AUVERGNE
est de date relativement récente, elle est antérieure à Tépoque historique; un pont romain du quatrième ou du cinquième siècle, situé près de Saint-Nectaire, est assis sur la lave daiis des conditions qui attestent qu*à cette époque la rivière y avait déjà creusé une excavation profonde. La lave du Tartaret, en barrant la vallée de Ghaudefour, a donné naissance au gracieux lac Chambon.
L*explosion qui a créé la cavité du lac Pavin, dominée par le cratère du Puy de Montchal, a été vraisemblablement contemporaine de la formation du Tartaret. A cette époque, le cratère de Montchal et celui de Montcineyre ont vomi des laves qui se sont engagées dans les vallées de Besse et de Compains et dont la première offre à Cotteuge l'un des plus beaux types de cheire à surface déchiquetée qu'on puisse voir.
Chaîne des Pujs. Oonklte. — Le groupe des Puys est caractérisé par la coexistence d'appareils cratéri formes bien conservés, alignés sur deux files parallèles, avec quelques massifs isolés d'une domite qui constitue le Puy de Dôme, le Puy de Chopine, le Clierzou et le Sarcouy. Cette domite est une roche blanche ou jaunâtre, à petit grain, poreuse, saccharoïde, riche en tridyniite et contenant de 68 à 70 Vo de silice. On y observe du mica noir, des microlithes d'amphibole, de sphène, de magnétite, d'apatite. La sanidine y est prédominante et Toligiste spéculaire s'y montre en filons, attestant que la domite doit son origine à des émanations, probablement chlorurées, qui ont accompagné la sortie d'une masse trachytique.
Longtemps on a cru, soit que la domite était venue au jour avec les scories et les laves des cratères, soit que, formée antérieurement, elle avait été soulevée et amenée à la surface lors dell'ouverture des volcans des Puys. Cependant l'indépendance de forme et de position des sommités domitiques et l'analogie de leur substance avec celle qui forme le fond des éruptions du Cantal étaient de nature à faire attribuer à la domite une origine plus ancienne. Aussi divers observateurs, et notamment M. Julien, en rattachaient-ils la sortie, à titre de phénomène latéral ou excentrique, aux éruptions pliocènes du Mont Dore. Cette induction vient d'être confirmée par la découverte de nombreux blocs de domite dans les alluvions anciennes des environs de Lempdes, à 50™ au-dessus du niveau de l'Allier (1). Ainsi la roche était consolidée lors du quaternaire ancien, c'est-àdire avant la naissance des volcans à cratères. De cette manière, la même fente qui, à l'époque cambrienne, avait livré passage au granité porphyroïde formant le soubassement oriental du Puy de Dôme, s'est ouverte de nouveau pendant les éruptions du Mont Dore, pour laisser sortir des massifs de domite. Ceux-ci, disloqués et ultérieurement démantelés par les érosions quaternaires, ont été ainsi réduits à des lambeaux, au voisinage desquels une nouvelle réouverture de la fente a fait naître les soixante-dix cônes de la chaîne des Puys.
Pépérltcs. — L'épanchement de la domite avait été précédé par les manifestations éruptives de la période miocène, auxquelles est due la formation des tufs
(1) On doit cette trouvaille à M. Gautier, préparateur à la faculté de Glermont.
Ii50 ROCHES ÉRDPTIVES.
basaltiques, pépérites et wackes de la Limagne, à Hélix Ramondi. Ces tufs, avec basalte intercalé, si puissants autour du Pont-du-Chàteau, Billora, Vertaizon, Viele-Comte, etc., sont remplis d^ilots de calcaire à pbrygaaes. Ce sont donc des cendres et des projections de lapilli, qui ont accompagné la sortie des hasattet miocènes. Au nombre de ces derniers doit être rangée la coulée inférieure de Gergovie, qui sépare les couches à Hélix Ramondi des marnes et sables à Mêlania aqnitanica. Les scories contemporaines de ce basalte se sont stratifiées au milieu des calcaires à phryganes et M. Julien en a recueilli des fragments, pourvus de belles houppes d'aragonite radiée, dont les cavités extérieures étaient remplies de paludines.
