ACTIVITÉ NORMALE DES VOLCANS
De la décomposition de l'hydrogène sulfuré et de la sublimation du soufre résultent les incrustations de soufre qui recouvrent les parois des cratères et tapissent les fentes de beaucoup de volcans stratifiés. C'est de la même manière que se forment les inscrustations de chlorures (chlorure de sodium, de chaux, de magnésie, de fer, d'ammoniaque, de cuivre, de plomb). C'est de là que proviennent encore, par l'action de l'acide sulfurique, un certain nombre d'autres sels qui recouvrent les parois des volcans en activité, parmi lesquels il faut citer les sulfates de soude, de magnésie, de chaux, de fer. Les vapeurs de chlorhydrate d'ammoniaque ne se rencontrent habituellement que là oîi la lave se répand sur des terrains couverts de végétaux. Ainsi, on les observe sur le courant de lave sorti du Vésuve en i868, à chaque point oîi un tronc d'arbre a été recouvert et brûlé, mais jamais là où le nouveau courant de lave en recouvre un ancien. Le fer oligiste qui parsème de ses paillettes brillantes et de ses cristaux la lave des volcans éteints ou encore actifs^ est le produit de décomposition du chlorure de fer par la vapeur d'eau qui donne aussi de l'acide chlorhydrique. Les volcans au repos et les fentes volcaniques dont les manifestations d'activité se bornent à l'émission d'acide sulfhydrique, de soufre sublimé et d'hydrogène sulfuré reçoivent le nom de solfatares; les cratères et crevasses qui produisent de l'acide carbonique s'appellent mofettes; les points par où s'échappent un mélange de vapeur d'eau, en prédominance, et de gaz sont les fumerolles.
Comme exemples de ces divers phénomènes d'exhalaison nous citerons : la Solfatare près Naples, ancien cratère qui émit ses dernières laves en 1198. Pai' des fentes et crevasses qui se trouvent à sa surface, il s'échappe de la vapeur chaude d'acide sulfhydrique, de l'acide sulfureux et de la vapeur d'eau. Elles ont décomposé en graviers les parois trachytiques du cratère, qui est complètement blanchi par places. En beaucoup de points, particulièrement autour de l'ouverture du principal canal d'émission, ils forment des incrustations dont la couleur oscille depuis le jaune jusqu'au rouge orangé. Le gypse et l'alun se montrent de la même manière. L'île Volcano est un autre exemple très-net d'une solfatare. * Ldi Grotte du Chien àans\Q^ Champs Phlégréens, près Naples, est une cavité en forme de fente qui augmente lentement en profondeur, dans l'ancien cratère d'Agnano : une couche épaisse d'acide carbonique en recouvre le sol. Les guides ont coutume de prouver l'existence de ce gaz et son action sur les corps incandescents et la vie animale par des expériences sur des torches et des chiens. Au reste, connnc nous l'avons déjà dit, les mofettes doivent être rangées parmi les phénomènes les plus fréquents que présentent les anciennes contrées volcaniques.
Nous ne pouvons citer ici, comme exemple de vraies fumerolles de va-
CONDITIONS D'ÉRUPTIONS. Ul
peur d'eau, que celles d'Ischia. De nombreux points de l'ile, sur le mont Tabor, par exemple, sourdent des fentes du trachyte d'anciens courants de lave, de la vapeur d'eau qui est employée quelquefois comme remède. 11 faut cependant classer ici ces nuages de vapeur d'eau qui s'élèvent des cratères de presque tous les volcans non encore complètement éteints, et ces échappées de vapeur qui sortent de nombreux cratères et parois de volcans. Les sources chaudes, abondantes dans tous les districts volcaniques, se tiennent naturellement en rapport étroit avec ces fumerolles.
Quand les gaz dont nous venons de parler et la vapeur s'élèvent au sein de la masse de lave fondue qui, dans quelques volcans, remplit le canal et une partie du cratère, apparaissent les phénomènes qui accompagnent l'ébuUition de l'eau, à la surface de laquelle les vésicules de vapeur lancent des particules liquides. La force avec laquelle les vésicules de vapeur ou de gaz qui traversent la lave font explosion, est seulement beaucoup plus grande : par exemple, la lave peu dense qui forme quelquefois dans le cratère de Kilauea un lac de 4 milles anglais de carré, lance ces matières à 10 ou 12 mètres de haut. Les laves visqueuses s'opposent davantage à la sortie des vapeurs et gaz, qui sont obligés de s'amasser en bulles énormes pour vaincre leur résistance. La force des gaz qui viennent faire explosion à la surface est telle que les scories, dont la solidification n'est pas complète, sont lancées à des milliers de pieds de haut; dans leur trajet, ces matières, par suite de leur rotation rapide, prennent la forme sphérique et elles retombent autour du cratère comme bombes volcaniques.
Le soulèvement brusque et l'affaissement consécutif de la lave à l'intérieur du cratère de certains volcans, sont en connexion avec la formation de gaz et de vapeurs, qui se disposent en bulles de plus en plus fortes à mesure qu'elles se rapprochent de la surface. C'est un phénomène que l'on reproduit dans un tube à expérience contenant de l'eau en ébullition. Un autre résultat du soulèvement de la lave est son épanchcment, qui a lieu par les points les plus bas du bord du cratère, et qui détermine la formation d'une sorte de système de couches.
§ 15. Condition d'éruption d'un volcan stratifié. — Si CeltC activité
normale du volcan que nous venons de décrire atteint un degré qui dépasse l'ordinaire, si la formation de gaz et de vapeurs à l'intérieur du canal du cratère devient particulièrement énergique, le volcan passe à l'état d'éruption. Alors les cendres et poussières volcaniques sont lancées par les vapeurs à une grande hauteur, et peuvent, par leur nombre, obscurcir la clarté du jour; la lave qui coulait paisiblement par-dessus les bords du cratère se précipite en torrents dévastateurs.
Les phénomènes éruptifs sont particulièrement terribles lorsque le