Chapitre XIV
Subordination des noms entre eux : état construit et expressions du
génitif.
357. L'état construit, ce vieux procédé du sémitisme pour subordonner un nom à un autre, est encore régulièrement usité entre deux noms qu'unit un rapport étroit.
a) Il forme le lien des noms composés : |k»| &**>, )nn,Ssn, ^àjj£), |^? ^ê^h etc., v. 256; une préposition ne détruit pas ce
lien : |— ^f^ >ami£> petwe capitale, \-~oj£> ^a^o excuse, \9\z> >omv>
J) H est fréquent entre deux mots qui traduisent un seul mot grec : t^.QiVi»qi Zo^jqûm «maria, } oS Zoiàn a*Xrîpoxapota, Zo -*}2
f^qivixn opOoooçia, lnXv> jja^ 6 paatAtxoç, fl^ ^aM (njptov.
cj Un adjectif ou un participe se construit avec son complément, v. § 351 : p-I^ ^^aim pauvres d'esprit, Gai. 3, 1 ; >ïvitN« pl^Ji sains d'esprit, Aphraat. 228, 16; ho* ^a^j longanime, fréquent, yoaib!£>Qjk£> **\±^o avancés en âge, Luc. 1, 7 et 18; 1 Timoth. 1, 10; 2 id. 3, 3; £aâ4 fcl^i ■ x6x«ptTW|xévt), Luc. 1, 28; zLhz
1*ooà, orthodoxe (fém.), Vao ^v^é- rcavroxpartop, fréquent; 1|X^ ^atto r-fcûl un esclave acquis à prix df argent, Aphraat. 218, 9; Exod. 12, 44; z^pnonm ^'vum îJaJ (3$X(a avor(^pd[L[t.vfa, Jacques d'Edesse, Zeitschr. d. D. M. G., XXXH, p. 488, 1. 9; ftiife liall |L^$ animal à deux pattes, de Hermeneut. 28, 1 ; devant ^ du comparatif, v. § 366 e.
1. La prononciation dure du taw, indiquée dans l'édition S. Lee par qousa&i, est occasionnée par l'assimilation avec le {eth qni suit, y. § 111.
d) Un nom prend l'état construit dans les tournures où il a surtout la valeur d'une préposition : ^ éééd par la force de, rIô par le moyen de, )a^£> au nom de, ki\N en présence de, etc. Nous avons énoncé, §246, \°a, quelques noms qui n'étaient plus usités que dans ce sens et étaient toujours a l'état construit; on peut ajouter ceux qui marquent les divisions de temps ou de lieu : /n^S? demi, )hàn ^ ^<n^o le matin du dimanche, Aphraat. 229, 2 ; Josué le Styl. 22, 17; )h%n± >Én-l-svir> au coucher du soleil, Marc 1, 32; Luc. 4, 40; ^? V— auî^J cJLj^o ^ à l'orient du Paradis terrestre, Gen. 3, 24,'comp. § 246, 2° a.
e) L'état construit est encore usuel, mais d'une manière moins constante, dans les autres cas : souvent encore, quand le nom déterminant sert à qualifier le premier nom : |7onSv> fr-Uyio la vSle royale, la capitale, Josué le Styl. 11, 12; |7nnSv> à-i-o le palais royal, id. 13, 14; ) r>Sv> ±0 un prince, Sindban, passim, V*j^ 2>J^â? le culte divin, la vraie religion, comp. |<n-^? |&^"»?, |«-^? 01MS»? la crainte de Dieu, la religion de Dieu, Act. 9, 31; 2 Cor. 7, 1; Rom. 3, 18; £*ks -i^So |?J — «^ 2^L? le culte des démons et la religion idolâtre, Jul. 5, 15 ; devant un nom de nom bre, v. § 369 a. On voit par ces exemples que l'état construit est possible entre des noms indéterminés.
f) Il est possible devant un pronom : ^Nv> 001 ZàJf >*loo$ Roumi, la femme de ce roi, Martyr, homerit., B. 0. 1, 365; ? véS4 &^££> à came de ceux qui . . • , Josué le Styl. 63, 3; aiio ya±a au nom de qui . . . , Addai the Apost. 18, 6.
