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CARACTÈRES PHYSIQUES DES GLACIERS

des glaciers s'accomplit, en été, avec une assez grande rapidité pour que, en Suisse, Fépaisseur de la glace fondue au mois d*août soit, en moyenne, de 3 à 4 centimètres par jour. M. Desor a même constaté, en un point particulier du glacier de rUnteraar, une ablation qui, pendant plusieurs mois, s*est élevée à 7 centimètres par 24 heures.

L'eau résultant de la fonte donne lieu à de nombreux petits ruisseaux qui ser- (>entent à la surface des glaciers jusqu'à ce qu'ils viennent s'engouffrer dans des crevasses. Sur le glacier de Gurgl, dans l'Œtzthal, Sonklar a observé, au mois d'août, tout près de la base des névés, cinq ruisseaux superficiels, dont le débit lotal était de 200 litres par seconde. Quelquefois ces eaux, en pénétrant dans une mince fissure, l'élargissent peu à peu et finissent par en faire un puits circulaire dit mou/tn, qui traverse toute l'épaisseur de la glace. On a pu mesurer un moulin de 58* de profondeur sur le glacier de TAar et un autre de 252" au Finsteraar.

Une fois arrivés au fond, les courants d'eau se frayent un chemin plus ou moins tortueux, sur le lit môme du glacier et vont sortir par son extrémité inférieure, en débouchant le plus souvent par une grotte ou du moins par une arcade creusée dans la glace, dont le pied a facilement fondu sous l'influence de la température de l'eau courante. Les torrents qui sortent ainsi du pied des glaciers, réunissant le produit de tout ce que l'ablation enlève à la surface, sont parfois assez considérables. Le débit de l'Aar, à sa sortie des glaces, oscille entre 4 et 23 mètres cubes par seconde. Mais il arrive quelquefois qu'au fort de l'hiver le froid arrête le toiTent, l'arcade terminale étant complètement obstruée par la neige et la glace. Ainsi rArveiron,émissaire de la mer de Glace, tarit entièrement en 1839.

TaMes de placiers. Effet des petites pierres. — L'ablation directe, s'exerçant par la surface libre du glacier, atteint son minimum partout où cette surface est protégée contre les radiations solaires. Ainsi de grandes accumulations de pierres empêchent la glace de fondre. De grosses pierres isolées produisent le même effet sur la portion de surface qu'elles recouvrent, si ce n'est à leur contact immédiat avec la glace, où leur rayonnement détermine une certaine fusion. Au bout de quelque temps, un gros bloc est destiné à se trouver en saillie sur le glacier, porté par un piédestal auquel il a servi d'écran. On donne le nom de tables de glaciers (fig. 47) à ces blocs perchés, dont quelques-uns n'ont pas moins de 20 à 25 mètres carrés de superficie et qui offrent souvent l'apparence de dolmens. Jamais ces pierres ne sont horizontales; éclairées obliquement par le soleil de midi, elles réchauffent par rayonnement la face méridionale du pilier pig. 47. TaWe de glacier. >

qui les porte ; cette face fond donc plus facilement que les autres et ainsi la pierre s'incline dans le sens du méridien, jusqu^à ce que, son support étant devenu trop faible, elle retombe à la surface pour se retrouver bientôt après suspendue sur un nouveau piédestal.

Si les grosses pierres exercent sur les glaciers un effet de protection, il en est tout autrement des petites, surtout quand leur couleur est foncée ; absorbant énergiquement la chaleur, elles liquéfient la glace tout autour d'elles et finissent par occuper le fond d'une sorte de cuvette pleine d'eau ; mais leur rôle calorifique ne s'arrête pas là ; elles réchauffent Teau qui les entoure et cette dernière approfondit la cuvette, l'eau douce, dès qu'elle est parvenue à + 4*, tendant à descendre, en vertu de sa plus grande densité. Il se forme ainsi des trous plus ou moins profonds, qui parfois donnent à la surface d'un glacier l'aspect d'un véritable crible.

