‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 50 sur 483 · DUNES · texte numérisé non relu

DUNES

des deaes. — La marche en avant des dunes maritimes est parfois très rapide. On cite, aux environs de Saint-Pol-de-Léon, en Bretagne, un district habité antérieurement à 1666 et qui, depuis cette époque, a été envahi par une couche de sable de 6 à 7 mètres. En 1722, cette dune avait conquis plus de 24 kilomètres, c*est-à-dire que le sable avait cheminé avec une vitesse de près de 500 mètres par an (1). Depuis cette progression a été arrêtée par des plantations. Du reste, de pareilles vitesses sont exceptionnelles dans l'histoire. Il est même rare d'en observer d'aussi grandes que celle de la dune qui, en 1688, fit irruption sur les terres du SufTolk en gagnant 80 mètres par an.

Sur le littoral de la Gascogne, des observations poursuivies pendant huit années par Brémontier lui ont donné 20 à 25 mètres pour le progrès annuel des dunes de la Teste. Ce résultat s'accorde assez bien avec les documents historiques relatifs à l'église de Lège qui, rebâtie en 1480 à 4 kilomètres de sa position primitive, dut être reconstruite, en 1650, à trois kilomètres plus loin dans les terres. L'église du Yieux-Soulac, aujourd'hui dégagée des sables qui, pendant longtemps, n'en avaient laissé voir que le clocher, date du douzième siècle; son enfouissement a été très progressif et, longtemps avant d'être obligés de l'abandonner, les habitants avaient dû y pratiquer une entrée latérale à un niveau supérieur à celui du porche.

Cette église et les ruines de l'ancien village qui l'entourait ont offert un exemple intéressant du mode de cheminement des dunes. Couvertes une pr^ mière fois par le sable, elles ont été ultérieurement découvertes, la crête de la grande vague sableuse s'étant transportée en avant sans augmenter de hauteur, de telle sorte que son talus extérieur ne suffisait plus à masquer les restes primitivement enfouis sous sa masse.

Les dunes de la Courlande cheminent vers la lagune qui les sépare de la terre ferme avec une vitesse d'environ 6 mètres par an.

L'obstacle le plus efficace au cheminement des dunes est la consolidation du sol sableux par des semis. Certaines plantes conviennent pailiculièrement à cet office, notamment Arundo arenaria, Carex arenariOy Salix arenaria^ Psamma arenaria, Elymm arenarius^ Dianthus gallicug^ etc. Une fois le sol fixé par les herbes et les arbustes, des plantations de pins, protégées au début par des clayonnages, peuvent achever l'œuvre et transformer en une véritable richesse ces sables qui menaçaient de tout détruire autour d'eux. Tout le monde connaît les résultats obtenus, grâce à l'initiative de Brémontier, sur le littoral de Gascogne, où des forêts de pins, dont la valeur est estimée à 25 millions de francs, ont définitivement fixé le sol des dunes landaises. Des entreprises analogues ont été tentées avec succès dans le Pas-de-Calais.

i^aleur chroMométrliine des dnnes. — On a parfois représenté les duues comme une sorte de chronomètre ou plutôt de $ablier naturel (2), permettant

(i) EUe de Beaumont : Leçons de Géologie pratique, I, p. 204» (3) Elie de Beaumont : Leçons de Géologie pratique, I, p. 309.

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d'apprécier, par Tespace que les sables ont parcouru, le temps écoulé depuis que les relations actuelles entre le niveau de la terre ferme et celui des océans ont été établies. Mais d'une part rien ne prouve que la vitesse de cheminement des sables ait été la même à toutes les époques et, d'autre part, il y a des dunes, comme celles de nos côtes, dont la mobilité paraît être de date relativement récente.

En effet, d'après les témoignages historiques, toutes les dunes de l'Europe étaient autrefois couvertes de forêts. Les anciens géographes sont unanimes à représenter les bois comme s^étendant jusqu'à la mer dans les Pays-Bas et les idiomes des Bataves, des Angles et des Frisons ne contenaient aucun mot spécial qui pût désigner un monticule de sable mouvant. Ni Strabon ni Pline ne mentionnent l'existence des dunes et un passage d'Ausone, cité par M. Delfortrie (1), semble indiquer que la mobilité des sables était inconnue en Gascogne à l'époque gallo-romaine. En effet, dans une épître adressée à Tliéon, habitant du Médoc, Ausone s'exprime ainsi : € Quid geris, extremis posilus telluris in oris, cultor arenarum vates?Cui litus arandum Oceani fmem juxta, solemque cadentem, etc. » Les dunes des Landes recouvrent en de nombreux points des troncs de chênes, de pins et d'autres essences. La forêt d'Arcachon contient, avec des pins gigantesques, des chênes d'une circonférence énorme, attestant la haute antiquité de ces bois. Les rôles gascons, les chroniques nous montrent que les ports de Mimizan, du cap Breton et du Vieux-Sou lac ont conservé leur entrée libre jusqu'au XVI* siècle, avant d'être d'abord obstrués par les sables, puis ensevelis sous les dunes. Montaigne écrivait, au milieu du XVI* siècle, que les envahissements des sables avaient lieu « depuis quelque temps ».

En présence de tous ces témoignages, il est difficile de ne pas attribuer à la destruction inconsidérée des forêts la mobilité dont les dunes de Gascogne ont ftût preuve depuis trois siècles. Sans doute, au début de la période actuelle, il y a eu une ère deê dunes, pendant laquelle les sables se sont accumulés sur le littoral. Mais bientôt la végétation naturelle a pris possession de ce territoii*e et la conquête eût sans doute été définitive si l'homme, dans son imprévoyance, n'était pas venu détruire l'abri qui le protégeait. De même, au dernier siècle, Frédéric-Guillaume I*' ayant fait abattre la forêt de pins qui s'étendait sur les dunes, de Dantzig à Pillau, les sables mouvants envahirent la baie intérieure, détruisirent les pêcheries et obstruèrent le chenal de navigation (2). Staring va jusqu'à attribuer à la destniction d'un seul chêne la formation de la plus haute des dunes de la Frise.

Peut-être néanmoins un autre facteur est-il à considérer dan? le phénomène des dunes; c'est la mobilité même des plages voisines. 11 n'est nullement indifférent que le niveau de la mer s'élève ou s'abaisse sur une plage sableuse. Dans le second cas, la masse des substances accessibles à l'action du soleil et du vent et

(1) Association sdentifique de France, mai 1870.

(2) Foss in Reclus : U Terre, H, p. 275.

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