Chapitre X
Formation des noms; noms de racines bUitteres.
222. En syriaque, l'état déterminé ou emphatique s'est généralisé au point qu'il s'applique même aux substantifs indéterminés et que l'état simple ou absolu est souvent difficile à rencontrer; parfois même il n'est plus usité. Nous prendrons donc, comme exemples des formes que nous exposerons, les substan-
tifs k l'état emphatique et nous indiquerons simultanément leur état absolu, toutes les fois qu'il y aura quelque intérêt k le distinguer et qu'il sera certain.
Quant aux adjectifs et aux participes, nous donnerons l'état absolu qui est usuel et nous n'ajouterons l'état emphatique, que lorsqu'il modifiera le radical d'une manière sensible.
223. Il serait trop systématique de prétendre que tous les noms composés de deux consonnes et dont les langues sémitiques offrent un certain nombre, doivent être ramenés h une racine trilittère qui aurait subi une perte totale dans un de ses éléments.
Si un radical, en recevant les différentes désinences ou les suffixes des pronoms, ne laisse pas paraître de troisième élément, ce serait lui faire violence que de lui en attribuer un ; et alors même que ces noms revêtent exceptionnellement la forme trilittère, on doit se demander s'ils présentent lk un état ancien, ou s'ils n'ont pas été ramenés par l'analogie au principe de la trilittérité. A cette dernière espèce appartiennent notamment les pluriels dont les terminaisons se redoublent d'autant plus facilement que le radical est plus faible, §§ 262 et 263. Il y a donc lieu d'établir des distinctions fondées sur l'examen de chacun de ces noms en particulier, en commençant par ceux qui ont la forme masculine.
224. a) Les mots ^1 père, W frère, pa* beau-père prennent les suffixes avec la voyelle ou, § 284, non seulement en araméen, mais aussi en arabe, en éthiopien et en hébreu (dans cette dernière langue, i, par changement de ou en i").
En arabe, cette voyelle apparaît encore k l'état construit et explique, en partie, les formes exceptionnelles du vocatif *VS\ iU*U\ ^^i mon père ! auxquelles correspond dans les talmuds &OK, éthiop. ftfl l et, par le passage de la voyelle â en tête du mot, *£>) en syriaque, comme **) mon frère, § 284. Cette voyelle subsiste encore, k l'état de vestige, dans l'éthiopien ti')+ frire, où elle demeure k la faveur de la gutturale ; elle est manifeste dans les féminins de ces noms, comme |à-* sœur, )&.<<o» bellemère, JTinK fïlÛÇî **Ua. r|i«fy^, et elle explique par métathèse
1. Dans ces mots la modification de ou en â est occasionnée par le vocatif.
Digiti
zedby G00gle
de la voyelle Parabe v£*î*l, d'où l'éthiopien Tk'î'fr ; elle n'a pas été sans influence sur le pluriel k forme féminine JÏÛ$, d'où
l'araméen a composé un nouveau pluriel J«^>| ou )<££-£>], § 262, cotnp. t\fiGh i JrflJK Le dérivé \L>*\ consanguin laisse également apparaître une troisième radicale, ajoutez p. 88, note 1, ci-dessus.
On ne peut donc nier que ces noms appartiennent k une racine trilittère, lâmadh-waw.
\d\ et $ n'ont ni état absolu ni état construit en syriaque (Barhébrœus, I, p. 53, 1. 23) ; lia» fait >o~, par le passage de a en ou, k cause de la labiale, § 93, 2°, et de lk en è, § 91 ', comp. avec les suffixes *iûl, § 284.
Dans le sens figuré de père spirituel, \-&\ avait le beth redoublé.
b) J^l main, abs. ,-» ne porte en araméen, comme en hébreu, aucune trace d'une forme plus étendue. Il est donc présumable que c'est par analogie des mots dont nous venons de parler que l'éthiopien a fait le pluriel }%&&*, tandis que c'est la voyelle ê qui sert de lien entre le radical et les suffixes des pronoms, Aethiop. Gramm., § 154 d. L'arabe a formé un pluriel <3jJ> sur un radical lâmadh-youdh, sans doute sous l'influence du youdh initial.
Ce mot est donc k classer parmi les bilittères.
c) Va? sang, abs. >6?, a été rapporté k la racine DTK être rouge. Le samaritain et les targoums ont en effet la forme DTK k côté de DT; le verbe dénominatif <o?| saigner montre que cette prononciation n'était pas inconnue aux Syriens. Cependant on n'en trouve pas trace dans les autres langues qui traitent ce mot comme s'il venait, soit d'une racine géminée, soit d'une racine lâmadh-waw ou lâmadh-youdh ; le syriaque a aussi une forme redoublée propre k ces racines, § 201, îor^r* ensanglanté, v. Mand. Ghramm., p. 96. En face de ces incertitudes, on est autorisé k considérer ces formes comme secondaires, et k ranger le mot >o? parmi les bilittères primitifs.
