‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 49 sur 483 · DUNES. \J · texte numérisé non relu

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à la côte, s'il s'agit d'une dune marine. En pareil cas, le principal efTort des masse» d*air se dépense contre le littoral et c*est sur le rivage même que les matériaux les plus lourds doivent se déposer; une dune offrira donc, du côté de la mer, des sables coquilliers, des graviers, parfois même des branches d'arbres et des épaves, rejetées par les tempêtes, tandis qu'en arrière se déposeront les sables fins. Comme d'ailleurs les lignes de côtes ne sont pas absolument fixes et que ledomaine maritime a pu quelquefois avancer ou reculer dans le cours des siècles, il arrivera souvent qu'une dune d'ancienne date et d'étendue notable présentera, dans son profil transversal, une succession de dépôts grossiers et de couches de sable fin. Néanmoins ce dernier élément l'emportera toujours de beaucoup sur tous les autres.

•wM» continentale». — Cette variété de composition ne se retrouvera pas,. en général, dans les dunes continentales. Au Sahara les sables des dunes accusent un triage et un classement très parfaits. Leurs grains, exclusivement quartzeux, sont roulés et polis et leur diamètre moyen est inférieur à un millimètre; ils sont identiquement les mêmes du sonunet à la base de la dune; individuellement hyalins ou légèrement colorés en jaune rougeâtre par des traces d'oxyde de fer, ils prennent en masse une teinte d'or mat, magnifique sous le soleil du Sahara (1). La hauteur habituelle des dunes élémentaires, c'est-à-dire faisant saillie au milieu d'une chaîne de sables, ne dépasse pas une vingtaine de mètres ; exceptionnellement, quelques pitons de sable atteignent 70 ou 80 mètres.

Les dunes continentales ne sont pas toujours le produit d'un transport de sables, à de grandes distances. 11 en est qui résultent simplement de la désagrégation,. longtemps prolongée, de collines de grès, dont elles occupent encore la place. Telles seraient, d'après M. Vatonne, les dunes des environs de Ghadaniès, dont plusieurs s'élèvent à 150 et même 200 mètres de hauteur; ordinairement les accumulations de sable désagrégé sur place ont un noyau solide de grès; on les reconnaît à la forte inclinaison qu'elles présentent du côté du vent et qui peut atteindre 57 degrés. Ces masses se déplacent, suivant les changements du vent, à droite et à gauche du noyau qu'elles entourent. Leur fixité relative tient à ce que leur grain est généralement plus grossier que celui des dunes mouvantes.

Il ne faudrait cependant pas généraliser cette observation outre mesure. Ainsi que l'a fait observer M. Rolland (2), ce n'est pas dans les centres de désagrégation des roches arénacées qu'il convient d'étudier le phénomène des dunes, mais bien dans les régions où l'apport du sable est incontestablement l'œuvre du vent. Or, dans la bande crétacée située au centre du Sahara algérien, qui ne comprend que des calcaires et des marnes, les dunes de sables transportés peuvent atteindre une centaine de mètres de hauteur. Ainsi, à 20 et 40 kilomètres à Test d'El Goléah, on observe deux chaînes de dunes de 80 kilomètres de longueur sur une largeur moyenne de 4 kilomètres. Ces chaînes ont pour base un

(1) Rolland : Revue scientifique, 1881, p. 610.

(2) Ibid., p. 612.

plateau dont le calcaire, poli par le vent, apparaît au milieu de cirques et au fond d'entonnoirs dans les dunes, et la formation qui devrait recouvrir le calcaire se compose, £omme on peut s*en assurer sur les escarpements et les témoins voisins, de marnes sans mélange de couches arénacées. C'est donc bien à un transport lointain que sont dues ces accumulations, égales en hauteur aux plus importantes des dunes maritimes. De son côté, M. Rohlfs a signalé, dans le désert de Libye, des dunes qui atteignaient de 50 à 70 métrés.

Les dunes du Sahara sont généralement alignées; les deux grandes chaînes dont il vient d'être question côtoient le pied occidental de deux séries d'escarpements et de monticules crétacés en place. De même, au nord-est d'El-Goleah, les dunes de l'Oued-Sidi-Hamed, de l'Oued-Zirara, de l'Oued-el-Khoua, suivent des vallées qu'elles remplissent complètement ou dont elles occupent le flanc méridional (1) et les cols des chaînes de sable font face aux cols qui séparent les vallées. 11 est naturel de voir le sable s'accumuler ainsi de préférence dans les dépressions : sur les plateaux proprement dits, il roule sans s'arrêter.

