‹ Traité de géologie et de paléontologieChapitre 145 sur 278 · DELTAS · texte numérisé non relu

DELTAS

terrompue que partiellement, dune de sable et de calcaire sableux formé en grande partie de foraminifères et représentant la barre qui détermine géné-

Fig. 50. — Delta du Nil.

ralement la formation du delta. Le delta lui-même est traversé par les deux bras du Nil plusieurs fois ramifiés (celui de Rosette et celui de Damielte), entrecoupé de quatre grandes lagunes très-peu profondes qui occupent 4500 kilomètres carrés, et séparé, par la barre, de la mer avec laquelle il ne communique que par des solutions de continuité de peu d'importance qui vont toujours se comblant par de nouveaux apports. Le delta tout entier, jusque 14 ou 15 mètres de profondeur, est formé de couches horizontales d'une argile fine, de couleur rouge brun, déposée dans les inondations périodiques du Nil, sous laquelle on rencontre des sables marins. La hauteur des dépôts formés par les eaux du Nil dans la région du Delta est estimée à environ 61 millimètres par siècle. Il faut admettre que le Nil, s'ouvrait jadis dans une baie qui fut bordée d'un cordon de dépôts et ainsi séparée de la mer : un peu à la fois, l'ancienne baie se remplit et se transforma en delta.

Les deltas du Rhône et du Pô ont exactement la même origine; ils possèdent aussi une barre, et le dépôt du delta du Rhin a été rendu possible par la même circonstance. La barre du Rhin est brisée en plusieurs endroits, ce qui est dû à l*affaissement séculaire des côtes du nord de l'Allemagne et de la Hollande ; aussi est-elle actuellement en partie séparée du continent par des lacs. Les îles au nord du Zuyderzee et celles qui se trouvent le long de la côte frisonne jusque l'embouchure du Weser appartiennent à cette barre étendue de dunes. Entre elles et le continent s'étendent des lagunes primitivement unies, dont le sol était formé de sable diluvien mêlé de fragments de roches provenant du nord, sur lequel se sont déposées les alluvions du Rhin, de la Meuse et de l'Escaut, qui les

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ont peu à peu remplies. C'est ainsi qu'ont pris naissance, par lesalluvions et la formation de tourbières, le delta du Rhin, puissant de plus de 60 mètres, et les pays marécageux de la côte voisine.

Le delta du Mississipi a plus de 320 kilomètres de long sur 300 de large ; il est formé de terres basses, horizontales, recouvertes pendant la plus grande partie de l'année par le flux. En outre, il est traversé par le principal courant du Mississipi, qui se partage en cinq bras, un peu avant d'entrer dans le golfe du Mexique, et par des bras secondaires ramifiés plusieurs fois : il offre aussi des lagunes et des marécages. La puissance du delta s'élève à 200 mètres ; les dépôts se font si rapidement que, en très-peu de temps, ils amènent les changements les plus considérables dans la configuration du delta. Ainsi, les bancs de sable de l'embouchure principale, sise au sud-ouest, s'avancent annuellement de plus de 112 mètres sur une largeur de 3854 mètres : c'est la raison pourquoi la barre primitive est depuis longtemps disparue et dépassée. La cause de cette particularité est peut-être dans ce fait que la hauteur des marées dans le golfe du Mexique est extrêmement faible et n'atteint pas plus de 1/5 de mètre.

Les phénomènes sont de tout autre ordre à ces embouchures de fleuves qui ne présentent pas de barre, mais sont libres et ouvertes, et auxquelles on a donné le nom d'estuaires. La mer remonte dans le cours d'eau, souvent jusqu'à une distance de plus de 20 milles, ce qu'elle ne pouvait faire lorsqu'il était protégé par une barre : elle s'avance dans le fleuve à la façon d'une digue qui serait mobile, et elle change son cours normal en une direction opposée. Quand le flux commence à se retirer du fleuve, ses eaux reviennent emmenant loin dans la mer les masses sableuses et argileuses qu'il avait apportées, au lieu d'en former des deltas, comme c'est le cas pour les embouchures de fleuves pourvus de barre. C'est ainsi que l'Amazone, malgré l'énorme quantité de matière qu'il charrie, ne forme point de delta, mais emporte tout au large. Là, les particules plus grossières tombent, et les plus fines, emportées par le courant qui vient d'Afrique en traversant l'Océan, sont emmenées dans la direction des Antilles, jusqu'à ce qu'elles aussi tombent un peu à la fois sur le fond où elles forment dépôt. En d'autres cas, les particules les plus fines , suspendues mécaniquement dans l'eau par suite du poids spécifique élevé de celle-ci, ou à cause du mouvement imprimé par les bourrasques, les marées ou les courants, sont portées assez loin en haute mer : elles forment là les éléments extrêmement fins d'un limon qui se dépose au fond de l'Océan. Par l'action réciproque des marées d'un côté et des fleuves de l'autre, il peut néanmoins se former des barres qui progressent dans la mer, ainsi que nous le verrons à la fin du paragraphe suivant.

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