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CARACTÈRES PHYSIQUES DES GLACIERS

tionnellement beaucoup moins marqué que dans les Alpes. Cela tient d*abord à la latitude plus méridionale du Caucase, ensuite au peu de largeur et à la forme rectiligne des crêtes, qui n^oflrent pas de cirques où de grands champs de névé puissent se constituer. Huit glaciers descendent du Kazbek ; mais le plus long, le Devdoraki, ne dépasse pas cinq kilomètres ; son extrémité inférieure s*engage dans une gorge tellement étroite que la glace est obligée de s*y amonceler en une digue énorme ; quand cette digue vient à céder, ce qui est arrivé six fois depuis 1776 (1), un éboulis de glace, d'eau et de pierres, de plusieurs millions de mètres cubes, vient barrer le cours de la Terek. Le glacier le plus étendu est celui de Karagan, égal en longueur au glacier d*Aletsch. La plupart des fleuves de glace du Caucase s'arrêtent à 2410 mètres d'altitude ; mais il est à remarquer qu'ils descendent plus bas sur le versant septentrional que sur l'autre, bien que l'inverse ait lieu pour la limite des neiges persistantes, plus basse de 400 mètres sur le versant méridional. Cette apparente contradiction est facile à expliquer: la limite des neiges s'abaisse au sud à cause de l'abondance plus grande des précipitations sur ce versant; mais les profondes échancrures capables de contenir de grands glaciers faisant défaut, ces derniers s'arrêtent sur les pentes ; au contraire, le versant nord, moins riche en neige, est beaucoup mieux découpé. Du reste, la partie du Caucase tournée vers la mer Noire étant sensiblement mieux pourvue de précipitations atmosphériques que l'extrémité qui aboutit à la mer Caspienne, la limite des neiges forme une ligne inclinée, s'élevant, de l'ouest à l'est, de 2900 à 3500 - sur la face méridionale, de 3500 à 3900» sur la face septentrionale. De cette façon, les neiges persistantes se tiennent en moyenne, au Caucase, à 600 mètres plus haut que dans les Pyrénées, malgré l'égalité de latitude, à cause de la plus grande sécheresse du climat et de la chaleur des étés caucasiens (2).

L' Anti-Caucase est encore moins bien partagé sous ce rapport. Le mont Alagoz (4100") y est complètement libre déneiges en été et, sur la pente nord-ouest du Grand Ararat, les neiges persistantes ne se rencontrent, d'après Parrot, qu'à

Himidaya, Asie centrale, — Dans l'Himalaya et le Karakorum, malgré le voisinage des tropiques, la puissance du massif montagneux et l'abondance des précipitations atmosphériques sufGsent pour engendrer des glaciers gigantesques. De la chaîne du Karakorum se détachent sept grands glaciers dont le moindre a 20 kilomètres de longueur sur 3 de largeur, tandis que le plus grand a 100 kilomètres sur 6^,5. L'un d'eux, celui de Baltoro, qui arrive jusqu'aux plaines de Yarkand, a 60 kilomètres de long et reçoit de nombreux tributaires. D'après M. Balfour (3), sa largeur en certains points serait de près de 20 kilomètres.

(1) Reclus : PA$ie ruêêe, p. 18.

(3) Kbodzko in Reclus: VAêie russe, p. 71.

(3) Cb. Balfour: Cycle ofindia, 1871.

Néanmoins le phénomène glaciaire offre, dans THimalaya, des particularités qui méritent d'être notées. ^Tandis que, dans les Alpes, la quantité de neige augmente toujours à mesure qu*on se rapproche des cimes culminantes, il est vraisemblable que, sur la chaîne indienne, la zone neigeuse est loin de s'élever jusqu'aux plus hauts sommets. Ces derniers offrent souvent des parois rocheuses dénudées et leur base s'étale sur de véritables déserts sans neige (1), comme si tout le grand effort des précipitations atmosphériques avait dû se dépenser avant de les atteindre. De plus, ces manifestations extraordinaires , qui font arriver l'extrémité d'un glacier à 100 kilomètres de l'origine des névés, jusque dans les régions où la température moyenne est sensiblement plus élevée que celle des points atteints par les glaciers suisses, sont très locales et en rapport immédiat avec la configuration du sol , c'est-à-dire avec la profondeur et l'orientation des vallées. M. H. de Schlagintweit (2) a même remarqué qu'il y a proportionnellement moins de névés atteignant de basses altitudes dans l'Himalaya que dans les Alpes, parce qu'ils sont exposés à une trop grande insolation ainsi qu'à l'influence de pluies d'été très chaudes.

