yiolent
Transport de poussières. — Ces chiffres rendent bien compte de la faculté que [possèdent les vents d'entraîner au loin les poussières et les sables. C'est
(1) Petermann*i MiUheilungent 1876, ErgSozungsheft.
ainsi qu'on voit souvent tomber en Italie des pluies de sable dont rorigiiié saharienne parait incontestable, car on a pu, d'après les renseignements météorologiques transmis de la bordure septentrionale du Sahara, prédire avec succès de tels phénomènes plusieurs jours à l'avance. Les cendres du Vésuve, en 472, ont été chassées jusqu'à Constantinople et celles des volcans de l'Islande, en 1875, sont venues tomber dans les rues de Stockholm, après un parcours aérien de 1900 kilomètres.
Os pluies de sable sont fréquentes dans l'Atlantique, à Touest du Sahara et s'étendent jusqu'au milieu de cet océan, dans la région des vents alizés de nordesl : aussi leur donne-t-on le nom de poussières d'alizés (Passatstaub) .
Un fait remarquable est la fréquence, dans les pluies de poussière, des organismes microscopiques et spécialement des diatomées. Dans une pluie de ce genre, tombée à Lyon en 1846, Ehrenberg a trouvé 12,5 7© d'organismes, parmi lesquels 59 espèces de diatomées siliceuses, 8 rhizopodes et 25 de ce qu'il a nommé des Phytolitharia. Ces poussières sont fréquemment rouges ; aussi leurs chutes sont-elles désignées sous le nom de pluies de sang. L'espace sur lequel ces pluies se font sentir comprend l'Afrique septentrionale, l'Europe méridionale et les latitudes correspondantes de l'Asie ; néanmoins les organismes qui s'y rencontrent ne paraissent pas appartenir à l'Afrique; 15 espèces sont américaines et quelques-unes sont marines. Jusqu'à présent, l'étude des pluies de poussière connues a fourni plus de 300 de ces organismes, dont on peut dire que l'origine reste encore très incertaine.
HarA^ans. — La puissance du vent dans les ouragans est énorme. La vitesse des cyclones est capable d'atteindre 45 mètres par seconde, soit 162 kilomètres à l'heure ; mais plus communément elle se tient entre 20 et 50 kilomètres. Fresnel évaluait à 275 kilogrammes par mètre carré la plus forte pression dont le vent soit susceptible ; mais quelques observateurs, se fondant sur les efTels mécaniques de certaines tempêtes, ont porté cet effort à 400 kilogrammes. Il est certain qu'en 1825, pendant un ouragan à la Guadeloupe, une planche de bois, épaisse de plus de 2 centimètres, fut saisie par un coup de vent qui lui fît traverser de part en part un tronc de palmier de 0",40. Des meubles fracassés furent transportés à Montserrat par dessus un bras de mer de 80 kilomètres de large (1).
Les trombes qui se forment dans quelques orages soulèvent, non seulement des masses de poussière, mais encore, dans les montagnes, des débris de pierres. M. Theobald a vu, en Suisse, de ces trombes qui n'avaient pas moins de 15 à 18 mètres de largeur et il regarde comme possible que certains amas de débris schisteux, cpii ressemblent à desjE>t/e« élevées de main d'homme, aient été entassés par les tourbillons du vent (2).
AcdoB du Tent nr les roches. — Sans nous arrêter davantage à ces effets exceptionnels, toujours très étroitement localisés, il convient d'étudier les effets
(1) E. Reclus : La Terre, II, 353.
(2) Theobald in Reclus: La Terre, II, 379.
15S DYNAMIQUE EITËRiNE.
•d*érosi6n dont Tatmosphère en mouvement est susceptible sous Taclion des vents régnant dans la contrée. On sait que le sable, projeté avec force contre un obstacle, peut y creuser des rainures profondes et cette propriété a été utilisée industriellement par Tinvention du soufflet à sable, qui constitue une véritable machine à user. Or la même action s'exerce naturellement quand le vent entraîne avec lui des particules sableuses. Ces particules, généralement constituées par <lu quartz, usent et polissent les surfaces sur lesquelles elles passent. Ainsi, dans le Sahara, les ealcaires prennent un poli analogue à celui du marbi'e et la marche des chameaux à leur surface en devient très diCûcile. Les cailloux épars sur le sol s arrondissent et le sable siliceux trace des stries sur les parois qui Tobligent à infléchir son mouvement. C'est ce qu'on observe bien à File de Sylt, •dans la mer du Nord, où les sables, poussés par le vent contre le^ vitres des habitations, les rayent au point de leur enlever toute transparence.
