‹ Traité de géologie et de paléontologieChapitre 140 sur 278 · ÉROSIONS · texte numérisé non relu

ÉROSIONS

mètres, coupée perpendiculairement dans les couches de sédiment et entamée de 2 à 300 mètres dans le granité : de nombreuses fentes de même profondeur et aussi étendues s'ouvrent dans le lit principal.

En d'autres contrées, il y a des systèmes de couches creusées par l'eau jusqu'à plus de 100 mètres de profondeur ; des tertres isolés qui, pour des causes diverses, ont résisté à la destruction, témoignent de l'énergie des courants d'eaux. Les roches très-altérables sont naturellement surtout attaquées dans ce ca's, et les marnes, les grès calcaires, les calcaires très-argileux, sont facilement enlevés. Ainsi, autrefois, tout le district gneissique et schisteux du sud du lac Supérieur était recouvert par une épaisseur de plus de 100 mètres de grès infrasilurien et de dolomie sableuse : aujourd'hui, ces roches ne sont plus représentées que par des amas semés irrégulièrement sur cette région. L'observation du Simeto, en Sicile, nous montre comment de pareilles érosions ont pu se faire d'une manière rapide. Ce fleuve, en 1C03, lors d'une éruption de l'Etna, fut barré par un courant de lave; aujourd'hui, après deux siècles et demi, il s'est déjà frayé un canal de 20 à 35 mètres de profondeur et de 12 à 18 mètres de large à travers le dur basalte. L'origine d'un très-grand nombre de vallées est due à l'érosion des eaux courantes, et ne doit pas être attribuée à la formation de fentes dans la croûte terrestre : cela résulte de l'observation des phénomènes actuels dans les vallées et ravins, et l'on conçoit l'influence que peut avoir dans la production de ces accidents, la résistance plus ou moins grande du sol aux actions physiques ou chimiques. C'est ainsi que les brusques courbures des fleuves se laissent fréquemment rapporter à la rencontre de couches plus dures ou de couches meubles.

Une conséquence directe de l'érosion, de plus grande importance, est le glissement des montagnes : sa cause doit être attribuée à ce que des strates d'argile disposés entre d'autres couches sont décomposés ou réduits en bouillie. Dans les cas où les couches qui forment la montagne plongent vers la vallée, la montagne perd de sa stabilité et s'ébranle en glissant sur la pente, pour se briser dans la vallée qu'elle comble sur une étendue plus ou moins considérable. De semblables glissements se présentent pour les couches inclinées de sable facilement mobile, aux côtes de la mer comme dans les vallées des fleuves.

La côte de Manabi en Ecuador (Amérique du Sud) nous offre un des plus instructifs exemples de changements de niveaux imputables à des causes analogues. Cette côte est formée di; couches de sable tertiaire qui alternent avec des argiles d'une puissance de plus de 130 mètres et qui forment falaise; parallèles à la côte et inclinées de 20 à 25° ouest, elles plongent par conséquent vers la mer. La bordure de côtes ainsi com-

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