LIMITE DU GLACIER
sur sa route une partie de l'air si abondant dans les glaces du glacier pour se substituer à sa place. N'étant plus soumise à la pression, elle se coni^èle de nouveau, car, sa température est au-dessous de zéro, et,clle forme une glace plus compacte, par quoi le glacier, qui a diminué en volume, gagne en densité. D'un autre côté, ces phénomènes sont la cause de la disposition de la glace en strates qui font angle droit avec la direction de la pression du glacier, en d'autres termes de l'alternance que présente une glace de couleur bleue, qui n'emprisonne pas d'air avec une autre de couleur blanche et riche en bulles d'air.
Une pression plus élevée agit encore d'une autre manière sur la glace des glaciers en déterminant l'apparition d'un réseau compacte de fentes capillaires et en la réduisant en fragments qui, devenus libres, changent \\\\ peu leur place, mais sont de nouveau soudés. Ces actions diverses de formation de lentes, de production de granulations de glace suivie de regel sont ininterrompues et irrégulières : elles déterminent d'un côté la structure grenue de la glace du glacier, d'un autre côté elles augmentent sa |)lasticité.
Si la glace du glacier montre sa plasticité par les phénomènes de mouvement que nous venons d'indiquer, elle se montre, au contraire, inflexible dans les autres cas ; aussi des fentes se forment-elles lors d'un brusque affaissement du sol et lorsque le lit du glacier devient beaucoup plus large.
Les points principaux do la théorie du mouvement des glaciers repo sent donc sur ce que le glacier glisse et coule sur son fond. L'écoulement est déterminé ; i° par la flexibilité propre du glacier; 2° par la fonte d'une partie de la glace sous l'influence de pression de la masse ; 3" par la formation de fentes capillaires et de grains de glace.
§ 4. Limite inrérieare du giaeier. — Le mouvement dos glacicrs ost lié à une progression de leur partie inférieure vers le bas de la vallée ; mais cette condition n'est remplie que dans les régions polaires oîi l'influence de la température la favorise. Dans les pays chauds ou tempérés cette extension vers le bas est empêchée par la chaleur. Le glacier peut ne pas dépasser la ligne de fusion, qu'il ne faut pas confondre avec la ligne limite des neiges, car il peut fondre à mesure qu'il avance au delà. La limite inférieure d'un glacier est donc le point où le degré de fonte et la vitesse de progression sont les mêmes. La limite de fonte est souvent à plus de mille mètres au-dessous de la ligne des neiges : pour un des deux glaciers de Grindelwald elle est à iSOO mètres. La ligne de fusion n'est pas tout à fait constante, elle varie un peu, d'une année à l'autre, avec les conditions de température. Dans les années froides, humides, pendant lesquelles une grande quantité de neige s'amasse et peu de glace
fond, le f^lacier avance dans la vallée ; au contraire, lorsque par des étés chauds la fonte a prédominé, le glacier recule et découvre des parties de la vallée auparavant cachées par les glaces.
La hauteur au-dessus de la mer de la ligne de fusion des glaciers est déterminée principalement par les différences de température dans les diverses parties de l'année. Elle se trouve plus haut dans les régions où les hivers sont très-froids, mais où les étés sont très-chauds, que dans celles où les étés sont plus froids : en un mot, plus les glaciers sont proches du pôle et plus ils se rapprochent du niveau de la mer. L'intensité des phénomènes atmosphériques a aussi une certaine influence sur la hauteur de la ligne de fusion.
Si les vents, avant d'arriver au glacier, passent au-dessus de larges étendues d'eau et se chargent en route d'humidité, ils contribuent à faire abaisser la ligne de fusion. C'est la cause pour laquelle les glaciers des pentes sud de l'Ilymalaya descendent plus bas que ceux du côté nord, visités seulement par les vents secs venant de l'Asie centrale. Enfin, l'importance du glacier lui-même est encore un facteur qui a une certaine influence.
La ligne de fonte des glaciers de l'Amérique tropicale est en général à 4 ou 5000 mètres au-dessus du niveau de la mer, sur l'Himalaya ils descendent à 5600 mètres, dans les Alpes, à part quelques exceptions, comme le glacier de l'Untergrindelwald qui descend à 983 mètres, sa hauteur est d'environ 1740 mètres ; en Norvège par 60° et demi de latitude nord la limite est de 525 mètres au-dessus du niveau de la mer ; en Laponie, en Islande, au Groenland et dans les parties les plus au sud de l'Amérique du Sud les glaciers descendent dans la mer.
