‹ Traité de géologie et de paléontologieChapitre 143 sur 278 · TRANSPORT PAR LES EAUX COURANTES · texte numérisé non relu

TRANSPORT PAR LES EAUX COURANTES

d'un fleuve dans la montagne est aussi le théâtre d'actions de transport plus importantes. Les très-fortes pluies si fréquentes dans les régions élevées ont une influence considérable sur la production de ces phénomènes : par exemple, celle qui tomba en 4818 dans la vallée de Bagnes (Bas-Valais) et qui aurait transporté une masse de débris de plus de 100 mètres de haut et des blocs de granit de près de 40 mètres cubes. Abstraction faite de ce cas anormal, presque unique pour l'importance des effets obtenus, la formation d'amas de débris souvent larges de plusieurs milliers de mètres, au point où des gorges profondes s'ouvrent dans de larges vallées est un phénomène très-fréquent. En général, cette partie d'un fleuve est souvent tellement enflée par les averses abondantes et si chargée de fragments de roches, qu'il en sort comme un puissant torrent de boue, emportant d'énormes masses rocheuses qu'il déposera aussitôt son arrivée dans un élargissement de la vallée où la force d'impulsion se perd. Normalement, les sables et la boue sont seuls emportés en suspension par les ruisseaux des montagnes et les plus gros fragments progressent en roulant sur le sol. Il est à remarquer que la plupart do* roches qui prennent part à la constitution d'une njontagne ont pour poids spécifique 2,0 jusque 2,9, de sorte que, lorsqu'elles sont plongées dans l'eau, elles perdent environ la moitié de leur poids et nécessitent, par conséquent, une moindre puissance pour être mises en mouvement. En roulant sur le sol et en se brisant les uns contre les autres, les fragments d'abord anguleux, deviennent des galets et sont réduits progressivement en fine poussière qui reste en suspension. Les fragments des schistes ne prennent pas la forme ovale ou globuleuse, mais ils se partagent en lamelles, dont les angles s'émoussent et s'arrondissent un peu à la fois. Les galets de grès calcaires ou argileux sont les plus facilement brisés dans leur transport par l'eau : par la dissolution de leur ciment ils se réduisent en sable meuble, aussi les fleuves qui traversent des montagnes formées de grès sontelles riches en dépôts de cette nature. Plus les galets d'un fleuve proviennent de loin, plus ils diminuent en grosseur. Anguleux dans la partie élevée de la montagne et pouvant atteindre un volume de 20 centimètres cubes par exemple, ils arrondissent leurs angles en peu de temps, parvenus dans la partie torrentueuse du fleuve, ils diminuent de grosseur à mesure qu'ils s'éloignent de leur point de départ, et, si le cours est assez long, ils sont réduits, à l'embouchure, à l'état de sable ou de vase en suspension dans l'eau. La quantité de ces fins détritus est quelquefois surprenante : le golfe du Mexique reçoit annuellement du Mississipi une telle masse de dépôts de cette nature qu'ils formeraient un amas de 90 mètres de hauteur s'ils étaient répartis sur une étendue d'un raille anglais carré. Le Gange charrie annuellement une quantité de matière qu'on évalue à

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235 millions de mètres cubes et qui formerait un amas de 26000 mètres en longueur et en largeur, sur une épaisseur d'un tiers de mètre. Les dépôts que le Danube déverse annuellement dans la mer Noire sont évalués à une couche d'un mille carré sur 0.80 d'épaisseur ; le Rhin passe à Bonn, dans le même intervalle de temps, assez de matières pour former une couche de 1956 mètres au carré sur un tiers de mètre d'épaisseur.

Lorsque la pente du lit d'un fleuve devient moins forte et quand, par conséquent, la rapidité du courant et la faculté de transport sont diminués, les galets se déposent. C'est ce qui a lieu principalement au point où les fleuves quittent la montagne pour entrer en plaine. Par suite de ce dépôt, le courant élève progressivement son lit, s'ensable, déborde, se précipite en cascade et se creuse un nouveau lit en laissant quelquefois l'ancien à sec. Pour empêcher ces débordements qui ruinent ses cultures, l'homme construit des digues dont il augmente la hauteur à mesure que le lit du fleuve s'exhausse. Il peut arriver ainsi que la surface de ce dernier, et même le fond de son lit, s'élèvent au-dessus du niveau de la plaine : C'est, par exemple, le cas du Pô : un peu à la fois, il s'est tellement élevé au-dessus du niveau de la plaine que, aujourd'hui, la ville de Ferrare est située à un niveau inférieur à celui du fleuve.

Tant que les berges d'un courant ne sont pas fortifiées par des digues, l'eau sort de son lit et se répand dans la vallée lors des crues, formant ainsi des sortes de lacs d'une étendue considérable sur laquelle ils laissent en se retirant des dépôts de sables, de graviers et de boue. Plus les rives sont basses et plus la plaine est recouverte de dépôts. Si, dans le cours des temps, le fleuve creuse son lit, les dépôts d'alluvion qui forment sur les deux rives une zone plus ou moins large, sont de nouveau entraînés. Lorsque des étroites bandes d'anciens galets sont restées sur les pentes delà vallée, on les nomme des terrasses.

Des amas de galets roulés autrefois par le Rhin se trouvent aujourd'hui à 270 mètres au-dessus du niveau actuel du fleave ; l'Elbe a laissé des traces de sa présence à 100 mètres de hauteur : ces fleuves ont donc creusé leur lit de toute cette profondeur, depuis l'époque à laquelle ils ont laissé ces dépôts.

Aux points où les fleuves déversent la fnasse de leurs eaux dans la mer ou dans un lac et sous certaines conditions, il se forme des deltas dus au dépôt des matières tenues en suspension. Les fleuves chargés d'éléments arrachés aux continents se dépouillent à leur entrée dans la mer des débris de roches, sables, boues, etc., et leurs equx perdent trace de particules mécaniquement suspendues. Les deltas que les cours d'eau forment à leur embouchure consislent en lits alternatifs de sable, de gravier, de terres alluviales qui renferment les débris entraînés de plantes

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