d) ]lû) mère, abs. >o1, appartient k une racine géminée : le
1. Les mots }o\ mère, Jo? sang, ^-^ nom, ont subi les mêmes modifications.
redoublement du mim est constant dans toutes les langues; sur le pluriel |2£io], v. § 262. 1*iooJ peuple, n$K £ïî, est formé de ce mot ; la voyelle ou est demeurée et ne s'est pas modifiée en h
e) \^afils, abs. ^a, est formé comme p ^\, par permutation de noun en riô qui a attiré a au lieu de è, §§ 35 a et 93, 1°. Rio est également au féminin ]z^ofiUe, mais noun reparaît au pluriel lli£>, fém. ]bl£>. La voyelle organique è demeure avec les suffixes dans ^^c ^oa^ e*c- > parce que, la syllabe étant miclose, le riS n'exerce pas son influence sur la voyelle, pronon. bèr' bhrkhoun, comp. §§ 98 et 125.
f) l&os bouche, abs. ^oo-s est une forme étendue que Ton trouve aussi, en dehors des dialectes araméens, en arabe et en éthiopien £* ou ££ 4-fcJP°, tandis que la forme y *$» n$ ftÇ, pi. Y\èjBh, I-49* qui permute avec elle, indique un thème primitif/a. Le mim n'est qu'une lettre de prolongation de la voyelle ou qui elle-même est attirée par la labiale initiale. H est vrai que ce mim est quelquefois redoublé, Dan. K$^, sam. pûÛB, ar. JLi plur. fUil, mais ce redoublement peut n'être que corroboratif, si l'on considère la faiblesse dont le mim final est entaché dans certains dialectes araméens ; les dernières formes arabes que nous avons citées sont peut-être venues par l'araméen en arabe (contra Nœldeke, Mand. Gramm., p. 97, note 3).
Le pluriel )s] appartient à une racine **JJ respirer, inusitée en syriaque, comp. hébr. D?§& \
g) ]1ld eaux, abs. ^o, est un pluriel formé d'un thème ma, ar. *U, comme l'a justement observé M. Nœldeke, Mand. Gramm., p. 97. Ce thème donnait le sens de masse ou quantité indéfinie et a pu servir de cette manière comme pronom indéfini, § 173, 8°, et comme le nom de cent ]^c. Ce dernier mot a été traité comme un lâmadh-aleph ; on prononçait primitivement m'a, comme l'indique l'écriture de deux aleph et la prononciation avec une proclitique vûîo\ ft&? \poo. H forme un nom d'unité ]££o un cent et un pluriel ]£o£o, comp. H$&
h) liû-* nom, abs. >o*, ne trahit pas de racine trilittère d'une
1. l^-s) loisir, faculté est formé de la même racine; le pé était dur et le taw aspiré, Barhébrœus, I, p. 213, 1. 24 et II, vers 946, p. 82, note 2.
manière certaine; le pluriel hébreu MÛ# peut avoir été influencé par un waw troisième radicale, qui apparaît dans les pluriels arabes 0\}U-*»>1 ^\ ; les dénominatifs ^r**0 A^°V *Jûuà' seraient plutôt formés par analogie des lâmadh-youdh ; ouIû-é, est une formation secondaire analogue k celle des pluriels {&La*t« \z£±CLà,7 sur lesquels voyez § 262.
Cependant, si Ton considère que ce nom a encore en syriaque le sens de signe, v. p. 69, note 2, on sera conduit à le rattacher k la racine U-**> être élevé, une marque distinctive se présentant k Fesprit comme quelque chose qui se détache sur un fond et frappe la vue. Â la même racine se rapporte également fi v* à, deux, «!*-•*» pi. O^U-*^, d^tf» pi. AII?P*K proprement les hauteurs, i) là**) fondement avec aleph prosthétique, § 99, état const. à-*, targ. 1TO, hébr. IV&, ar. C*-£>), est formé d'un radical à-*. Au contraire Jf»] paroi, pi. ^ vient d'une racine géminée !, cr»l ou o**^)^ hébr. Vtt^.
Ces deux mots ont formé le composé ]à-w]à-* base, j) )iz mamelle, pi. \**>±, hébr. D^^, ar. \j&>->, vient d'une racine ^$j3 humecter.
k) pi espèce est isolé et propre à l'araméen; on le considère généralement comme d'origine étrangère ; abs. ^1 ou <j.
225. Parmi les noms k forme féminine, les suivants ne paraissent pas venir d'une racine trilittère, malgré la tendance qu'ils affectent dans leurs flexions k prendre une forme plus pleine, comp. Mand. Gramm., p. 98 :
jiioj servante, WÇ$ SJS, pi. ]2Lo] mn^ Cdyii, § 262. Quant k jMooj nation, v. ci-dessus § 224 d. jft i* année, abs. ) i*>, HJtp i^>, pi. l^-â* ^éIa, ffj^ ^^> et Ol>^»>.
(kaa lèvre, iTÇ^p iiio, pi. )/.q*m fffl^Ç? Ot>*-& ou abUo.