§ 5. Répartition des g^iaciers. — Lcs glaciers sont limités à CCS régions où les hivers sont froids et les étés tempérés. Une seconde condition est l'abondance des eaux tombant de l'atmosphère et il faut enfin que les conditions nécessaires pour un mouvement sur un plan incliné soient réalisées par des soulèvements du sol. Les hautes montagnes des zones tropicales et tempérées, les montagnes des terres plus froides, comme les continents des régions polaires satisfont à ces exigences. En Asie, le Caucase, le Mustagh, le Kuënlûn, le Thianschan, le Jûnling et l'Himalaya portent de vrais glaciers. Dans l'Amérique du Sud on ne les rencontre qu'aux plus hauts sommets et dans l'extrémité sud des Andes et dans les îles côtières, au delà de 50° de latitude; dans l'Amérique du Nord on les trouve dans la montagne des Cascades, et dans la Nouvelle-Zélande dans les montagnes de l'île du Sud. Au sud de l'Europe, les Alpes et les Pyrénées, au nord Ja Norvège sont les régions où les champs de neige étendus sur les plateaux, donnent naissance à de puissants cours d'eau qui
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s'écoulent par les gorges ou les rivières. Les glaciers des Alpes, au nombre d'environ 2000 occupent à eux seuls un espace de 60 milles <;arrés, et quelques-uns d'entre eux atteignonl une puissance de 270 mètres et une longueur de 2 milles 1/2 (le glacier d'Aletscli a 3 milles 1/4 de long). En Suisse ce sont surtout le groupe du mont Blanc, mont Rose et Bernina, en outre les Alpes bernoises avec le Jungl'rau et le Finsteraar qui forment les plus grands glaciers alpins parmi lesquels il faut compter la Mer de Glace, le glacier du Gorner, celui d'Aletsch, du Grindelwald, etc. Dans les Alpes autricbiennes sont les régions glaciaires très-étendues, de rŒlzthal, du Stubay, du Gross-Glockner, etc. Les glaciers des Pyrénées sont proportionnellement moins importants que ceux des Alpes : ils sont limités à la pente nord de la partie la plus élevée de la chaîne, principalement entre le val d'Ossone et la vallée de la Garonne. Les glaciers Scandinaves n'atteignent non plus les dimensions de ceux des Alpes ; le plus puissant d'entre eux, celui de Lodal a environ 1 mille de longueur sur 050 à 850 mètres de largeur. L'Islande, le Spitzberg et les îles arctiques de l'Amérique du Nord possèdent de grands glaciers, tandis que, tout l'intérieur du Groenland est recouvert d'un épais manteau de glace qui donne naissance, abstraction faite de nombreux autres glaciers plus petits, à cinq courants épais de glace qui se montrent sur la côte ouest et se jettent à la mer. Le plus important de ces glaciers est le glacier de Humboldt qui, au point où il se déverse dans la mer, a une largeur de 9 milles allemands et une puissance de 200 mètres. De la même manière partent .d'énormes glaciers des gorges et fiords si nombreux à la pointe sud de l'Amérique du Sud. Un glacier, riche en phénomènes intéressants, se trouve au détroit de Kotzebue dans l'ancienne Amérique russe. Il est recouvert d'une couche de lehm à la surface duquel sont entassés des bruyères, des mousses, des lichens, et qui contient des ossements de mammouth, de cheval, renne, bœuf musqué comme on les connaît dans le diluvium des autres contrées.
Autrefois, dans la période glaciaire qui a précédé l'époque actuelle, les glaciers avaient une répartition beaucoup plus considérable. Des principales vallées des Alpes partaient sur la plaine de puissants courants de glace dont les uns remplissaient complètement toute la large vallée entre le Jura et les Alpes ; d'autres s'étendaient sur le lac de Constance et s'avançaient loin en Bavière et en Souabe. Des pentes sud des Alpes descendaient les amas de glace jusque dans la vallée du Pô. La Grande-Bretagne et la Scandinavie, à l'époque glaciaire, ressemblaient à la Terre de Feu et au Groenland d'aujourd'hui par leur revêtement de glace et l'extension de leurs glaciers jusqu'au niveau de la mer (Voy. Géologie historique, période diluvienne).
i52 MOHALNES.
8 6. Phénoiu«!>iiCM d«^pendan(s des muuvenaents des glaciers. — L'aido
qu'apporte la glace à l'eau pour l'accomplissement de son œuvre, en travaillant activement à la démolition des montagnes, se montre de la manière la plus frappante dans le transport de masses de roches qu'effectue
Fig. ô4. — Glacier idéal.
le glacier. Dans les parties qu'il traverse, il reçoit à sa surface des fragments plus ou moins volumineux détachés des roches encaissantes par suite des fentes que détermine la gelée ou par l'action destructive des avalanches. Ces éhoulis s'amassent lorsque le glacier s'arrête, mais comme le glacier va loin du point où les fragments se sont détachés, ils se disposent en séries parallèles à ses hords : c'est ce qui forme les moraines latérales. Chargé de ces masses de roches le glacier marche vers la vallée. Si, pendant le trajet, deux courants de glace se réunissent pour n'en plus former qu'un seul, les bords des deux glaciers se mettent en contact et se soudent, unissent chacun leur moraine, et il se forme ainsi, au centre du nouveau glacier une moraine centrale. Comme il se forme une moraine centrale chaque fois que deux courants de glace se réunissent, on peut, par leur nombre, évaluer celui des glaciers secondaires qui sont venus se joindre au glacier principal. Parvenue à sa limite, la glace du glacier se fond et elle décharge son fardeau sur le sol de la vallée : à la longue, elle amasse on ce point un mur élevé souvent de plu-