Aucune roche n échappe à cette action. Dans les déserts de la Californie, le granité lui-même et le quartz prennent une surface polie et les roches moins •dures sont rayées et striées de mille manières. Les géologues américains et, en particulier MM. Blake, Newberry et G. K. Gilbert, ont obsen-é de remarquables •exemples de cet effet mécanique dans le Colorado et la Californie.
Près du confluent du Colorado avec la rivière de la Vierge (i), se trouve un large plateau de gravier dont la surface, dure et unie, est parsemée de cailloux façonnés par le sable. Les pierres dures et homogènes, comme le quartzite et la calcé- «doine, sont arrondies et aussi parfaitement polies que si elles avaient été roulées dans un courant d'eau; les roches cristallines, comme le basalte et le trachyte, prennent une surface inégale, les cristaux les plus durs demeiurant en saillie ; •enfin les calcaires sont sillonnés par un réseau de vermiculures qui dessinent les arabesques les plus capricieuses. De môme, dans le Sahara, M. Rolland (2) a recueilli -des cailloux calcaires à la surface desquels le sable poussé par lèvent avait tracé •des incisions formant une véritable dentelle, dont le dessin laissait reconnaître la direction des vents dominants.
KoelMv perchées ou Isolées par le Tent. Dans certaines gorges OÙ la violence •du vent est forcée de se concentrer, les effets de ce genre atteignent une intensité encore plus grande. Tantôt, au pied dune falaise ébouleuse, la force du vent suffit pour nettoyer le talus de tous les galets tombés à sa surface; tantôt, comme auprès du Paria-Creek et du Rocker-Creek, elle donne naissance au phénomène •des roches perchées. Si un gros bloc de conglomérat vient à tomber du haut de la falaise sur le schiste qui en forme le pied, la violence du vent, accrue par cet obstacle, s-'applique à en dégrader la base. En môme temps que le bloc diminue «t s'amincit par le bas, le schiste sur lequel il repose est enlevé sur tout le pourtour et bientôt le bloc se trouve perché (ûg, 20), dans des conditions d'équilibre instable, sur une colonne de schiste destinée à s' écrouler un jour, après
(1) Gilbert in Wheeler's Report, Washington, 1875, p. 82.
(2) Mission transsaharienne d'El Goléah.
Fig. iO. — Roche perchée par le rent & Rocker-Greek (Arizona) (d'après G. K. Gilbert). — La roche est un bloc de conglomérat, reposant sur un support schisteux.
^oi le même effet ira se reproduire à \m niveau inférieur. [Sur les formations
arénacées, comme les grès tendres, Térosion par le sable transporté est encore
phis efficace, mais les traces n'en
demeurent pas visibles sur la sur-
fice constamment renouvelée des
rocbes.
M. Schweinfurth, dans son voyage
au centre de TAfrique, a vu un
véritable obélisque naturel, de plus
de iO mètres de haut, en forme
de poire renversée, et par conséquent sensiblement rétréci à la base,
constitué par un bloc de granité. Ce bloc avait été isolé par le vent et
aminci près du sol par le tourbillonnement de Tair chargé de sable.
Des pierres analogues, mais plus petites, s'observaient assez souvent aux
■environs (1).
Lorsque le vent dégrade un terrain composé d'éléments meubles, comme un
•conglomérat, il en fait tomber les débris sur les pentes et ainsi se constituent
•des dépôts particuliers, résultats de la combinaison de la pesanteur avec l'action atmosphérique. Mais de tels dépôts sont beaucoup plus fréquents loi*sque la dégradation des roches s'opère sous l'influence des eaux pluviales; nous ne les étudierons donc pas ici.