Exemples de ylaelers. Alpes snisses. — Le massif des Alpes Suisses, tant par la hauteur de ses cimes que par la puissance des groupes entre lesquels il se partage, constitue un condenseur essentiellement propre à l'accumulation des neiges . Les vents d'ouest et de sud-ouest y apportent une propoi*tion d'humidité suffisante pour que, môme dans la plaine suisse, la chute d'eau annuelle soit de 0">,80 à 1"», c'est-à-dire supérieure d'un quart ou d'un cinquième à ce qu'elle est pour la France. Au Saint-Bernard, la chute, transformée en eau, atteint 2 mètres et, sur le versant méridional, qui s'élève d'une manière subite au-dessus des plaines de la Lombardie, obligeant les masses d'air à accomplir un travail d'ascension considérable, il tombe, dans les années pluvieuses, jusqu'à 5 mètres d'eau ou la quantité de neige équivalente.

Conune d'ailleurs les divers massifs de la Suisse sont très découpés et séparés les uns des autres par de profondes échancrures, tout en conservant une large surface pour l'amoncellement des névés, toutes les conditions favorables à la formation de grands glaciers y sont réunies. Aussi compte-t-on en Suisse phis de 1000 glaciers, occupant une surface totale de 2,096 kilomètres caiTés (1). Le plus important est le glacier d'Aletsch, dont la longueur est de 24 kilomètres et la superficie de cent kilomètres carrés. H. Desor en a évalué le volume à 22 ou 24 milliards de mètres cubes. La mer de Glace de Ciiamonix, depuis le col du Géant jusqu'à la source de l'Arveiron, mesure 12 kilomètres. Le glacier de l'Aar en a 8 avec une largeur dont le maximum est de 1450 mètres. Son volume est de 2 400 000 000 de mètres cubes. Les glaciers de la Suisse exercent une influence des plus salutaires sur le régime des grands fleuves de l'Europe, car . c'est en été, à l'époque où toutes les autres causes d'alimentation des rivières sont le moins efficaces, qu'ils laissent échapper le plus grand volume d'eau.

Quelle que soit l'ampleur des phénomènes glaciaires en Suisse, on peut dire que ce massif ne porte pas toute la quantité de neiges et de glaces dont son relief et sa température moyenne sembleraient devoir entraîner l'existence. En effet, nous avons vu que la ligne isotherme de zéro se tient dans ce pays, aux environs de 2000 mètres (2), tandis que la limite des neiges persistantes y est toujours au-

(i) Ch. Dufour et F. A. Forel : Notice du bureau central de la commueion hydroméirique euUse, 1866.

(2) Y. «itle. p. 89.

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dessus» s'élevant parfois à 2800. Aussi beaucoup d'observateurs admettent-ils que cette limite coïncide avec une ligne de moyenne température annuelle inférieure à — 4^. Ce résultat doit être surtout attribué à Finsuffisance des précipitations atmosphériques et il en résulte que, si ces précipitations devenaient plus abondantes, sans que rien fût changé au reste des conditions physiques de la contrée, les glaciers prendraient certainement en Suisse une beaucoup plus grande extension.

Tjrrol. — 11 existe aussi d'importants glaciers dans les Alpes tyroliennes et autrichiennes, notamment dans les massifs de TOrteler, de TOetzthal et du Gross Glockner. Le groupe des monts de TOetzthal^ bien que ses plus hauts sommets n'atteignent pas tout à fait 4000 mètres, compte plus de 200 cimes qui dépassent 3000 mètres. Les gorges profondes de ce massif renferment 229 glaciers, dont l'un, celui de Gepaatch, a une longueur de 11500 mètres. Cinq autres, parmi lesquels le glacier de Vemagt, ont plus de 7500 mètres. Le glacier de Pasterze, descendant du Gross Glockner, n'a pas moins de 10 kilomètres de longueur et fait partie d'un groupe de 254 champs de glace (1).

PTrénées. — Les Pyrénées ne reçoivent les précipitations atmosphériques venant du sud-ouest qu'après que ces dernières se sont progressivement élevées sur les hauts plateaux de l'Espagne. Ce n est que du côté du nord que la chaîne ofTre une barrière abrupte, obligeant les masses d'air à s'élever brusquement ; mais les vents du nord étant très pauvres en vapeur d'eau, il en résulte que les Pyrénées sont mal alimentées de neige. D'ailleurs cette chaîne, située à une plus basse latitude que celle des Alpes et moins importante quant à la valeur absolue de son relief, s'allonge sous la forme d'une simple crête rectiligne qui ne présente nulle part, comme les Alpes, de' ces massifs laidement étalés dont toute la masse peut recevoir des névés. Il n'y a donc plus de glaciers que dans la partie centrale des Pyrénées, notamment autour de la Haladetta et encore tous appartiennent-ils à la catégorie des glaciers suspendus, aucun d'eux ne descendant actuellement dans les vallées.

