TRAVAIL DES COURS D'EAU
Une vitesse de i">,20 déplace des cailloux de la grosseur d'un œuf, et des pierres plates sont mises en mouvement par une eau animée d'une vitesse de l^^ySO.
Or la vitesse au fond étant la moitié de celle de la surface, on voit que les grandes rivières, dont la vitesse moyenne est de l^jSO, ne peuvent déplacer que du menu gravier.
La Seine, dont la vitesse est de 0"", 50, ne remue, en temps ordinaire, que du sable fin ; aussi toutes les excavations que Ton pratique dans son gravier de fond se comblent elles imiquement avec du sable. Nous avons dit que la vitesse moyenne d'un cours d'eau pouvait difficilement être triplée par l'effet des plus grandes crues. D'après cela, le maximum de vitesse dont la Seine soit susceptible est de l*", 50, donnant 0™, 75 au fond. Ainsi, dans les conditions actuelles , môme dans ses périodes de plus grande activité, la Seine peut tout au plus transporter le petit gravier par l'effet de sa vitesse propre.
Il est vrai que la mise en mouvement, par un cours d'eau, des matériaux du fond devient plus facile quand l'eau peut travailler par pression au lieu d'agir simplement par entraînement direct. Dans ce cas, en s'accumulant en arrière des obstacles, Teau courante finit quelquefois par acquérir assez de puissance pour les vaincre et en opérer, sur une certaine distance, le transport en masse. C'est ainsi qu'à Paris, en faisant monter l'eau derrière les vannes des égouts et en la laissant ensuite s'échapper avec une vitesse qui ne dépasse pas 2 ou 7) mètres par seconde, on réussit quelquefois à faire cheminer des blocs de meulière de \ décimètre cube. Il arrive aussi que de gros blocs, posés sur des graviers plus fins, se déplacent lorsque i'eau courante est parvenue à ébranler leur support. (Test de cette façon qu'à Gien, dans les crues de la Loire, par une hauteur d'eau de 7", 25, des blocs de 15 kilogrammes ont pu être déplacés. Enfin les tourbillonnements verticaux qui se produisent sous l'influence des changements de forme du lit donnent lieu à des affouillements d'où peuvent résulter des transports momentanés de gros matériaux. Néanmoins ces effets sont toujours très limités et, dans la plupart des grandes rivières actuelles, le transport d'éléments de dimensions supérieures à celles du petit gi^avier est un fait exceptionnel. Lors donc que, soit au fond du lit mineur, soit sur le lit majeur, on rencontre des nappes de gros cailloux, on doit en rapporter la formation à une époque antérieure^ où la rivière avait, momentanément peut-être, une pente sufûsante pour imprimer au courant une vitesse torrentielle. Or ce fait s'observe dans toutes les vallées, notamment dans celle de la Seine, où le fond du lit mmeur est formé par un gravier à gros éléments. Ce dépôt doit donc être considéré comme l'effet d'im régime différent de celui qui prévaut [aujourd'hui ; sans doute il est l'œuvre de la période pendant laquelle la Seine creusait encore son lit, sous la double influence d'une pente plus forte et d'une plus grande abondance dans les précipitations atmosphériques.