Les hautes chaînes de l'Asie centrale possèdent de grands glaciers, encore à peine connus. Le seul qui ait été exploré est celui de Zarafchan, qui alimente la rivière du même nom et dont les champs de névé forment un immense cirque dans le massif des monts Alaî. D'après M. Mouschkétow (5), ce glacier, qui reçoil six affluents latéraux très considérables, a 25 kilomètres et demi de longueur sur 1600 mètres de largeur, c'est-à-dire qu'il dépasse notablement les plus grands de nos glaciers européens. A son extrémité libre s'ouvre, dans la glace, une caverne d'où jaillit la rivière Hatcha et qu'on peut suivre sur plus [d'un kilomètre de longueur. En été, la température s'élève, pendant le jour, à la surface de la glace, jusqu'à 40*», tandis que la nuit elle s'abaisse jusqu'à — O'» et même — 8«.

Amérique. — Dans l'Amérique du Nord, la faible quantité de vapeur d'eau atmosphérique qui arrive actuellement jusqu'à la chaîne des montagnes Rocheuses n'y permet pas la formation de glaciers, malgré des altitudes supérieures à 4000 mètres. En revanche, dans la chaîne côtière qui borde le Pacifique, en dehoi^s des masses de névé, descendant le long des pentes escarpées, comme on en observe en différents points, il y a, sur les flancs des cimes culminantes, de véritables glaciers. Le plus méridional est celui du mont Shasta, situé dans la sierra Nevada de Californie, par 41'» 21' de latitude nord. Les autres sont ceux dps monts Hood, Adams, Saint-Helens, Rainier et Baker, ce dernier situé presque sous le 49^' parallèle, à la limite des États-Unis et de la Colombie anglaise.

(1) Schlagintweit: Reuen in Indien, etc., lY, p. 522.

(2) Id., ibid., p. 308.

(5) Voir Bulletin hebdomadaire de VAisociation ectenUfigue de France, 2* série, H, p. 548.

EFFETS m TRÂfiSP(»lT DES 6UCIERS. 271

BFFBTS DE TBAVSFORT DBS OLACIBBS

Puisqu'un glacier chemine sur son lit et que sa surface est assez solide pour porter des blocs de pierres, ces blocs doivent participer au mouvement général de descente et se rapprocher peu à peu de Textrémité inférieure du glacier. Le fleuve de glace n est donc pas seulement un agent physique, écoulant lentement le trop-plein des neiges au profit des rivières; c*est encore un instrument de transport, qui concourt à Fœuvre de la dynamique externe en amenant, dans les basses régions, les débris provenant de la destruction des hautes cimes.

Partout où les cimes ne sont pas recouvertes d*une calotte de neiges persistantes, comme celle qui couronne le mont Blanc et dont on croit que l'épaisseur atteint une soixantaine de mètres, leurs matériaux sont exposés, de la part des agents atmosphériques, à une constante' dégradation. Les alternatives de chaud et de froid attaquent la masse de la roche ; les neiges et Teau provenant de leur fusion s'infiltrent dans ses fissures et quand cette eau se congèle, elle fait par sa dilatation Tofflce d'un coin qui divise les rochers en blocs; ces blocs tombent au pied des escarpements, soit par l'effet direct de la pesanteur, soit à la faveur des avalanches, et ainsi le voisinage des hautes crêtes montagneuses est jonché de quartiers de roche, reposant les uns sur les autres en équilibre souvent instable et d'autant plus nombreux que le terrain était plus riche en surfaces natuk^elles de division.

Cet effet de dégradation étant proportionnel à l'étendue des surfaces mises à découvert et à l'intensité des variations de la température, s'exerce bien plus activement sur les parois des vallées qui encaissent un glacier que dans le domaine des champs de névé. 11 tombe donc chaque hiver, sur la surface de la glace en mouvement, des masses considérables de débris, qui naturellement s'accumulent au pied même des escarpements et forment, le long du glacier, deux traînées, appelées moraines latéraJei. Pour peu que la largeur de la gorge soit assez grande, les deux moraines ne se rejoignent pas et laissent entre elles un espace où la glace se montre à découvert.

La dimension des blocs qui tombent sur les glaciers n'a pour ainsi dire pas de limites. Ainsi, d'après Charpentier, le rocher dit Blaustein, masse de serpentine de 8000 mètres cubes, qu'on observe dans la vallée de Saas, se trouvait encore, en 1740, sur le dos du glacier de Hattmark. Avec ces gros blocs se trouvent de menus débris et des boues; mais peu à peu ces petits matériaux disparaissent, entraînés dans les crevasses ou pénétrant dans le corps même de la glace suivant le mode que nous avons décrit 'plus haut. Les ruissellements qui s'opèrent en été, sur le glacier, suffisent d'ailleurs pour en nettoyer la surface et, de cette manière, du moins au bout d'un certain parcours, les moraines latérales en arrivent à n'ôtre plus guère formées que d'un entassement de gros blocs.