On peut même aller plus loin et reconnaître, avec M. Schrader (2), l'influence prépondérante du vent dans la formation de ces amas neigeux qui deviennent les glaciers pyrénéens. Quant le vent est obligé de s'élever pour franchir une crête, il existe en général, au delà de la ligne culminante, une région, tangente au versant descendu par le courant d'air, où l'atmosphère est relativement en repos. La neige tend donc à s'y accumuler par entassement, sous la forme d'une ellipse allongée. D'autres fois, c'est en avant de l'obstacle, quand sa face opposée au vent est ablnipte, que se fait le remous et alors l'entassement a lieu par abandon du côté du vent, donnant lieu à des amoncellements aux formes beaucoup plus ramassées. Au premier type appartient le glacier du cirque de Gavarnie, tandis que celui du Vignemale se rapporte au second. Il est inutile d'insister sur la

(1) Sonklar in Reclus : VEvarope centrale^ p. 146.

(2) Annuaire du club alpin français, 1877, p. 443.

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différence que doivent présenter les glaciers des Alpes, produits de Técoulement des champs de névé, avec ces traînées de neige pyrénéennes, toujours sans profondeur et ne recevant le tribut d'aucune avalanche qui puisse compter.

ScaiidlnaYie. — Ce n'est qu'au voisinage du cap Noixl que la Scandinavie offre le spectacle, si fréquent dans les régions arctiques, de glaciers descendant jusqu'à la mer. Tel est celui dont la pointe vient s'écrouler dans les eaux du Jôkel-Fjord (1). Au sud de ce point, les glaciers sont nombreux, entourant des champs de névés comme le Svartisen ou Glacier noir, qui couvre de 600 à 800 kilomètres c^arrés, le Store-Borgefjeld, qui en a 580, mais surtout, dans la Norvège méridionale, le Justedal, dont la superficie est de 900 kilomètres carrés. Dans cette dernière région, la limite des neiges persistantes varie de 1200 à 1400 mètres et plusieurs glaciers descendent au-dessous de 500, de 400, voire de 300 mètres. Il est môme un glacier, issu du Folgefonn, qui ne s'arrête qu'à 50 mètres audessus des eaux du Sogne-Qord.

Cependant même les plus vastes glaciers du Justedal ont à peine le septième de la surface du glacier d'Aletsch, ce qu'on explique par la forme des champs de névés de la Scandinavie, beaucoup moins convergents que ceux des Alpes et présentant un fond très peu incliné (2).

Les glaciers Scandinaves se déplacent d'ailleurs comme ceux de la Suisse. Forbes a évalué leur progression annuelle à 51 mètres et a cru même remarquer qu'à la suite de l'interruption causée par l'hiver, le mouvement des glaces norvégiennes était plus rapide en été que celui des glaces alpines. Sur le glacier de Boium, on a mesuré, en juillet 1868, une progression de 0™ 50 par jour.

Islande. — Bien que l'Islande soit en grande partie couverte de neiges et de glaces, la limite des neiges persistantes est fort loin d'y descendre au niveau de la mer. Elle se tient, en moyenne, à 860 ou 870 mètres d'altitude (5). Le principal champ de névé de Tile est le Vatna ou Klofa-Jôkull, qui s'étend sur sept à huit mille kilomètres carrés ; la pente en est très faible et le névé ne s'y transforme que très imparfaitement en glace. Les vrais glaciers occupent les vallées qui débouchent sur le pourtour de l'île et offrent, dans l'ensemble, les mêmes caractères que ceux de la Suisse. Le plus important est le Skrio-Jôkull, qui descend jusque dans le voisinage de la mer, ne laissant entre elle et son extrémité libre qu'un étroit passage, dont la largeur, en 1874, n'avait pas 200 mètres. On remarque que les neiges descendent plus bas sur le flanc méridional du Yatna- JôkuU que sur le versant nord, à cause des vents du sud, qui sont plus riches en précipitations.

Gaveaae. — Bien que la chaîne du Caucase ait une hauteur considérable et offre au moins six sommets d'altitude supérieure au mont Blanc, parmi lesquels l'Elbrous (5646") et le Kazbek (5045«), le phénomène des neiges y est propor-

(1) Reclus : V Europe icandinatfe et russe, p. 59.

(2) Id., ibid., p. 67.

(3) Gunnlaugsson in Reclus : l'Europe du nord-ouest, p. 903.

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