g) Par un mélange des diverses constructions, l'état construit se rencontre, mais très-rarement, devant le dâlatb du génitif: srioks? foâViA>z? slno la vaisselle de sa table, Josué le Styl. 69, 15; a/nlsp ^co^ les jours de ma jeunesse, Saint-Ephrem, JQI, 429; mais dans wPniiftSno? l*lgi o^ocu aux jours de ceux de la maison de Dioctétien, Jul. 24, 9, le dâlatb a un autre sens, voyez §317 a.
h) Un nom k l'état construit peut se subordonner plusieurs noms : loio^o ^f*}» ^h\a aux mois de Haziran et de Tamouz, Josué le Styl. 36, 16. *
L'état construit n'est rompu ni par une préposition, § 351 a, ni par une particule enclitique : ]*%r\± ^ ot\ le Dieu du ciel, Jul. 54 ult.
358. Un second procédé pour exprimer le rapport du génitif, consiste h, préposer le relatif ? au second nom, § 317 a, absolument comme le relatif H en éthiopien : )*vi*? |./qt>Sw J1J* les secrets de la royauté des deux, Matth. 13, 11 ; lïi»? V*^°V^ dans la voie des pervers, id. 10, 5; )Za£>vs>i ]lm ^euSorcpo^pTjrai, id. 24, 24; wiiiSnq? \bcù> le fardeau de son service, Jul. 7, 13; |i*a^i? ||aLio la masse de son ballot, id. 7, 6; )AnS<?>? IfM? I^aa^ p? sans le voile d'honneur des reines, Addai the Apost. 15, 20; ,-wn^a? )?q^** créateur de toutes (choses), Anal, syr., p. 149, 1. 29; ^*Né|) ji a,, nv> sanctificateur de ceux, id. 40, 22; \la-jbg ) \.nt.^ directeur des affaires, Josué le Styl. 12 ult.
Cette tournure est de rigueur avec un nom qui n'est pas susceptible de flexion, comme quelques noms syriaques et les mots étrangers, v, §§ 224 a, 253 a, 278 : \\jlqL-> ^^040 pm ]x£*L? )1£ le souci de ce monde et V illusion de la richesse, Matth. 13, 22; avec un nom indéterminé qui demeure à l'état absolu, § 356 : ^a |P<TniV>o9? ^4^o^ tout pouvoir des Romains, Didasc. 75, 6; \a I^oam? ^mû toute chair d'animal, Spicil. syr. 7, 26.
359. a) Lorsque le deuxième nom est déterminé, le premier prend souvent le suffixe possessif, § 304 a. Cette tournure trèsusuelle se rencontre, sans aucune différence de sens, k côté de celle sans suffixe : ^nniiiNns? <n^\ la récompense de votre travail, Jul. 8, 11, comp. gii^Snq? |f^l id. 7, 15; ^/oiviéct? <n>iv>inv> les fondateurs de notre foi, id. 8, 6; oi?nijOtmv>? qi éopo V épreuve de sa fermeté, id. 9, 17; devant un pronom : |?«? Ôla^o* le commencement de ceci, }?<*? qtViSoà» la fin de ceci, Addai the Apost. 15 ult.; 16, 1 ; même dans les traductions du grec, où celui-ci n'a pas r article rjo^r^l? <"r° r*°?? mr° 1«»*^ ^a-à-»? <3\Lqtjù***) VokoptpXoç Yevéoewç 'Jyjcou Xpwrou, uîo5 Aauft, utou AjîpaafA, Matth. 1, 1.
Quand plusieurs noms sont joints par le waw de la copule, le suffixe est répété après chacun d'eux : ^û^? ct ^nvno «J ^0} V oppression et Vhumiliation de notre peuple, Jul. 101, 24, comp.
sans suffixe : qiVun? 1r\j° V»V°° l'opprobre et le mépris de sa confrérie, id.
b) Une préposition étant dans un rapport d'état construit avec le nom qui suit, nous avons vu, § 306 a, que ce rapport peut être remplacé par celui établi par le dâlath relatif; au lieu de p<ji V&io a cause de ceci, on peut dire, par exemple, gifvNftV)
I**?, Josué le Styl. 11, 9. Si Ton excepte *±+h ^o de nouveau (de rechef J, cette construction ne se rencontre qu'avec un nom déterminé et la préposition a généralement le suffixe.
c) Un adjectif est également susceptible de cette construction, «moiaue l'état construit soit plus ordinaire, § 357 c : ctIéV/iso \L>al l*o£j? un amour rempli de la loi, Josué le Styl. 2, 2.