Les pépérites de la Limagne sont d*ailleurs imprégnées de bitume sur de gi^andes étendues. Cette matière, que M. Julien a signalée en filons dans le granité, existe aussi dans les arkoses, où quatre couches bitumineuses sont exploitées à Chamalières ; on la retrouve dans les calcaires à Hélix de Saint-Romain, de Lempdes et de Pont-du-Châleau. Le plus célèbre des gisements de bitume dans la pépérite est le tuf bitumineux du Puy de la Poix. Il semble donc que les émissions basaltiques du miocène, prélude de la grande activité volcanique en Auvergne, aient été accompagnées par d'abondants épanchements d'hydrocarbures. Le bitume et la calcédoine sont intimement associés dans certains gisements.
Basaltes modemiss. — Les émissions basaltiques qui, dans le Cantal et le mont Dore, ont clos la série des grandes manifestations éruptives, ont longtemps continué à se produire dans la chaîne des Puys. De cette manière se sont épanchés, avec le basalte des plateaux, ce que M. Fouqué a appelé le basalte det pentes, avec appareils cratériformes conservés, et le basalte des fonds de vallée, tel que celui de Gravenoire, qui recouvre des dépôts à Elephas primigenius. Ainsi la sortie du basalte a marqué les diverses phases de la période du creusement des vallées.
Tolcaos A cratèreii. — Quant aux cratères de scories, si bien conservés, qui constituent les Puys proprement dits et dont le Puy de Pariou, ainsi que le Nid de la Poule, offrent de si beaux exemples, leur formation paraît avoir coïncidé avec l'époque du renne. Ils n'ont pas eu à subir 4es puissantes érosions pluviales et glaciaires des temps quaternaires, et c'est pour ce motif que ces cônes de débris, dont quelques-uns ont 300" de hauteur, ont pu arriver jusqu'à nous dans leur fraîcheur originelle, quand les laves des vallées disparaissaient en partie sous l'action destructive des cours d'eau. Avec les scories rougeâti^es, les lapilli et les cendres, qui ont formé sur leurs flancs les pouzzolanes renommées des environs de Clermont, ces volcans ont vomi des laves, c'est-à-dire des coulées à structure celluleuse, à surface hérissée de blocs déchiquetés, comme les cheires de Volvic et de Pontgibaud. Les unes sont des laves andésitiques (c'est le cas de Volvic), d'autres de véritables laves basaltiques, scoriacées en haut, compactes et parfois colomnaires à la base, comme on peut le voir sur les bords de la Sioule, non loin de Pontgibaud.
VIVARAIS. VEUY. 1151
YiTaraiSy Veiay. — L*épanchement volcanique le plus ancien du Vivarais est le basalte des Goirons (Ardëche)» dont les tufs sont contemporains du pliocène supérieur à Hipparion. A la suite se place une grande éruption, synchronique de celle du Cantal ; mais, tandis que le centre éruptif du Mont Dore est caractérisé principalement par les trachytes et celui du Cantal par les andésites et les phonolithes, dans le massif du Yelay et du Vivarais on voit les phonolUhes prédominer, le long d'une grande ligne de fractures orientée à peu près du nord au sud et allant du Mézenc et du Gerbier des Joncs jusqu au Puy de Miaumes et au Gerbison. La première de ces montagnes et les autres sommets voisins ne sont que des lambeaux découpés dans une nappe de phonolithe^ recouvrant directement le granité. Aux phonolithes du Velay sont associés des trachytes (1), sans scories ni conglomérats, et ces roches, épanchées par des fissures, ont pris une structure grossièrement prismatique.
La période phonolithique a été suivie dans cette région par une seconde phase éruptive, essentiellement basaltique^ avec projection de scories et formation de conglomérats. Les basaltes sont le plus souvent en nappes horizontales ou légèrement inclinées et affectent une division en prismes à cinq ou six pans, qui est remarquablement caractérisée, près du Puy, dans les célèbres orgues d*Espaly ou colonnades de la Croix de Paille.
A Montredon, le basalte compact recouvre des graviers quaternaires à ossements de Rhinocéros f superposés à des sables pliocènes en partie formés d'éléments volcaniques, et supporte lui-même une couche de cailloux anguleux avec ossements de cheval. On peut d'ailleurs constater que les épanchements volcaniques ont trouvé les vallées de la région dans des états très divers d'approfondissement.