On a souvent fait la remarque que les dunes continentales étaient situées au voisinage d'anciens lits de mère ou de lacs aujourd'hui à sec. Ainsi les dunes du groupe de l'Erg, dans le Sahara, se sont formées, suivant M. Pomel, aux dépens des alluvions sableuses déposées, à l'époque quaternaire, en amont des dépressions du Helrir et du Gourara. Il est certain que le littoral d'une nappe d'eau en voie de disparition est un terrain exceptionnellement propice à la formation des dunes, car la puissance du vent s'y exerce sur des matériaux déjà désagrégés et qu'aucune végétation ne protège. Mais ainsi que nous l'avons déjà dit, le même effet peut se produire si, par suite d'un changement sunenu dans les courants atmosphériques, une région primitivement couverte de prairies et même de bois vient à être balayée par des vents desséchants. Pour le Sahara, en particulier, on peut dire que le phénomène des dunes est intimement lié au changement qui, dans cette contrée, a fait succéder l'extrême sécheresse actuelle à l'extrême humidité de la période quaternaire, attestée par les puissantes alluvions dont le désert contient encore de nombreux témoins. Seulement, pour que les dunes se forment, il faut que le vent ait à sa disposition une roche quartzeuse accessible à la dégradation. Or les grès dévoniens du Sahara étant très compactes, il se trouve que les alluvions]quaternaires sont seules en état de fournir les matériaux des dunes et c'est dans cette mesure que le phénomène atmosphérique est lié à l'ancienne hydrographie du pays.

Mobilité des dunes eontiaentaies. — Sur un désert, le vent n'a pas la même constance que sur le boi'd de la mer : aussi la mobilité des dunes y est-elle plus capricieuse et, selon la saison, leur marche peut s'effectuer suivant des directions variables. Néanmoins l'ensemble des vents offre toujours, dans chaque région, une résultante de sens déterminé, qui définit la direction générale du transport

(1) Rolland : loc. cit.

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des sables. C'est ainsi que les sables du désert de Libye tendent sans cesse à envahir TEgypte, où ils ont enseveli, non seulement des monuments anciens, mais même des villages dont la submersion par les dunes est postérieure à Tintroduction de Tislamisme dans le pays. La marche vers Test ne s'arrête qu'à la vallée du Nil, dans laquelle les sables s'engouffrent, augmentant la quantité des matériaux détritiques que charrie le fleuve. Au delà de cette vallée, le phénomène atmosphérique se fait encore sentir sur la bande comprise entre le Nil et la mer Rouge; mais, faute de matières transportées, il se borne à faire de ce pays un désert de pierret en enlevant, pour le jeter dans la mer, le sable primitivement mélangé aux cailloux.

Dans le Sahara, les grandes dunes marchent vers le sud-est (1) ; mais ce mouvement d'ensemble est presque insensible pendant la durée d'une génération, ainsi que le démontre la permanence des routes et des points d'eau dans les grands massifs. En revanche, la configuration superficielle subit des oscillations périodiques.

Dans le désert de Gobi, ou le vent du nord-est domine, la partie orientale est xin désert de pierres, tandis que les sables s'accumulent dans l'ouest. La mer Caspienne se comble à l'est par les sables que le vent apporte du désert de Touran et, au nord-ouest du Sahara, de grands bancs de sable envahissent l'océan Atlantique. Sur plusieurs points du globe, ces transports de sables, en barrant le chemin aux fleuves, les ont obligés, tantôt à se perdre, tantôt à s'infléchir, pour retrouver une issue, dans une direction différente de celle qu'indiquait la pente générale du teiTain.

Le phénomène du transpo'rt et de l'accumulation des sables s'exerce encore d'une manière appréciable dans des régions fort éloignées des déserts. Ainsi des dunes terrestres, de 10 mètres de hauteur, se forment en France sur la rive du Gardon, en aval du pont romain, sous l'influence du mistral. Des dunes plus petites, mais non moins caractérisées, existent dans la forêt de Fontainebleau, constituées par les sables tertiaires que le vent enlève, pour les déposer sur la surface des plateaux de calcaire de la Beauce.

