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PROGRESSION DES GLACIERS. Î

plus souvent, elles n'atteignent pas la surface. Dans les points où le glacier s'élargit, il se produit des fentes longitudinales, (iig. 55 b). Le sol de la vallée du glacier peut se précipiter brusquement, auquel cas la masse du glacier se détruit, se crevasse et tombe en blocs plus ou moins volumineux : il se produit une véritable chute de glace (cascades glaciaires). Deux systèmes de fentes se croisent-elles : il en résulte des rochei*s de glace en forme de tours ou d'obélisques auxquels on a donné le nom d'aiguilles déglace, qui souvent s'écroulent avec un bruit formidable. Les lentes des glaciers, pour employer les expressions d'Emmerich, sont déterminées par la nature du fond de leur vallée el la manière d'être de son extrémité inférieure, et il faut comparer les glaciers aux fleuves d'eau courante qui subissent directement l'influence de la pente et de la nature du fond. Les points où la rapidité des torrents est moindre demeurent toujours à la même place, et l'eau du fleuve le plus calme peut former la chute la plus puissante, au [bas de laquelle elle peut reprendre par degrés son calme et s'étaler sur une surface unie : la glace des glaciers a une action exactement semblable. Les fentes s'ouvrent toujours aux mêmes points, et s'avancent pour se refermer plus loin, tandis que, à leur point d'origine, de nouvelles fentes se produisent. On peut encore voir aujourd'hui les mêmes fentes en étoile sur les mêmes points de la Mer de glace ou de Saussure les découvrit d'abord ; elles se referment encore en deçà de ce point. En dessous du sauvage chaos d'aiguilles de glace, le glacier se reforme en un tout homogène.

Les faits suivants sont parfaitement établis. Le mouvement de la glace du glacier dirigé de haut en bas est régulier, continu et ne se fait jamais par saccades. Il n'a pas lieu seulement en été, mais encore en hiver; il est plus rapide pendant la saison chaude, et il est surtout favorisé par les pluies et la fonte des neiges. Toutes choses égales d'ailleurs le mouvement est accéléré sur les pentes rapides. La masse du glacier tout entière n'entre pas cependant au même degré dans ce mouvement de progression ; il se comporte plutôt sous ce rapport comme un courant, car la zone moyenne marche plus vite que les bords et la surface va plu.s rapidement que le fond. Une ligne droite tirée au travers d'un glacier formerait par conséquent au bout d'un certain temps une courbe d'abord douce, mais qui deviendrait de plus en plus accentuée.

L'intensité du mouvement des glaciers dépend de la masse de glace qui les forme et du degré de pente ; elle oscille donc dans de larges limites et varie de 0,15 à 1,50 par jour. On admet généralement comme moyenne 0,20 à 0,50, ce qui correspond à une progression annuelle de 75. à 110 mètres. La rapidité périodique de mouvement du glacier de Vernagt est tout à fait anormale ; ainsi, le 1" juin 1845, dans le cours de la jour-

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née, il s'avança de 57 pieds 4, soit un pied et demi par heure; son mouvement était appréciable aux yeux.

Le mode de progression n'est pas identique dans tous les glaciers, ni même dans les différentes parties d'un glacier, par suite de la pente du lit qui le contient, laquelle est très-variable. Ainsi, certains glaciers se meuvent beaucoup plus vite dans leur partie moyenne qu'à leur partie inférieure, ce qui détermine dans celle-ci un accroissement d'épaisseur de la glace. Le mouvement de la partie moyenne du glacier de l'Aar est à celui de sa partie inférieure dans le rapport de 37 à 23. Par suite de la compression qui en résulte, un mètre cube de glace pris dans cette dernière région pèse 72 kilogrammes en plus qu'un autre pris à la partie moyenne.

L'eau qui résulte de la fusion de la glace à la partie supérieure du glacier ruisselle dans les fentes qui le traversent en nombre énorme, pour aller reparaître à la partie la plus inférieure oii elle semble sortir d'une ouverture en forme de grotte creusée dans le glacier. Les ruisseaux qui proviennent d'un glacier sont d'abord troubles, mais ils deviennent vite clairs par suite du dépôt du sable et de la boue. La fonte du glacier a lieu tous les jours et elle oscille entre un maximum et un minimum : elle commence au lever du soleil, quand l'air s'échauffe, de petits filets d'eau ruissellent à la surface, qui sont de plus en plus abondants à mesure que le soleil monte ; ils se congèlent de nouveau le soir quand le soleil est passé de l'autre côté de la montagne.

Le mouvement des glaciers est complexe. D'un côté, le glacier glisse comme une masse solide sur le sol, exactement comme nous pouvons l'observer sur des blocs de glace placés sur des plaques très-faiblement inclinées (jusque 40°), d'un autre côté, il coule, semblable à un liquide, par le déplacement de ses parties isolées.

L'explication du mouvementde coulée des glaciers admise par Thomson, Tyndall, Helmholz et Heim s'appuie sur les observations suivantes :

Le mouvement du glacier est une conséquence de la pression de sa masse dirigée dans le sens de la vallée. La glace résiste jusqu'à un certain degré à cette pression toujours active sans qu'il se produise de fentes, et cette plasticité est encore augmentée par les phénomènes suivants. Sous une forte pression le point de congélation de l'eau s'abaisse, sous une très-haute pression il y a fusion partielle de la glace en une eau qui est encore au-dessous du zéro. Celle-ci est expulsée et les masses déglace pressant vers le bas de la vallée s'avancent en raison de la diminution de volume déterminée par la liquéfaction. C'est ainsi que par suite de sa pression dirigée du haut au bas de la vallée, le glacier s'avance peu à peu. L'eau, exprimée par le procédé que nous venons d'indiquer, chasse

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