana, se fondant sur l'extrême simplicité de structure des deux Amériques, avaient cru pouvoir poser le principe suivant :

« Les continents ont, en général, des côtes montagneuses et un intérieur déprimé, en forme d'un ou de plusieurs bassins séparés par des chaînes intermédiaires. Le bord le plus élevé est celui qui fait face à l'Océan le plus étendu. »

Cette formule, séduisante par sa netteté, semblait s'appliquer à merveille à l'Amérique. D'une part, la dimension des Alleghanys ou des Apalaches est à celle de l'Atlantique comme la hauteur des montagnes cêtières de l'ouest est à la largeur du Pacifique septentrional ; de plus, entre cette dernière et celle du Pacifique méridional, il y a un rapport semblable à c^lui qui existe entre la hauteur des montagnes de l'Orégon et celle de la Cordillère des Andes.

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Hais il s*en faut de beaucoup que la loi s'applique avec une égale netteté aux autres continents. On cherche en vain, sur le bord oriental de TAsie, une chaîne d'une importance proportionnée à celle du Pacifique et nous avons vu que la partie septentrionale de ce continent, au lieu d'être limitée par une ligne de hauteurs, est absolument plate depuis la mer arctique jusqu'au seuil de l'Altaï. L'Europe s'affranchit bien plus encore de la loi posée. Il n'existe rien, du côté de l'Atlantique, qui forme une bordure côtiére. Les Pyrénées, dans toute la partie principale de la chaîne, séparent le continent français du continent espagnol et sont dirigées transversalement à la mer au lieu de lui faire face. Le Jura est aussi une chaîne intérieure et les Alpes, loin de se dérouler en face d'une grande dépression maritime, voient s'interposer entre elles et la Méditerranée, non seulement la plaine lombarde, mais encore la chaîne des Apennins. Enfin le Caucase, au lieu de former une séparation longitudinale entre la mer Noire et la Caspienne, affecte justement une direction perpendiculaire.

Néanmoins la loi posée par les géologues américains peut être formulée d'une manière qui en rende l'application générale. Il suffit pour cela de considérer, non plus les continents actuels dans leur ensemble, mais les portions distinctes dont chacun d'eux se compose et, en outre, de remplacer la notion des océans par celle des dépressions, pouvant être encore de nos jours, ou ayant été, aux époques antérieures, occupées par de grandes nappes d'eau.

Il serait sans doute prématuré d'insister sur ce point de vue; car il faudrait faire intervenir la considération des périodes géologiques et reconstituer les étapes successives que chaque continent a dû parcourir. Aussi ne pouvons-nous l'indiquer ici que très sommairement. Contentons-nous donc de dire qu'un bassin continental est, en général, un ancien fond de mer ou de grand lac et que la plupart de ces plateaux qui s'étendent au pied des grandes chaînes de montagnes étaient, à une époque peu éloignée de la nôtre, encore recouverts par les eaux marines ou les eaux douces. Or, à ce moment, la chaîne qui les borde faisait réellement face à une dépression océanique. Ainsi les Pyrénées, baignées au nord par la mer de la mollasse, le Caucase, séparant l'Asie Mineure de la dépression aralo-caspienne, et l'Oural, barrière maritime de l'Europe contre ce chenal, à peme émergé aujourd'hui, qui faisait communiquer la Caspienne avec . la mer Arctique ; ainsi enfin les grandes Alpes de la Lombardie, venant s'enfoncer sous les Ilots de la mer subapennine.

En conséquence, les formes actuelles du relief terrestre ne sont pleinement intelligibles qu'à la condition de faire intervenir la notion du passé. Si donc, malgré la rigueur de la méthode qui doit nous interdire pour le moment toute excursion sur ce domaine, dont l'étude viendra en son heure, nous soulevons, pour un moment, un coin du voile qui le couvre, nous pourrons poser la loi suivante :

Au moment où une grande ligne de relief se constitue sur le globe, elle forme le rivage iune dépression océanique ou lacustre, sous laquelle elle s'enfonce par son

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