Les conglomérats et les tufs du Yelay sont entièrement formés de lapilli, de scories et de cendres, ultérieurement agglomérés. C'est par des conglomérats bréchiformes, avec fragments à arêtes vives et liions de basalte franc, que sont constitués les célèbres rochers Corneille et Saint-Michel au Puy. On les a considérés, tantôt comme des dykes de tufs boueux, tantôt comme les restes de parois de cratères. Les tufs de la région renferment, les uns des ossements pliocènes, les autres des fossiles quaternaires. C'est dans l'un d'eux qu'a été trouvé le squelette humain de la Denise.
Bésiuné. — On peut résumer ainsi qu'il suit les traits principaux de l'activité éruptive dans le Plateau central (2) :
A l'époque aquitanienne, de grands lacs couvraient une partie de la région. Les premières secousses se font sentir; d'innombrables sources déposent les calcédoines, les silex résinites et les meulières; enfin les premiers basaltes s'épanchent par des orifices dont les projections donnent naissance aux pépérites de la Limagne. Alors les lacs se vident, le relief du pays s'accentue et les érosions
(1) Tournaire, BulL Soc. géol. de France, ^ série, XXVI, p. 1158.
(2) Julien, Annuaire du Club alpin français, 1878.
1152 ROCHES ÉRDPTITES.
comiDencenf, déposant des graviers comme ceux du sommet de GergOTÎe. Avec le miocène supérieur se produit un vaste mouvement d'affaissement. La mer helvétienne envahit une partie de la France, et le Plateau central n*est plus qu*une île, habitée par de grands herbivores. Bientôt les Alpes achèvent de se soulever et l'activité volcanique, atteignant son apogée, édiûe le Mont Dore, le Cantal, le Mézenc et les Puys domitiques. Cette grande éruption pliocène se termine par le déluge basaltique des plateaux. A ce moment, les glaciers prennent possession des sommets, les érosions achèvent de découper les massifs ; enfin, au milieu de Tépoque quaternaire, les volcans à cratères apparaissent, inondant les vallées de leurs laves et de leurs conglomérats.
ÉRUPTIOHS HODERNEg DE LA RÉOIOH ■ÉDITERRAHÉEHHB
Ile d'Elbe, «alite. — 11 n*y a, dans la série éruptive moderne, qu*un très petit nombre d*épanchements acides où la roche affecte un caractère assez nettement granitique. Le plus connu est celui de Tile d*Elbe, où Ton observe, traversant le flysch et les macignos de Téocène supérieur, une liparite graniUnde, avec apparence de pâte et cristaux de quartz bipyramidés, qui la rapprochent à la fois des granulites et des porphyres, en même temps que Tétat fendillé du feldspath rappelle les trachytes. L'époque de sa sortie parait postérieure à celle des serpentines (1). A Porto-Longone, elle est associée à une pegmatite tourmalinifère, qui pénètre en filons dans des schistes ressemblant au flysch des Grisons.
Une roche analogue à celle de Tile d'Elbe s'observe dans l'Ile de la Galite, sur la côte de Tunisie.
Pyrénées. — 11 a été question, à plusieurs reprises, d'éruptions granitiques modernes dans la région pyrénéenne. Il n'y aurait assurément rien de surprenant à ce qu'on rencontrât, dans les Pyrénées, l'équivalent des liparites granitoîdes de l'île d'Elbe. Toutefois, ce qui rend cette assimilation douteuse, c'est que les roches décrites comme modernes, en raison des apparences de leur gisement, ne se distingueraient en rien par leur texture du granité pyrénéen habituel, dont nous avons dit qu'on trouvait des cailloux dans les conglomérats du silurien et du trias. Aussi, tenant compte de l'état d'extrême dislocation de la région, qui autorise les interprétations les plus diverses, nous semble-t-il prudent de ne pas accepter comme un fait une récurrence qui serait en désaccord formel avec ce que l'observation nous enseigne partout ailleurs, au moins en Europe.
QvesiloB des opUtes. — Les ophites des Pyrénées françaises, très variables d'aspect extérieur et de texture, depuis des roches vertes presque compactes
(1) DelanoOe, Bull. Soc, géol, de France, 2* série, IIY, p. 834.