‹ Traité de géologie et de paléontologieChapitre 144 sur 278 · DELTAS · texte numérisé non relu

DELTAS

et d'animaux terrestres et d'eau douce. Ces lits, en quantité plus ou moins grande, sont quelquefois réguliers, plongeant doucement de tous côtés, mais quelquefois aussi ils sont extrêmement tourmentés. Ce dernier cas, à la vérité, est surtout celui des cours d'eau sujets à de grandes crues. Dans les circonstances normales, les plus lourdes pierres charriées tombent directement à l'embouchure du fleuve, tandis que le sable et la boue vont plus loin et que les très-fines particules en suspension sont entraînées à une distance encore plus grande. La séparation des éléments des roches selon la grosseur serait régulière si la rapidité du courant qui entre dans la mer était toujours la même; mais comme elle augmente lorsque la quantité d'eau déversée est plus considérable, et qu'elle diminue à certaines époques quand l'apport des eaux est moindre, il arrive quelquefois que les plus gros galets et le sable grossier sont emmenés aussi loin en mer à l'époque des crues, que les plus fines particules sous le régime ordinaire. C'est la cause de l'alternance des couches de graviers et des lits de matières ténues. Les deltas ont la forme de cônes très-aplatis. Les couches qui composent le delta de l'Aar forment, près de l'embouchure, un talus de 50° d'inclinaison; plus elles s'éloignent de ce point, plus elles se rapprochent de l'horizontale qu'elles finissent presque par atteindre.

La formation de deltas à l'embouchure des grands fleuves n'a lieu que si ceux-ci sont protégés par des barres ou des dunes, de manière que, à leur abri, le dépôt des sédiments du fleuve puisse se faire tranquillement, sans être gêné par le flux et le reflux. Les formations de deltas supposent, en d'autres termes, un fond de mer uni, peu incliné, séparé de la mer ouverte par une barre. C'est de cette manière que se forment les lagunes dans lesquelles sont amenées du sable, de la boue et des fines particules en suspension qui se déposent comme dans un lac. Par une action continue, les lagunes se remplissent et, à la longue, un sol de nouvelle formation s'élève au-dessus du niveau de la mer, traversé par les bras ramifiés du fleuve et enfermant des lacs peu profonds, restes des lagunes ; à son rivage s'élèvent des cordons de sable. C'est seulement par exception, et surtout lorsque l'homme y creuse un canal, que les dépôts du delta dépassent ces cordons et avancent dans la mer ouverte. Les deltas les plus importants sont ceux du Rhin, du Rhône, du Pô, du Danube, du Nil, du Gange et du Mississipi. Comme exemples de deltas, nous décrirons rapidement ceux du Nil, du Rhin et du Mississipi.

Le delta du Nil forme une surface complètement unie de 22 194 kilomètres carrés de forme triangulaire (fig. 50). La base, tournée vers la Méditerranée, représente un arc convexe ; elle est limitée du côté de la mer par une digue de même forme qui s'élève au-dessus du delta et n'est in"

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