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ÉROSION

toutes les crevasses, les porcs, même les fentes microscopiques des roches, sont remplies d'eau.

On doit accorder un rôle important, dans les phénomènes qui nous occupent, à la gelée, qui brise les rochers; et en effet, dans les climats tempérés, elle agit pendant tout l'automne et le printemps, et sur les hautes montagnes son action se fait sentir presque toutes les nuits. Des parois rocheuses qui s'élèvent au-dessus du lit des ruisseaux, et qui sont ainsi soustraites à leur influence directe; se détachent, lors du dégel, des blocs et des gravois qui deviennent ainsi soumis à l'action des eaux courantes. La forme arrondie que prennent les fragments de roches entraînés dans le lit des ruisseaux et des fleuves résulte de frottements réciproques et de leur progression sur un lit dur; et en même temps le lit rocheux sur lequel roulent les galets est érodé par eux. Même les plus fines particules qui résultent de ces énergiques frictions, et qui sont emportées avec vitesse, agissent aussi pour polir le lit du courant. La faculté de transport d'un ruisseau ou d'un torrent est d'autant plus grande que sa rapidité est considérable, et son pouvoir d'érosion sur son lit lui-même suit la même raison : c'est ce qui explique l'action si puissante de certains torrents, même de peu d'importance, comparée à celle des fleuves au lent cours et celle des chutes d'eau, qui souvent creusent et brisent les rochers sur lesquels, elles tombent, en même temps qu'elles reculent progressivement. La cataracte du iSiagara recule d'environ un tiers de mètre par an, et la formation de la vallée de l'Elbe et de ses affluents doit être rapportée au même phénomène. Ce labyrinthe de masses rocheuses, aux formes fantastiques, était primitivement une plaine monotone de grès disposés en strates horizontaux et s'étendait uniformément au niveau de Kônigstein et du Lilienstein. Sur ce plateau coulait l'Elbe, qui sortait alors aussi du bassin de Bohème et se précipitait, aux environs du pays de Pirna, sur le bord escarpé formé par les grès qui s'élèvent là au-dessus de la plaine. Ses eaux altérèrent la roche, y creusèrent leur lit, et la cataracte alla toujours remontant le courant, creusant de plus en plus le plateau de grès, et formant ces méandres capricieux de la vallée actuelle, qui court au milieu des masses rocheuses laissées intactes, témoins de l'ancien état de la contrée.

Le système de ravins du Colorado en Arizona est un exemple encore plus remarquable du pouvoir d'érosion de l'eau. La surface de ce territoire s'élève depuis la mer en larges plateaux, en terrasses, jusqu'à une hauteur de 5000 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les séries de couches mésozoïques et paléozoïques qui le forment reposent horizontalement sur le granité. C'est dans un de ces hauts plateaux que le Colorado a creusé son système de fentes si connu. Le courant principal coule, sur une longueur de 60 milles géographiques environ, dans une gorge profonde de 1 à 2000

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