‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 32 sur 483 · DÉTAILS DU RELIEF TERRESTRE · texte numérisé non relu

DÉTAILS DU RELIEF TERRESTRE

raissent de loin, comme celle des Puys d'Auvergne, divisées en éminences indépendantes, semblables à dlmmenses taupinières et dont le caractère volca* nique ne saurait échapper à Tœil même le moins exercé. Tantôt Tobservateur cherche en vain, sur la ligne de crête des montagnes, des découpures tranchées, qui rompent la monotonie des lignes; tantôt, comme dans le massif du Mont Blanc, les contours des aiguilles sont déchiquetés au point de revêtir une apparence fantastique. Depuis la régularité géométrique du cône du Goiopaii jusqu'au profil hardi et capricieux du Mont Gervin, depuis les dômes des environs de Glermont jusqu'aux flèches aiguës des Roches Tuilière et Sanadoire, il n'est pas de variété de forme qui ne soit représentée dans la nature et chacune d'elles trouve sa raison d'être, soit dans la constitution même du massif auquel elle s'applique, soit dans le mode particulier d'actions dynamiques qui a présidé à la naissance de la chaîne. L'analyse détaillée de ces variétés serait donc ici prématurée; mais du moins il convenait d'indiquer la valeur de ces différences extérieures, dont on ne saurait, à aucun degré, chercher la cause dans le caprice des agents atmosphériques. S'il est vrai qu'on doive imputer à ces agents l'isolement actuel de la plupart des cimes, d'un autre côté il faut reconnaître cpie leur œuvre s'est le plus souvent bornée à accentuer les détails d'une architecture interne variable avec chaque nature de massif. Ici le granité, se réduisant en arène, a donné des croupes arrondies, jonchées de blocs qui représentent les nodules les plus durs de la masse. Ailleurs la roche s'est débitée suivant les fissures naturelles dont elle était parsemée, de telle sorte que les escarpements offrent une structure prismatique ou ruiniforme accentuée. Partout donc les formes des montagnes sont intimement liées à leur constitution intérieure et la variété d'aspects qui en résulte n'est que la traduction d'un ordre de faits dont la connaissance rentre essentiellement dans les attributions du géologue.

Caractères des répons peu accidentées. — Si, de la considération des montagnes, nous descendons à celle des parties plates de l'écorce terrestre, il faudra distinguer les dépressions proprement dites, qu'elles soient intérieures ou littorales et les plateaux qui, sur un ou plusieurs côtés, dominent sensiblement les régions environnantes. Le caractère des pays bas ou dépressions, c'est que les cours d'eau y circulent à peu près à fleur de terre, tandis que le système hydrographique des plateaux consiste en entailles, souvent très profondes, où l'eau s'écoule à un niveau très inférieur. Dans les dépressions, il est aisé de reconnaître d'anciens fonds de lacs ou des mers desséchées. Quant aux plateaux et aux terrasses, il importe de savoir y distinguer plusieurs variétés bien distinctes. Tantôt ce sont de larges surfaces mamelonnées, dont le niveau moyen se maintient sensiblement constant ou du moins dont toutes les hauteurs sont à peu près tangentes à un même plan presque horizontal, sans que pourtant on y puisse trouver une surface plane d'une étendue appréciable. G'est le cas de ce qu'on appelle en France le Plateau central, notamment dans le Limousin. Tantôt il

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s'agit bien d'une surface réellement plane, dans le détail comme dans l'ensemble, où le regard s'étend à perte de vue aussi loin que le permet la courbure du sphéroïde terrestre; ainsi pour la Brie et la Beauce, ou bien encore pour les causses de l'Aveyron. Dans ce cas, on trouvera toujours que ce plan uniforme s'appuie sur une couche régulière d'une roche dure, contre laquelle sont venus s'arrêter les efforts des érosions de surface. Que cette couche soit une assise calcaire du terrain jurassique ou du terrain tertiaire, ou que ce soit une nappe de basalte formant une immense coulée au-dessus d'un massif de micaschistes, c'est toujours à la Géologie qu'il appartiendra de définir la cause de ces différences.

Elle seule aussi pourra rendre compte de la disposition remarquable que présentent certains pays, comme la France entre Paris et les Vosges, où le sol, aussi bien par son relief que par l'ensemble de ses caractères, peut se diviser en zones concentriques, dont chacune, inclinée vers le centre et butant contre le pied d'une falaise circulaire, se relève vers l'extérieur, où elle forme la crête d'une autre falaise parallèle à la première. Quand on aura prouvé que chacune de ces zones est aussi étroitement définie au point de ^iie géologique qu'elle peut l'être au point de vue physique, il ne sera plus possible de méconnaître que la surface du globe porte partout, gravée en caractères ineffaçables, l'empreinte des phénomènes d'un lointain passé.

ParilcidaHtés des cours d'eau. — Cette empreinte n'est pas moins nette dans le parcours de la plupart des grands fleuves. Combien n'y a-t-il pas, dans leurs vallées, de portions dont l'allure révèle au premier coup d'œil l'intervention d'une cause profonde? Quand le Bhône, au pied de l'Oberland, trace dans le Valais ces deux sillons à angle droit, se croisant à Martigny; quand, au sortir du lac de Genève, il se fraye une issue, dans le Jura méridional, à travers des gorges étroites et profondes ; quand le Rhin entre Bingen et Coblentz, la Meuse entre Mézières et Namur, s'ouvrent de force un passage à travers des massifs de haut relief, alors qu'il leur serait loisible de se jeter de côté pour éviter cette loide traversée, qui pourrait hésiter à reconnaître une cause bien autrement générale que l'action de la goutte d'eau qui creuse son lit? Qui donc enfin voudrait revendiquer au profit exclusif des agents extérieurs un phénomène comme celui de la mer Morte, où un cours d'eau insignifiant vient se jeter dans une dépression lacustre dont la surface est déjà à plus de 360 mètres au-dessous du niveau de la mer?

Ce n'est pas seulement dans les grands fleuves que s'observe cette sorte d'indépendance du régime hydrographique vis-à-vis du relief. Telle région est parcourue par une infinité de cours d'eau, la plupart susceptibles de tarir en été, tandis qu'à côté et, dans des conditions en apparence identiques au point de vue de l'altitude, une autre ne livre passage qu'à un très petit nombre de rivières, remarquables par la permanence de leur régime. Dans le seul bassin de Paris, la Seine passe plusieurs fois par des alternatives de ce genre, uniquement expli-

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