‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 48 sur 483 · DUNES · texte numérisé non relu

DUNES

Mais si nous laissons de côté, pour l'examiner ultérieurement, la part qu'elles prennent à la modification des rivages, elles s'offrent à nous comme une manière d'être très générale de l'activité externe du globe, susceptible de produire, dans les déserts, des effets parfaitement comparables à ceux des dunes littorales. L'étude en est donc bien placée ici et nous ne retiendrons, de l'observation qui vient d'être fkite, qu'une seule chose : c'est que les phénomènes naturels sont généralement assez complexes pour qu'il soit difficile de les encadrer, en toute rigueur, dans une classification parfaitement méthodique.

Mode de ffonMation d€ss dwie*. — Le sable fin, produit de la désagrégation des roches quartzeuses sous une influence quelconque, est poussé par le vent sur une plaine. Si aucun obstacle n'entravait sa marche, le sable continuerait à cheminer jusqu'à ce qu'il pût venir s'accumuler dans une dépression ou buter contre une ligne de relief. Mais, quelque unie que soit une plaine, il existe toujours à sa surface des inégalités, tout au moins des touffes d'herbes ou des cailloux, quian*étent en certains points le mouvement des sables. Chacun de ces

obstacles devient ainsi l'origine d'un petit monticule, capable à la longue de se

transformer en une dune.

Le mode de formation de ces monticules est facile à observer à l'aide d'un

obstacle artificiel, tel qu'une rangée de piquets établie sur une plage sableuse.

Les matériaux fins, que

la force du vent obligeait à remonter la pente

doucement inclinée de

la plage, viennent buter Fig. îl. — Formation des dunes. — 0.0. niveau de la mer.

,, , . , « 8.8. sol naturel,

contre I obstacle en formant un talus tourné vers la direction du vent. Mais ce talus n an*ive pas jusqu'à l'obstacle lui-même et sa crête demeure à quelque distance (fig. 21). En effet, au moment où le vent vient frapper la ligne de piquets, il est repoussé en arrière et donne naissance à un remous ou tourbillon, dont le diamètre est toujours proportionnel à la hauteur de l'obstacle (1). Ce remous définit la limite à laquelle les grains de sable peuvent monter, c'est-à-dire la crête du talus ; en arrière de celle-ci la pente du monticule est celle qui convient à l'éboulenient naturel du sable. Mais la dune continuant à augmenter, il arrive un moment où le courant d'air qui rase la surface du talus vient affleurer sur le sommet A de l'obstacle : alors c'est en arrière de ce dernier qu'il dépose les matériaux transportés ; l'espace vide correspondant au remous primitif se comble peu à peu et bientôt le piquet disparait, enfoui sous une vague sableuse dissymétrique, dont la pente vers le vent est en moyenne, dans les Landes, de 7 à 12 degrés, tandis que du côté de l'éboulement elle est de 29 à 52 degrés ; môme elle atteindrait 45 degrés si les pluies ne ravinaient pas la surface en faisant écrouler le sable.

(1) E. Reclus: La Terre, U, 253.

14^ DYNAMIQUE EXTOW.

des dwies. — De cette manière, le sol se couvre d'une série d'ondulations plus ou moins parallèles, comparables Ma lames successives qui viennent déferler sur une plage doucement inclinée. Mais ces ondulations ne sont pas fixes et leur destinée est de cheminer sans cesse dans la direction du vent. En effet, lorsque la crôte de chacune d'elles a atteint la hauteur à laquelle la force de Tair en mouvement peut faire monter les particules sableuses le long du talus, le sable ne s'accumule plus qu'en arrière, surtout à la feveur de l'écroulement progressif de la crête et ainsi l'intervalle entre deux rides successives tend à se combler; alors le talus de la ride d'arrière étant devenu moins roide, le sable le remonte plus aisément et en relève le sommet. De cette manière» d'une part les rides cheminent devant elles et, d'autre part, leur élévation devient de plus en plus grande à mesure qu^on marche dans le sens du vent. Elles constituent ainsi comme autant de vagues (fig. 22) dont les crêtes viennent affleurer

Fig. 22. — Profil normal d'une dune.

à un même plan.La pente de ce plan est la direction moyenne, inclinée sur l'horizon, que le vent, d'abord horizontal, est forcé de prendre, tant par l'obstacle que les dunes lui opposent que par la composante verticale des remous qui se produisent entre deux ondulations consécutives. En outre, quand la dune chemine, les lignes de thalweg prennent successivement la place des lignes de crôte et réciproquement ; en sorte que le même point du sous-sol est revêtu, suivant les temps, d'une épaisseur variable de sable. Enfin la forme des dunes en marche doit être généralement celle d'un croissant ayant sa convexité tournée vei-s le vent; car les particules sableuses, ayant inoins de hauteur à franchir sur les boixls de la dune qu'en son centi'e, cheminent plus vile à droite et à gauche. La crête doit donc se courber en formant deux pointes avancées vei*s l'intérieur. Ce phénomène des dunes en croissant a été bien constaté par tous les voyageurs qui ont parcouru le Sahara et les déserts américains.

Arrani^ement de* matériaux. — D'après ce qui vient d'être dit, l'inclinaison des couches doit être très variable dans les dunes; en effet, les strates successives qui s'accumulent du côté du vent offrent une pente assez faible, tandis que, de l'autre côté, elles peuvent présenter une forte pente en sens inverse : certaines parties, amoncelées sous l'influence des remous, peuvent aussi s'étaler en couches confuses. D'ailleure la direction du vent n'est pas constante et les changements qu'elle subit influent sur l'alignement des talus. C'est pour cette même cause que les éminences de sable dont l'ensemble constitue un massif de dunes présentent le plus souvent un arrangement si confus qu'on peut facilement s'égarer dans ce dédale où l'œil ne saisit aucun point de repère. Mais la force du vent n'est pas moins variable, d'une part avec les saisons et de l'autre avec la distance

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