‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 31 sur 483 · DISSYMÉTRIE DU RËUËF TERRESTRE · texte numérisé non relu

DISSYMÉTRIE DU RËUËF TERRESTRE

profondes entre lesquelles se divise Tarchipel polynésien, ont leurs limites en partie émergées. Ils représentent donc exactement ce que serait aujourd'hui le bassin de TUtah, par exemple, si rAmérique, venant à s affaisser sous les eaux, ne laissait plus apparaître que les cimes culminantes des Montagnes Rocheuses et des Monts des Cascades. Ou, pour parler plus exactement, c'est plutôt le bassin de TUtah qui doit nous donner Tidée de ce que deviendraient les mers intérieures si les rides qui les enserrent s'élevaient de quelques milliers de métrés au-dessus de leur niveau actuel.

En second lieu, la dissymétrie des versants, dans les dépressions maritimes, est exactement la contre-partie de celle qui caractérise les rides continentales. Les unes complètent les autres et leur étude simultanée est propre à éclairer d'une viye lumière les conditions de leur formation. En effet, d'après ce que nous avons vu, toute grande dépression maritime est, ou bien le pied d'une chaîne de montagnes existante, comme le chenal de Valparaiso est le pied de la chaîne des Andes, ou celui d'une ligne de relief encore immergée, comme la grande fosse du Pacifique est le pied du versant dont les îles Kouriles forment la créle. On n'aurait ainsi qu'une idée incomplète du relief du globe si on se bornait à l'étude des rides continentales. Les lignes de hauteurs doivent être considérées en elles-mêmes, abstraction faite de la saillie qu'elles forment audessus de la nappe océanique, dont l'existence ne sert, à ce point de vue, qu'à accentuer le caractère des dépressions, sans créer pour cela deux domaines distincts en ce qui concerne le relief.

Nous pouvons donc maintenant, en nous fondant sur tout ce qui précède, donner de ce relief une formule générale et dire : Toute grande ligne de hauteurs^ émergée on non^ est une arête saillante formée par Vinterseètion de deux versants inégalement inclinés. Le plus abrupt plonge vers une grande dépression^ habituellement ocaipée par la mer; le moins raide s'abaisse doucement^ sôus la forme d'ondulations successives^ vers une dépression moins marquée^ qui le plus souvent peut rester continentale. Le pied du versant abrupt est V arête en creux d'une interseetum inverse de la première et dont le talus à pente modérée remonte peu à peu jusqu*aux régions de profondeur moyenne des océans. C'est ce qu'exprime le diagrarame de la figure 16.

PSg. 16. — Diagramme représentant la disposition réciproque des saiHies continentales et des dépressions océaniques. — 0.0. niveau de la mer.

Or ce diagramme qui ne fait que traduire, en le dégageant des détails secondaires» un fait à la connaissance duquel l'observation pure nous conduit, aug-

gère immédiatement une réflexion. Le profil qu'il met en évidence est exactement celui que doit prendre une étoffe mal soutenue ou une lame flexible lorsque les deux extrémités qui Tencastrent sont obligées de se rapprocher par Teffet d une compression latérale. Dès lors et sans qu'il soit nécessaire de recourir à aucune hypothèse sur la constitution interne du globe, on peut dire que sa surface se comporte^ dans ses grandes lignes^ comme si elle avait été soumise à de puissantes actions de refoulement.

Cette conception est encore justifiée, dans le détail, par Tétude de ces rides parallèles qui, d'ordinaire, précèdent la crête culminante d'une haute chaîne, affectant toutes, comme nous l'avons fait voir, le profil d'une crémaillère inclinée. L'idée d'un refoulement latéral s'impose donc, dirons-nous, par le spectacle des grandes lignes de relief du globe, et comme le bon sens indique qu'un tel refoulement ne peut avoir sa source que dans l'écrasement et la descente en masse de l'écorce, nous voilà ramenés, par une voie tout à fait indépendante, à la notion d'un noyau fluide qui se contracte en perdant de sa chaleur.

DÉTAILS DU RBLISr TERRB8TRB

L'étude qui vient de nous occuper n'avait trait qu'aux grandes lignes du relief terrestre. Mais il est d'autres enseignements utiles qu'on peut tirer de la considération des accidents secondaires de la surface du globe et la liaison de ces détails avec la constitution géologique du sous-sol est trop intime pour qu'il n'en soit pas ici fait mention.

Caractères extérieurs des lignes oro^raphl^aes. — En premier lieu, il s'en

faut de beaucoup que toutes les chaînes de montagnes affectent les mêmes caractères extérieurs. Les unes, comme le Jura, effarent une série de crêtes parallèles, d'altitude sensiblement constante, se dessinant sur l'horizon par des lignes droites dont aucune saillie ne vient interrompre la continuité. D'autres, comme les Pyrénées, forment une muraille assez régulière, couronnée par une série de protubérances plus ou moins aiguës, sans que l'altitude de ces cimes dépasse beaucoup celle de la crête qui les porte, et à laquelle leur présence donne, en quelque sorte, l'aspect d'une lame de scie. D'autres fois encore, par exemple dans les Alpes suisses, les parties culminantes se divisent en massifs assez largement étalés, servant de piédestal à des pics gigantesques qui, comme le Finsteraarhorn, dressent dans les airs, à plus de quinze cents mètres au-dessus du plateau de neige d'où ils s'élancent, leurs sommets aux formes d'une hardiesse incomparable. Il est des chaînes dont la crête est un plateau séparant les unes des autres des cimes aux contours remarquablement arrondis. C'est le cas des Vosges, avec leurs Ballons caractéristiques. Enfin d'autres chaînes encore appa-

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