Il semble que ces blocs, tombant tour à tour dans les crevasses qui naissent sur leur passage, devraient disparaître dans Tépaisseur du glacier. Mais, d*une part, la chute des blocs les amène rarement à une grande profondeur et, avant qu'ils aient atteint Textrémité du glacier, Tablation superficielle, en diminuant peu à peu la nappe de glace qui les recouvre, les fait reparaître à la lumière. D*autre part, le mode même de cheminement de la glace doit tendre à rejeter à droite et à gauche tout ce qui a pu pénétrer dans rintérieur. En effet, un bloc de rocher, engagé dans la glace, y subit des pressions différentes en ses différents points, la vitesse de progression étant plus grande au milieu que sur les bords. De là une résultante qui doit écarter les obstacles du milieu du courant en les accumulant contre les rives. Aussi a-t-on pu dire que la glace avait une tendance naturelle à rejeter de son sein toutes les impuretés qui altèrent son homogénéité.

D'après cela, un glacier simple est ordinairement séparé des parois qui rencaissent par deux traînées latérales de gros blocs, qui se raccordent avec ces

parois, quand elles ne sont pas verticales, à l'aide d'un talus d'éboulement, dont l'arête inférieure est longée, en été, par des eaux torrentielles. Quant à la glace, tantôt elle s'élève plus haut que ses moraines latérales, tantôt ces dernières la dominent. En effet, l'accumulation des blocs et l'alimentation du glacier sont deux phénomènes indépendants et un grand excès de névé, capable de faire gonfler beaucoup la masse d'un glacier, peut n'augmenter en aucune façon la chute des débris à sa surface. Au contraire, quand c*est l'ablation qui domine, l'épaisseur de la glace diminue au point que ses moraines latérales l'encaissent comme deux falaises; tel était, en 1880, le cas de la mer de Glace près du Montanvert, tandis que vingt-cinq ans auparavant le fleuve de glace coulait à pleins bords.

nioralBes médiaBes. — Lorsque deux glaciers se réunissent, la moraine latérale de droite de T: n d'eux se joint à la moraine de gauche 'de l'autre et il se forme de cette manière une moraine médiane, qui suit son coufs en aval, indiquant avec une grande Fig. i8. — La mer de Glace entre netteté la part qui revient à chacun des deux affluents Tréiaporie et le Montanvert (dv jg^g jg masse formée par leur jonction. La figure 48,

prés Tyndall). r ^ o

empruntée à Tyndall, montre comment, sur la mer de Glace, le glacier du Géant, reconnaissable à ses bandes boueuses, demeure nettement distinct des quatre affluents qui s'y joignent à la pointe du Tacul. On voit de plus que ces derniers, après avoir conservé leurs moraines assez isolées.

EFFETS DE TRANSPORf DES GLACIERS. 275

les confondent peu à peu, par suite de réparpillemeiit des blocs ; de telle sorte qu'avant d'arriver au Montanvert, le fleuve ne se compose plus que de deux parties de largeur à peu près égale : Tancien glacier du Géant, avec sa surface blanche, hérissée de crevasses dont la crête ressemble à des vagues (d'où le nom de mer de Glace) et l'ensemble des glaciei*s de Léchaud et du Talèfre avec leurs affluents, disparaissant sous une nuée de débris à travers lesquels on n'aperçoit la glace que quand on marche dessus.

Une moraine médiane forme toujoui's, relativement à la surface générale du glacier, une saillie longitudinale (fig. 49). Cela tient à ce qu'elle protège efficacement, contre l'ablation, la glace qu'elle recouvre. Le même effet se produit avec plus d'intensité encore, lorsque plusieurs moraines médianes arrivent pig. 49. — Coupe dune moraine médiane à se confondre en une seule. Dans ce cas, il

n'est pas rare de voir la partie du glacier qui est recouverte dépasser de dix inèti*es le niveau de celle où la masse est directement exposée aux rayons du soJeil.