BépMs éolieBs. — En revanche, c'est bien l'action de l'atmosphère en mouvement qui semble prédominer dans la formation de certains amas de poussières, tels que ceux qui ont été signalés par M. Yirlet d'Aoust sur les flancs de plusieurs des montagnes du plateau mexicain. Ces dépôts, dont l'épaisseur atteint jusqu'à cent mètres, sont formés par ime marne jaune meuble, homogène, qui ne présente de traces de stratification que quand son accumulation a été interrompue par la chute des cendres provenant des volcans voisins. M. Yirlet d'Aoust considère ces amas comme le résultat de grands tourbillons de poussière, au dépôt desquels la pluie n'a pas été étrangère. Telle serait aussi, selon M. de Richthofen, l'origine du lœss de la Chine, cette terre végétale accumulée parfois sur •600 mètres d'épaisseur et n'offrant aucun indice de stratification, tandis qu'on y observe des traces de végétaux et des mollusques terrestres. Il y faudrait voir la poussière provenant des déserts voisins, amenée en Chine par les vents et progressivement accumulée avec les restes des herbes de steppes qui s'étaient, à bien des reprises, établies sur sa surface. Bien entendu la pluie aurait contribué, dans une notable mesure, à la régularité du dépôt; mais l'origine première en
(t) Petermann's Geoçr, MUt/ieilungen, 1876.
serait essentiellement atmosphérique. Toutefois cette manière de voir, dite théorie éoliennej est contestée par beaucoup d* observateurs, pour qui le dépôt du loess est par excellence un phénomène aquatique. Du moins Torigine éolienne, admissible pour quelques dépôts exceptionnels, ne semble-t-elle pas devoir être acceptée pour les limons qui s'étendent sur de grandes surfaces.
Aetion de* dé«ert» «ur la direction des vents. — Nous ne sauHons terminer ce chapitre sans mentionner une curieuse conséquence de l'établissement des déserts, conséquence indiquée par M. Kohlfs dans son voyage au centre de l'Afrique (1). Lorsqu'un pays primitivement humide se tranforme en désert à cause de la sécheresse survenue dans Tatmosphère, il finit par s'y établir un centre de dépression barométrique. Dés lors l'air afQue de tous côtés pour remplacer celui qui s'est élevé dans les hautes régions et quelquefois il arrive que cet afflux d'air, en raison de son origine, modifie d'une manière très heureuse les conditions des districts qu'il traverse. Ainsi le centre de dépression barométrique du Sahara a fait naître, au nord du lac Tchad, un appel des vents humides du sud-ouest. La steppe dite Tintumma a été ainsi conquise à la végétation. Le progrès vers le nord de cette conquête est manifeste; aux herbes succèdent les Mimosa et les bestiaux paissent aujourd'hui sur un sol dont, il y a peu de siècles, les sables étaient encore en possession. L'action desséchante du désert n'est donc pas destinée à s'étendre de proche en proche au delà de toute limite et le phénomène, lorsqu'il a atteint un certain degré d'intensité, pose luimême des bornes à son extension. C'est alors que l'action de l'homme peut utilement se faire sentir pour accélérer, par des dispositions bien combinées, le travail que la nature a elle-même inauguré.
DUMES
Si l'action dynamique de l'atmosphère se traduit, au premier abord, par des phénomènes d'érosion et de transport, elle n'en contribue pas moins, sur certains points, à augmenter l'épaisseur de l'écorce solide et à en accentuer le relief d'une manière très sensible, par la façon dont elle accumule les produits qu'elle a transportés. Ces accumulations constituent les dunes, dont le mode de formation mérite d'être étudié avec quelques détails.
Sans doute le phénomène des dunes se manifeste avec une intensité particulière sur les bords de la mer, d'un côté parce que c'est là que par le jeu des marées et la mise à découvert des plages, le vent rencontre la plus grande somme de matériaux accessibles à son action, de l'autre parce que c'est sur les côtes que la puissance des courants atmosphériques atteint son maximum. Aussi, à de certains égards, les dunes doivent-elles être considérées comme un phénomène marin.
(1) In Czemy : Petermann't Mitiheilungen, 1876.