EXEMPLES D'AFFAISSEMENTS
Les preuves que nous venons de donner en faveur de ces soulèvements relativement récents sont confirmées d'une manière intéressante par la présence dans le fiord de Christiania de polypiers morts de VOculina proliféra, à une profondeur de 10 à lô brasses. Or cette espèce est propre aux mers profondes et habite les côtes nord et ouest de Scandinavie, sous 150 à 300 brasses : portée par le soulèvement du sol à un niveau si différent, elle a nécessairement péri.
La Nouvelle-Zélande et Ceylan sont les seules îles du Pacifique et de l'océan Indien qui peuvent être citées ici comme exemples de soulèvements séculaires. Les formations de terrasses sur la côte est de la première île montrent une élévation de 500 à 1500 mètres depuis l'époquetertiaire, tandis que la côte ouest s'affaisse graduellement. De même, sur la côte de Ceylan, les bancs de coraux sont élevés à une hauteur déjà considérable au-dessus du niveau de la mer, et, le soulèvement continuant, ils rattacheront bientôt l'île au continent.
§ 5. Exemples d'an'aisitements. — La plupart des affaissements de parties restreintes du sol ne sont pas en corrélation avec les phénomènes volcaniques ; ils résultent bien pIutH de l'affaissement de cavités souterraines, de la condensation d'éléments de roches lâchement disposées, du dessèchement de couches autrefois riches en eau, du glissement de parties de montagnes et d'autres actions semblables en étroite connexion avec les tremblements de terre non volcaniques, et dont il a déjà été question à propos de ces derniers. Les temps récents fournissent d'ailleurs d'assez nombreux exemples d'affaissements soudains du sol dont la seule cause est le vulcanisme. Lors du grand tremblement de terre de Lisbonne, la jetée en marbre s'enfonça brusquement. A la Jamaïque, en 1C92, une grande région avec les habitations qu'elle portait s'enfonça à plus de 15 mètres dans la mer. Dans le tremblement de terre de la vallée du Mississipi, en 1843, il y eut d'importants affaissements. En de nombreux points des côtes d'Angleterre, de Normandie, de Bretagne, du New Jersey, de la Caroline du Nord, on connaît des forêts sous-marines qui indiquent un affaissement relativement récent. La côte de la mer du Nord, aussi, est dans un état d'affaissement séculaire : une partie de la Hollande est déjà au-deséous Mu niveau de la mer, et ses digues seules la défendent. L'aire du Zuyderzée fut seulement submergée il y a cinq siècles, et un grand nombre des îles côtières entre Texel et l'Elbe, et sur la côte ouest du Schleswig, sont disparues depuis les temps historiques ou ont beaucoup diminué- De même, la'côte ouest du Groenland s'enfonce lentement sous les eaux du détroit de Davis, de sorte que les poteaux auxquels les Européens avaient coutume d'attacher leurs embarcations sont déjà disparus sous les eaux. La partie nord subit un mouvement en sens
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contraire, ce qui se reconnaît aux nombreuses lignes de rivages anciens. De même que la présence de nombreux restes d'animaux marins à des niveaux élevés fournit une preuve indubitable de soulèvement pour les pays côtiers, ainsi l'abondance des mêmes êtres au-dessous du niveau auquel ils vivent habituellement démontre à l'évidence un affaissement du sol. Les éléments qui forment les îles de coraux de l'océan Pacifique et le ur structuvc font voir que le fond de cette mer, depuis de longues périodes, est dans un état d'affaissement séculaire. Les animaux des coraux qui forment ces îles ne peuvent vivre que jusqu'à une profondeur de 40 mètres au-dessous du niveau de la mer, et cependant, aussi profondément que la drague ait pu les atteindre, on trouve ces iles exclusivement formées de coraux morts. 11 faut conclure delà à un affaissement progressif de la zone dans laquelle vivaient ces animaux. Les nouvelles générations de polypes, pour ne pas sortir du milieu qui leur est nécessaire, sont forcées à chaque fois de s'établira la partie la plus élevée du récif de corail qui s'enfonce, et ainsi de construire non plus en largeur, mais en hauteur. La conséquence de cet affaissement et du mode d'activité des animalcules du corail, c'est la formation, après des siècles, d'iles disposées en anneau (atolls). Chacune d'elles correspond à une île abîmée
Fig. 39. — Coupe d'une île de coraux à différents degrés de développemcnl.
autour de laquelle les animalcules du corail se sont établis, construisant d'abord une ceinture de récifs qui s'adosse contre l'île (fig. 59, i, 1, et fig. 40, a). L'affaissement lent du fond de la mer commence, et avec lui s'enfoncent l'île et les coraux qui se sont formés autour d'elle (fig. 59, 2, 2, et fig. 40, 6, c). L'île disparaît enfin sous les eaux, mais les coraux continuent à se développer, et se maintiennent au même niveau en se fixant toujours aux parties supérieures du polypier; ils forment ainsi les atolls (fig. 59, 5, 5). La surface d'affaissement au fond du Pacifique paraît avoir 1200 milles de longueur sur 400 de large.
C'est par ces affaissements séculaires de continents entiers sous le niveau de la mer que s'explique la similitude de faune et de flore que présentent des îles fort éloignées l'une de l'autre. Celles-ci ne sont que les points les plus élevés d'un ancien continent sur lesquels se sont réfu-