Les moraines fournissent quelquefois de précieux éléments d'information pour connaître la composition minéralogique de certaines parois de glaciers qui seraient difficilement abordables. Aussi longtemps d'ailleurs que plusieurs moraines médianes cheminent sans se confondre, chacune d'elles ne contient que les matériaux du bassin ({ui lui a donné naissance et quand le champ d'alimentation d'un glacier est assez étendu, il en peut résulter une grande variété dans la nature de ces traînées de blocs qu'il charrie à sa surface.

l^ blocs des moraines médianes, subissant un simple transpoit sans frottement, conservent en général la vivacité de leui's arêtes, à moins que les matériaux qui les composent n'aient une grande tendance à s'arrondir au contact de l'air, comme c'est le cas pour certaines roches de la famille granitique. Quant aux moraines latérales, la pression qu'elles subissent de la part de la glace e( des corps durs qu'elle charrie a pour conséquence d'adoucir les angles des blocs qui sont en contact direct avec le glacier; elles peuvent donc offrir un mélange de fragments à arêtes vives et d'autres à angles émoussés.

Moraine fronude. — L'accumulation et le transport des gros blocs ne pouvant dépasser l'extrémité libre du glacier, tous les éléments des moraines, soit latérales, soit médianes, s'y entassent sous la forme d'une morame terminale ou frontale. Quand le glacier est largement étalé, cette moraine forme une digue convexe, plus puissante à ses deux extrémités qu'à son centre, où l'apport des matériaux est le moins actif. Mais lorsque le glacier domie naissance à un cours d'eau déjà important, comme l'Arveiron à sa sortie du glacier des Bois, la force du courant empêche la digue frontale de s'établir et les blocs, rejelés à droite et à gauche, forment seulement un immense remblai de déjection sur lequel le torrent se fraye un lit vaiiable. Ce remblai, remanié par le torrent dans ses cruest

Ot LAITAMIT, trait! DI «IOLOC». Ig

ne peut manquer d'offrir des caractères intermédiaires entre ceux d'une moraine proprement dite et ceux d'un cône de déjection torrentiel.

Les matériaux qui tombent dans les crevasses et que la glace ne rejette pas à droite et à gauche sembleraient devoir s'accumuler sur le lit même du glacier, dans toutes les dépressions qu'il présente et y constituer une moraine profonde. Cependant on n'observe rien de semblable quand on examine les parties du lit des glaciers suisses abandonnées par eux dans le grand mouvement de recul de 1860 à 1880. Les matériaux épars y sont l'exception et l'on ne voit que la roche encaissante à nu, supportant les pierres tombées de la moraine terminale à mesure que celle-ci reculait. C'est qu'en effet les gros blocs ayant été poussés de côté par la glace, les menus matériaux, sables, graviers et boues, sont entraînés par les ruisseaux sous-glaciaires jusqu'à l'extrémité libre. Aussi peut-on dire que, loin d'encombrer son lit, un glacier a une tendance marquée à le nettoyer de tous les matériaux meubles qui l'occupent.

Boches polies et sfrlées. — L'énorme pression à laquelle les glaciers sont soumis et dont leur structure porte des traces si évidentes, ne peut manquer de les rendre aptes à produire, sur les parois de leur lit, des effets mécaniques trè.s marqués. Mais, à l'inverse de ceux qui sont dus à l'eau courante, la force vive de l'agent physique n'y est pour rien. Il ne se produit ni chocs, ni affouillements, capables de détacher et d'entraîner des quartiers de roches. La glace se contente de presser avec une grande force contre le fond et les murailles de la gorge où elle chemine et cette pression, transmise aux blocs qu'elle contient dans'son sein, en fait de véritables outils de rabotage et de burinage. Enchâssés dans la glace comme dans un manche solide, les cailloux anguleux appuient leurs angles contre ^les rochers et y tracent des stries indiquant le sens du mouvement de descente ; d'autres fois c'est la roche elle-même qui, plus dure, raye les cailloux du glacier, jusqu'à ce que ses saillies originelles, usées par la répétition de ce travail, disparaissent sous une surface uniformément arrondie et polie.

Sur les deux rives de la mer de Glace, on distingue du premier coup d'œil la bande de po/w, s'élevant jusqu'à près de 5000 mètres d'altitude et dont l'allure arrondie forme un étrange contraste avec les contours si déchiquetés des crêtes qui la dominent. Aucune preuve n'atteste avec plus d'évidence l'énorme épaisseur que la glace atteignait dans ces parages, avant l'époque actuelle. Les stries, ne sont pas nombreuses sur les roches dures, qui se laissent difficilement entamer : on y observe néanmoins quelques rainures assez profondes. Sur les calcaires durs , les stries se produisent avec la plus grande facilité et ressortent d'autant mieux que la surface prend le poli du marbre. Mais au bout de quelques années d'exposition à l'air, les stries du calcaire disparaissent entièrement. Elles ne peuvent se conserver qu'à l'abri d'un revêtement protecteur tel qu'un talus morainique. C'est ainsi que les rochers de Lourdes, admirablement polis et • striés par l'ancien glacier du Gave, ont gardé tous leurs ornements à la faveur

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