‹ Traité de géologie (volume 2)Chapitre 65 sur 483 · TRA¥AIL DE CREUSEMENT DES COURS D'EAU · texte numérisé non relu

TRA¥AIL DE CREUSEMENT DES COURS D'EAU

RlTlères torrentielles. — L*œuvre que Ics COUPS d*eau accomplissent à la surface du globe est considérable et mérite d'être étudiée jusque dans ses détails. C'est ce que nous allons tenter de faire, en portant successivement notre attention sur les diverses catégories de travaux que peuvent exécuter les rivières, suivant que leur régime se rapproche plus ou moins de celui des torrents.

Nous étudierons d'abord les rivières <orrertf«e/fes, c'est-à-dire celles qui creusent encore leur lit; cette catégorie est constituée par les cours d'eau à l'alimentation desquels les torrents proprement dits prennent une grande part et dont le cours a une pente supérieure à 2 ou 2,5 pour iOOO (soit une inclinaison de 7 à 8 minutes de degré).

Pour donner une idée de la puissance de transport des coure d'eau torrentiels, nous dirons qu'on évalue à 62000 mètres cubes la quantité de débris annuellement entraînés par la Linth dans le lac de Wallenstadt depuis 1860. D'après les mesures effectuées par M. Ileim, la Reuss a déposé à son embouchure, de 1851 à 1878, un cône d'alluvions de 5947 050 mètres cubes, soit un apport de 150000 mètres cubes par an (1).

C'est sur le versant occidental des Montagnes Rocheuses et spécialement dans le Colorado, qu'il convient d'aller chercher le type des rivières torrentielles, surtout si l'on restitue par la pensée aux cours d'eau de ce pays l'ampleur qu'ils possédaient à l'époque, peu éloignée de la nôtre, où d'abondantes précipitations atmosphériques assuraient leur alimentation.

CSorses, Cafions. — C'est alors qu'ont été creusées, sous la seule action des eaux torrentielles, ces gorges profondes, aujourd'hui célèbres sous le nom de canons^ et dont plusieurs ont des parois presque verticales, s'élevant à des hauteurs de 1000 et môme de 1800 mètres.Aujourd'hui encore, avec une pente comprise entre 9 et 37 dix-millièmes, le Colorado forme, dans ses crues, une nappe de 15 à 30 mètres d'épaisseur, capable, par conséquent, d'effets mécaniques très considérables (2).

Le bras septentrional de la rivière de la Vierge, dans la même région, traverse, en un point, une fonnation de grès massifs où il a découpé un canon de 600 mètres de profondeur, dont les parois verticales, parfois môme surplombantes, ne sont pas séparées l'une de l'autre, au fond de la gorge, par plus de 6 à 7 mètres de distance. Aussi est-il rare que, du lit de la rivière, on puisse apercevoir le ciel, et cette structure se prolonge sur plusieurs kilomètres.

Ce qui rend possible la formation de ces gorges, dans les terrains composés de roches dures, c'est l'état plus ou moins fissuré de leur masse. Il n'est aucune roche, à la surface du globe, qui ne soit découpée par divers systèmes de crevasses ; chacune de ces fentes est une ligne de moindre résistance dont profitent

(1) Heim m Ernest Favre, Revue géologique suisse, IX, o. 30.

(2) Gilbert in Wheeler's Repart, 1875, p. 71

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