‹ Traité de géologie et de paléontologieChapitre 142 sur 278 · CREUSEMENT DES VALLÉES · texte numérisé non relu

CREUSEMENT DES VALLÉES

vres cl calmes ; aussi la formation de la vallée commence-t-elle d'abord dans la région inférieure du cours d'eau, d'où elle remonte progressivement. Dans la coupe figure 48 la ligne AB représente une pente de montagne assez fortement inclinée, non encore creusée de vallées d'érosion.Sur cette pente les eaux courent vers la plaine et elles travaillent à se creuser un lit à mesure que par leur réunion elles arrivent à former des ruisseaux de plus en plus importants. C'est par conséquent au pied de la montagne que leur action est le plus énergique et le^ cours de l'eau y correspond à la ligne A /m B. En m, le ruisseau a presque atteint le niveau de la plaine, sa pente est donc devenue faible et il coule lentement sans pouvoir érosif sur le plan m B. C'est seulement lors des crues qu'il creuse ses berges et élargit sa vallée qu'il rend en même plus unie par l'apport de sables et de graviers. Des dépôts de cette nature forment les plaines d'inondation dans lesquelles circule le fleuve.

Par cela môme que le torrent, origine du fleuve sur la montagne, creuse continuellement son lit qui va toujours remontant vers la source, la vallée proprement dite s'agrandit. Il arrive un moment où l'entaille faite dans la montagne par le torrent s'est rapprochée du sommet, point où la pluie tombe le plus abondamment. L'eau ruisselant toujours est un agent perpétuellement actif qui creuse alors des cirques aux parois très-abruptes ou même verticales. A partir de ce moment le thalweg est formé de trois parties : 1° celle où l'eau se précipite comme une cascade ; 2° celle où l'eau a les allures d'un torrent; 3*^ celle où l'eau coule tranquillement.

Au point où les vallées creusées en sens opposé se trouvent plus rapprochées par leur partie supérieure, le dos de la montagne B'AB (figure 49)

Fig. 49.

qui les sépare peut devenir une crête étroite et si l'action des eaux n'est pas arrêtée par des glaciers ou des amas de neige, cette même cloison est aussi enlevée progressivement. Alors la partie du courant dans laquelle l'eau se précipitait en cascades disparaît complètement et celle où elle formait torrent s'efface en grande partie : les deux vallées ne sont plus séparées que par un bombement peu important du sol (B'W B) qui reste comme ligne de séparation des eaux.

C'est de cette manière que les vallées se forment à côté les unes des autres sur les pentes de montagnes primitivement assez unies, changeant une surface monotone en un système alternatif de vallées et de dos de raonlagne».

TRANSPORT PAR LES EiLX COURANTES. 215

Nous avons supposé jusqu'ici une certaine homogénéité et, par conséquent, une résistance uniforme à l'érosion dans les roches qui forment les pentes des montagnes, mais ces conditions ne sont réalisées que trèsrarement, et d'ordinaire les roches sont de la nature la plus variée çt de dureté extrêmement inégale. La résistance qu'elles opposent à l'érosion n'est donc pas toujours la même, aussi la pente des cours d'eau est-elle plus ou moins grande et en différents points, le peu d'altérabilité de certaines couches détermine-t-ellc la formation de cascades ou de rapides.

On a constaté sur les grands fleuves qui coulent vers le nord, comme l'Oural, l'Ob, le Jenissei et le Volga, que la berge droite était beaucoup plus attaquée par l'érosion que la berge gauche. Cette action inégale s'explique ainsi : Plus un point est voisin de l'équateur, plus la vitesse qu'il acquiert dans le mouvement de rotation de la terre est considérable. Un corps déplacé de l'équateur dans la direction des pôles apporte avec lui une plus grande vitesse de rotation que ne possède le point où il arrive : il en est de même de l'eau d'un fleuve qui, sur l'hémisphère nord, coule du sud vers le nord. Par suite de cette vitesse plus grande de rotation vers l'est qu'il possède, il aura tendance à franchir sa berge du côté de l'est, sa berge droite, et, s'il ne peut la franchir, il la frappera plus fortement et déterminera ainsi une érosion plus considérable sur elle que sur la berge gauche. Si, au contraire, un fleuve de l'hémisphère boréal coule vers le sud, comme ses eaux augmenteront en rapidité avec la latitude, elles attaqueront inégalement leurs berges, et les eaux plus lentes, rçstées en arrière, exerceront un frottement plus considérable du côt*' ouest. Dans l'hémisphère austral les rapports seront naturellement inverses et l'érosion du fleuve sera plus importante à gauche qu'à droite.

Un autre phénomène très-important est le déplacement de la pa)*tic inférieure de beaucoup de fleuves par suite duquel ils s'ouvrent aujourd'hui en d'autres points qu'autrefois. Nulle part ces déplacements ne se font sur une plus vaste échelle et ne sont plus formidables que sur le Hoang-Ho (fleuve Jaune). Ils ont été làextraordinairement nombreux, quoiqu'on ait cherché à les restreindre par des digues. Leur histoire remonte à 4000 ans. La plus ancienne des embouchures historiquement connue était à 90 milles au nord de celle qui lui servit depuis le treizième siècle jusqu'en 1856. Cette année, le fleuve regagna son ancien lit, au nord, au prix des plus épouvantables ravages, renversant les maisons, détruisant les plantations, et enfin, en 1874, sans cause connue, il reprit de nouveau son lit au sud.

§ 12. — Transport» et dépAts par les eaux conrnntes.NouS avOHS déjà

vu que le pouvoir de transport de l'eau dépend delà rapidité de sa course et, par conséquent, du degré de sa pente. Par suite, le cours supérieur

Page 1