•■oes mariâmes. — Les dunes maritimes sont généralement, par leur masse et la hauteur qu'elles peuvent atteindre, plus importantes que les dunes terrestres. Le phénomène dépend à la fois de l'intensité du vent soufflant de la mer, de la nature du sable de la plage et de l'amplitude du jeu des marées. Plus celte dernière est considérable et plus est grande la provision de matériaux sur laquelle Ténerçie des courants atmosphériques peut se dépenser. Sur les côtes méditerranéennes, de Port-Vendres aux Bouches-du-Rhône, les dunes ne dépassent guère 6 à 7 mètres, parce qu'il n'y a pas de marées sensibles et que, de plus, le vent dominant souflle vers la mer. Les dunes du littoral de Gascogne atteignent 75 mètres : il en est même une dont la crête est à 89 mètres. Sur

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les côtes du Norfolk, en face de la mer du Nord, les dunes anglaises ont de 50 à 60 mètres, tandis qu'en Cornouailles, à la faveur des fortes marées de la Manche et des grands vents de TAtlantique, elles atteignent 100 mètres. Les plus hautes dunes du monde sont probablement celles qui bordent le littoral atlantique du Sahara. Ainsi, entre le cap Bojador et le Cap-Vert, il paraît que leur altitude est de 120 à 180 mètres.

La bande des dunes de Gascogne, de l'Adour à Tembouchure de la Gironde, se prolonge sur plus de 200 kilomètres et occupe, sur une largeur moyeime de 4 à 5 kilomètres, pouvant quelquefois aller à 7 ou 8, une superficie de 90 000 hectares. On évalue le volume des sables ainsi amoncelés à 20 ou 30 milliards de mètres cubes.

Les dunes de Gascogne sont presque imiquement constituées par des grains de quartz; on y trouve aussi un peu de lydienne et de fer oxydulé. La proportion de calcaire que les débris de coquilles y peuvent introduire ne s*élève pas au-dessus de 0,3 pour 100 (1). Au contraire, les dunes de la Bretagne contiennent, grâce aux coquilles brisées, une quantité de carbonate de chaux s*élevant jusqu'à 68,5 pour 100, dans la baie d^Audieme et à Saint-Pol-de4iéon, et demeurant, en moyenne, d'à peu près 40 0/0. Dans le Pas-de-Calais, un peu de glaucome s'associe au sable siliceux et le calcaire varie entre 3 et 4 0/0. Enfm, en Hollande, à Scheveningue, il n'y a que 0,6 0/0 de calcaire, dans un sable quartzeux avec mica et grenat rouge, tandis qu'à Zandvoort, près de Harlem, une dune très chargée de débris coquilliers contient 29,5 0/0 de carbonate de chaux.

Le sable siliceux est nécessaire à la formation des grandes dunes, parce qu'il est le seul qui se dessèche immédiatement aux premiers rayona du soleil et qu'il est plus rebelle que tout autre à la végétation. Cependant il existe des dunes calcaires; mais elles n'atteignent qu'une faible hauteur. Nous en avons signalé en Bretagne, où l'élément calcaire, fourni par les coquilles brisées, est quelquefois en plus forte proportion que l'élément siliceux. Sur les îles de polypiers, il y a des dunes entièrement formées de sable calcaire, et dont la hauteur est d'environ 10 mètres. Leur stratification est enchevêtrée, à cause de la variabilité des vents de tempêtes qui leur ont donné naissance et quelquesunes ont pris l'état solide par suite d'infiltrations qui en ont cimenté les éléments.

Les dunes ne se forment pas dans la baie du Mont Saint-Michel, ainsi que Ta fait observer Élie de Beaumont (2), à cause de la nature du sable qui en tapisse le fond. A l'inverse des sables quartzeux de plages, qui n'ont un peu de compacité que quand ils sont humides, et auxquels les rayons du soleil rendent bien vite toute leur mobilité, la tangue du Mont Saint-Michel, très mobile quand la marée la baigne, devient assez ferme lorsqu'elle est à sec. Le vent n'a donc pas de prise sur ses particules.

(i) Delesse: Lithologie du fond deg mers. (2) Leçons de Géologie pratique, I, p. 200.

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