‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 28 sur 483 · DISSTMÊTRIE DU RELIEF TERRESTRE · texte numérisé non relu

DISSTMÊTRIE DU RELIEF TERRESTRE

flanc le plus abrupt et, en général^ rimportance de la chaîne à laquelle elle donne naissance est en rapport avec celle de la dépression quelle côtoie,

La rigueur avec laquelle le continent américain vérifie cette loi, surtout dans sa partie méridionale, tient à ce que le dernier relief de la chaîne des Andes est essentiellement moderne. Un jour viendra, peut-être, où, en avant de cette chaîne, une nouvelle ligne de hauteurs surgira des profondeurs du Pacifique, comme la^ chaîne côtière de TOrégon a surgi en avant des Montagnes Rocheuses, et alors, dans rintervalle, s*étendra un bassin plus ou moins déprimé, semblable à celui dont le Grand Lac salé de TUtah occupe le fond.

DltSTHÉTRIE DU RBblBF TBRHEtTlIE

•iMTiMétrle do i^rofll des «haloes de montai^es, — Nous avons dit que c'est généralement par son flanc le plus abrupt qu'une chaîne de hauteurs fait face à une dépression. Il importe d'insister sur cette considération, dont la conséquence est que la dissymétrie prévaut, non seulement dans la situation géographique des lignes de relief, mais encore dans la constitution de leur profil.

L'inégalité de la pente des deux versants d'une chaîne de montagnes peut être posée conmie une régie universelle. Tout le monde sait que, du côté de la France, les Pyrénées apparaissent comme une gigantesque muraille, s'élevant d'un seul jet au-dessus de la plaine de Toulouse, tandis qu'en Espagne la saillie qu'elles forment est à peine sensible, tant elle est préparée à l'avance par des rides parallèles.

De même le Jura français se constitue en quelque sorte peu à peu par des efforts successifs, tandis que, depuis sa crête principale jusqu'à la plaine de Neuchâtel, il s'abaisse en un seul versant fortement incliné. Enfin la chute brusque des Alpes vers la Lombardie contraste avec la succession des crêtes, d'altitude croissante, qu'on traverse entre Bâle et le Lac Majeur ou mieux encore entre Neuchâtel et le Mont Rose. Mais il ne suffit pas de constater ce fait d'une manière générale, il faut encore indiquer, par des chiffres précis, la valeur de cette habituelle dissymétrie.

Rappelons tout d'abord que, sauf dans les parties tout à fait voisines de la crête, la pente moyenne d'une chaîne de montagnes est toujours beaucoup plus faible que ne le ferait supposer l'impression produite par la vue de cette masse venant borner l'horizon du spectateur. Ainsi la pente orientale des Vosges est seulement de 2*30', soit à peu près 4,5= 0/0. La pente méridionale des Alpes est de 3*20' (5,80 0/0) et celle des Pyrénées françaises, de 3<^ à 4<> (5 à 7 0/0). Rarement la pente générale d'une chaîne atteint un maximum de 6* (i0,5 0/0).

Cela posé, examinons les conditions dans lesquelles se présentent les deux versants des principales chaînes de montagnes.

La pente moyenne orientale des monts Scandinaves est juste moitié moindre que celle qui regarde la mer du Nord. A égale distance de la crête centrale des Pyrénées, si l'on considère, d'une part la ville de Jaca en Aragon, de l'autre le bourg d'Arudy en France, on trouve que la première localité est située à une altitude à peu près double de celle de Tautre, soit 750 mètres au lieu de 400. Encore la vallée de l' Aragon n'est-elle qu'une profonde entaille séparant la crête pyrénéenne de celles des Sierras de la Pena et de Guara, tandis qu'Arudy est à l'origine de la grande plaine aquitanienne.

La pente méditerranéenne des Apennins de la Ligurie est double de la pente lombarde. Les montagnes de l'Istrie et de l'Esclavonie ont leur versant adriatique abrupt, tandis qu'elles s'abaissent en pente plus douce vers la Save. Le Caucase, aux environs de Tiflis, est sept fois plus incliné au sud qu'au nord et, plus à l'ouest, au pied de l'Elbrouz, tandis que, du col de Maruch à la mer Noire, il y a une chute de 5600 mètres pour une distance de 55 kilomètres, soit 6,5 0/0 de pente, sur le versant nord il faut parcourir près de 120 kilomètres pour voir l'altitude s'abaisser à 500 mètres.

Une coupe transversale de l'Himalaya, menée en un point où la crête est élevée de 7500 mètres, rencontre, juste à la même distance, au sud, la ville de Silolhi, à 1400 mètres d'altitude et, au nord, le lac Mansaraur, source du Brahmapoutra, à 5000 mètres. De même la pente de la Cordillère des Andes vers le Pacifique est au moins double de celle qui regarde le Brésil et, de part et d'autre de la crête de la Sierra Nevada, située entre la Californie et le Nevada, on rencontre, à la même distance du col, haut de 2500 mètres, à l'ouest, vers le Pacifique, la ville de Nevada, à 750 mètres d'altitude et, à l'est, les lacs du Grand Bassin, à 1500 mètres.

Partout donc la même loi se vérifie. Les deux versants d'une chaîne simple sont inégalement inclinés et le plus abrupt est toujours celui qui fait face à la plus grande dépression. En outre, le rapport qui prévaut le plus généralement entre les pentes des deux versants est à peu près celui du simple au double.

Profil des chaînes eomposées. — Mais nous n'avons encore examiné que les

Fig. 11. — Profil transversal du Jura passant par la Chaux-de-Fonds et Neuchàtel

Échelle 1 "^ '""«"•"• "'^ j des hauteurs m^m

1, Dessoubre, RIt. — % Doubs, Riv. (705-). — 3, La Chaux-de-Fonds (992*). — A, Mont Racine (1US-). 5, Chaumont (1176-). — 6, Neuchôlel (435-).

circonstances propres aux chaînes simples; l'étude des chaînes multiples va nous fournir des enseignements non moins caractéristiques.

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