‹ Traité de géologie et de paléontologieChapitre 178 sur 278 · LK TEMPS FACTEUR GÉOLOGIQUE · texte numérisé non relu

LK TEMPS FACTEUR GÉOLOGIQUE

et nous sommes obligés, pour les périodes anciennes, dé nous contenter de la détermination de leur âge relatif. En d'autres termes, nous pouvons seulement trouver réponse à cette question : tel phénomène est-il plus récent ou plus ancien que tel autre? Pour ce qui concerne la recherche de la durée d'un phénomène actuel, nous ne pouvons mieux faire que prendre pour exemple le recul de la cataracte du Niagara.

Le Niagara sort du lac Erié et se dirige dans la direction nord vers l'Ontario, formant ainsi entre les deux lacs un trait d'union qui aurait G milles de longueur. Presque au milieu de cette distance, le fleuve forme une chute de 55 mètres de haut. L'eau qui coulait jusque-là sur un plateau se précipite alors dans une fente étroite, profonde, à parois perpendiculaires étendues sur l'espace d'un mille et demi, pour entrer près de Queenstown dans la plaine ouverte et se diriger alors lentement jusqu'au lac Ontario.

Le pays entre l'Erié et l'Ontario est formé par les lits du silurien supérieur qui plongent faiblement vers le sud, par conséquent vere le lac Erié, de manière que leurs têtes de couches soient dirigées du côté de l'Ontario, vers lequel elles forment un mur escarpé. Leur partie supérieure est formée de calcaire compacte, solide, les parties inférieures (27 mètres) de schistes, sous lesquels sont des grès et des marnes. Le Niagara a entamé ce complexe silurien, depuis sa chute jusque Queenstown, à une profondeur de 70 à 80 mètres. La falaise du haut de laquelle se précipite la cataracte est donc formée dans sa moitié inférieure par des schistes relativement tendres, tandis que sa moitié supérieure est calcaire ; les eaux du fleuve, au pied de la chute, fouillent ces schistes peu durs et minent ainsi le calcaire qui surplombe d'abord, puis se détache et tombe : la chute d'eau remonte ainsi lentement le cours du Niagara. Il en était de même autrefois et, primitivement, la cataracte se trouvait à Queenstown d'où elle se précipitait de la falaise directement dans la plaine de l'Ontario ; par suite du creusement de ses eaux, elle a reculé depuis lors jusqu'à l'endroit où elle se trouve aujourd'hui et tous les points entre ce lieu et Queenstown ont été successivement occupés par la cascade. Si nous pouvions savoir de combien la chute du Niagara recule annuellement, nous serions en état d'évaluer approximativement l'époque à laquelle le phénomène qui nous occupe a pris naissance. On estime ce recul tout au plus à 0,33 par an, de manière que, la gorge ayant une longueur de 12,000 mètres (1 mille li2), elle a exigé au moins une période de 56,000 années pour son creusement — étant admis que le recul n'a pas eu des mouvements d'arrêt dus à la rencontre de roches plus dures, auquel cas cette période devrait encore être augmentée. Maintenant on connaît, sur le plateau entamé par le Niagara et des deux côtés de

Page 1