ACTION DES ORGANISMES TERRESTRES
Les animaux terrestres ne peuvent contribuer que dans une faible mesure à l'accroissement de l'écorce du globe. La plupart d'entre eux, après leur mort, subissent une décomposition qui restitue au sol ou à l'atmosphère les éléments
ACTION DES ÂNDfiUX. 395
dont leur corps était formé. A l'exception donc des espèces qui vivent dans les rivières et les lacs et dont les coquilles sont enfouies au |milieu des alluvions vaseuses et des sédiments lacustres, les autres disparaissent en général sans laisser de traces. Il y a pourtant quelques circonstances particulières où soit par Taccumulation de leurs dépouilles, soit par Tentassement de leurs déjections, soit enfin par^raccomplissement de certains travaux instinctifs, les animaux terrestres influent sur la configuration de Técorce solide.
C^Yemes et bréehes A ossemeaui. — Les cavernes des pays calcaires, lorsqu'elles ne sont plus parcourues, d'une façon habituelle, par des cours d'eau capables de les remplir, deviennent le refuge d'animaux carnassiers, qui vont y consommer leur proie. M. Mares a décrit une caverne de ce genre, située près de l'oasis de Laghouat et habitée principalement par des hyènes. Elle se compose de salles irrégulières, communiquant par d'étroits couloirs et remplies d'ossements, mêlés à des déjections et à des matières terreuses. Une pai*tie de ces ossements se conserve à la faveur des planchers stalagmitiques qui viennent les recouvrir. D'autres fois, dans les cavernes basses, sujettes à des inondations en temps de crue, ce sont les alluvions de la rivière qui remplissent cet office protecteur. 11 se forme de cette façon des cavernes à ossements.
Le remplissage des fentes existant dans les calcaires se fait quelquefois d'une autre manière, qui permet l'entassement des os dans des fissures où les animaux n'eussent pas pu pénétrer de leur vivant. Par exemple, les gouffres abondent dans les montagnes calcaires de la Morée; ces gouffres étant les seuls endroits où, pendant la saison chaude, il puisse y avoir de l'ombre et de l'humidité, ils se revêtent d'une végétation vigoureuse et servent de retraite aux chacals et aux renards. Quand viennent les pluies, des torrents d'eau s'y précipitent et y entraînent du gravier, du limon, des ossements d'animaux et des restes de végétaux. Une partie de ces débris va s'accumuler dans des cavernes inférieures, une autre pénètre dans des fentes étroites et sans issue où elle forme des brèches à ossements.
En pareil cas, le remplissage des brèches ossifères se compose toujours de fragments brisés ou désunis ; mais il peut arriver que des fentes reçoivent le squelette entier d'un animal. C'est ce qui se produit lorsque des affleurements calcaires, parsemés de crevasses et d'entonnoirs, sont exposés à se couvrir de neige en hiver. Alors les animaux sauvages qui en parcourent la surface et qu'aucun signe visible n'avertit du danger, tombent dans ces abîmes que la neige dissimule et y laissent leur dépouille entière. Plus tard, à la fonte des neiges, cette dépouille, bientôt réduite à sa carcasse osseuse, sera enfouie au milieu du limon rouge dont la surface des sols calcaires est toujours plus ou moins revêtue.
CUiano. Travail des Castors. — Le guano résulte de l'entassement, sur certains points privilégiés, des déjections d'oiseaux marins, auxquelles se mêlent les ossements de ces oiseaux et ceux de petits rongeurs qui viennent chercher leur
336 i)YNAMIQUE EXTERNK.
pâture au milieu de ces mmondices. Par là se. forment des accumulations d'une terre grise ou brune grossièrement stratifiée. Les dép(^ts de ce genre les plus célèbres sont ceux des îles Chincha, sur la c^te du Pérou.
De grands dépôts de guano se produisent aussi sur les îlots coralliens inhabités de la zone équatoriale du Pacifique, notamment les iles Jarvis (O'^S' lat. S. et i59<>58' long. 0. de Greenwich), Baker (0*15' lat. N. et 476*22' long. 0.) et Howland (0«51' lat. N. et 176«52' long. 0.) (1).
L*île Baker, très isolée au milieu de TOcéan, a environ 1800 mètres de long et 1200 mètres de large. Sa surface est presque plane et le point le plus élevé n'est qu'à 7 mètres au-dessus de la mer. La plage est couronnée par un bourrelet de sable de 30 mètres de largeur au moins, qui forme une ceinture continue autour du guano et se compose de sable fin ou grossier avec des fragments de eoraux et de coquilles. Le fond dur de corail sur lequel repose le guano ayant la forme d'une cuvette, le dépét, qui n'a que O'^^il) sur les bords, peut acquérir au centre plusieurs mètres d'épaisseur. Sur l'île Howland, l'épaisseur du guano varie de 0'»,15 à 1»,20.
A l'île Jarvis, le guano, au lieu de reposer directement sur un fond de eorail, en est séparé par 0",60 de gypse, recouvrant plusieurs mètres de sable corallien avec coquilles. De plus, le guano qui est en contact immédiat avec ce gypse est souvent transformé en une croûte dure d'un blanc de neige, de 0"',008 à 0",037 d'épaisseur et ressemblant à de la porcelaine; cette croûte est surtout formée de chaux et d'acide phosphorique, ce dernier dans la proportion de 50 à 50 %.
Sur l'île Howland, on observe d'intéressantes pseudomorphoses ; des fragments de polypiers, qui avaient longtemps séjourné sous le dépôt de guano, ont offert des cas de disparition totale de l'acide carbonique et de son remplacement par l'acide phosphorique, dont quelques spécimens ont donné, à l'analyse, jusqu'à 70 *»/o. Dans beaucoup d'échantillons, l'extérieur seul était transformé et l'on trouvait au centre un noyau de corail intact; d'ailleui*s, même dans la partie altérée, les formes organiques avaient été respectées.
D'après M. Dana, dans la région du Pacifique, le guano parait concentré au voisinage immédiat de l'équateur, où la pluie est comparativement] rare. Au delà du 4* ou 5* degré de latitude, de fortes pluies sont fréquentes et si cette circonstance n'est pas directement contraire à la formation du guano, du moins elle favorise le développement de la végétation. Or quand une île est couverte d'arbres et de buissons, les oiseaux y nichent au lieu de se poser sur le sol et les déjections ne peuvent plus s'y accumuler de la même façon.
Le guano des pays où la pluie est rare est brun et riche en matières azotées, que révèle son odeur ammoniacale. Celui qui a été lavé par de grandes pluies est blanc, pauvre en azote et presque exclusivement phosphaté. Les dissolutions qui
(1) J. D. Hague, American Journal of science ^ XXIV (1862). — J. D. Dana, Corats and Coral-' Islande, p. 291.
le traversent peuvent arriver à le cimenter et à en faire un véritable phosphate de chaux minéral, apte à tapisser les fissures du terrain sous-jac>ent.
Ce n est pas seulement par leurs dépouilles ou leurs déjections que les animaux terrestres influent sur la composition de Técorce du globe. 11 est des espèces qui, par la façon même dont elles vivent, modifient, dans une mesure parfois très appréciable, la topographie du pays qu*elles habitent. De ce nombre sont les castors. Les ruisseaux, retenus par les digues que ces animaux ont élevées, changent leur cours ou se transforment en marécages. Encore de nos jours, presque toutes les rivières qui coulaient à Test des montagnes de la Colombie anglaise ont été supprimées de cette façon.
AGTIOH DES VÉttÉTAUZ