360. a) Le lien établi par le dâlath, étant beaucoup plus lâche que celui de l'état construit, est bien dans le goût de l'araméen, qui aime les constructions libres; on s'explique ainsi que ce second procédé ait tendu à se généraliser, au détriment du premier, devenu relativement rare. On desserre volontiers ce lien, en intercalant un ou deux mots entre les termes du rapport; l'adjectif qui qualifie le premier nom peut être placé après lui
ou après le second : |«^? If*!-* lr° ou If*** l01-^? \r° k vrai fils de Dieu, Anal, syr., p. 39, 1. 14; 65, 21 ; |2ail?a£>? p\sv> i^w le degré le plus haut de la confession, Jul. 10, 24 ; po»? ]b^l <j»Zo?«j»
V*Jré le noble martyre de cet homme, id. 1, 19; |Zolo? ycje )&^j* une cause quelconque de mort, Addai the Apost. 12, 13; dans les phrases nominales, §375 gr, le mot traduisant le verbe être occupe souvent la place intermédiaire : pvrôftw? ^M )lx>) |ooi p je ne 9uù pas un médecin de médicaments, Addai the Apost. 9, 4; y^mho\ l««àV^ î^â^yi ^àoî aiZ^aio Edesse est la sainte fiancée du Messie, Jacq. de Saroug, Zeitschr. d. D. M. G., XXX, p. 270; Mf»r*
|ôu^9 \om <n^o poi en vérité, celui-ci était le fils de Dieu, Matth. 27,
55; >oo»^? ^oàJJ <rc^\) p] W/e 8a^8 V* V0U8 ê*68 ^a race d'Abraham, Jean 8, 37 ; quelquefois aussi, un autre mot : ji|£J pis ^a l^oflu^? serait dit de même nature que la divinité, Anal, syr., p. 67,
41 41 p y Q ft 9 y
1. 3; P--? ffn^n Ko^ ^L &*) nous avons dans les champs des magasins de froment, Jérém. 41, 8.
b) Plusieurs noms peuvent être subordonnés à un autre, au moyen du dâlath répété devant chacun d'eux : t&o-»? otioû**? I^oo-» la fatigue de la chaleur du jour, Jul. 1, 1 1 ; pi*? <-*? <n/nnms V^io pa»? \h£>ov> à cause de la difficulté naturelle de la position du fort, Josué le Styl. 14, 6. Un mélange des deux procédés a quelque chose d étrange: p^J ^o ,^o i^Nn vaJl^o p^S vo-g-ns ^V*° ^ n0U8 vîmes des scorpions aux pieds et aux dents de chien et au visage de femme, Lettre d'Alexandre, Chrest. Rédiger, 116, 10.
Digiti
zedby G00gle
c) Suivant Barhébneus, I, p. 52, 1. 24, l'inversion des deux termes est possible et se rencontre quelquefois; il cite en exemple: )T££> ) ÉÉààV) %QjL*t) ^oou» Juda, le serviteur de Jésus le Messie, Ep. Jud. 1, 1 (l'édition S. Lee a ^oa-»? \r£>± l^oou*) ». En éthiopien, l'inversion avec H est régulière, v. Àethiop. Gramm.., p. 259.
361. Le rapport exprimé par ces diverses constructions n'est pas nécessairement un rapport de possession; ainsi le second nom sert parfois de complément au premier, comme qualificatif: Vfc?oo? V»°' est, en fait, synonyme de Wî-o V»°' ^ Saint-Esprit; |<*X 20^»? (ou i ]*£** ou ? <n&^»?, § 357 e) 2a crainte de Dieu, la crainte que Dieu inspire; )«é4V>? )VniY>èoi la foi au Messie, Addai the Apost. 16 ult., comp. Marc 11, 22; ^*n? <n-ii^ ton zèle pour ta maison, b ÇijXoç toû owtou ?ou, Jean 2, 17; t|JV5 JlICp, Ps. 69, 10; Isa:*? okii^ Ze zèZe pour le peuple, Isaïe 26, 11.
Nous avons vu, § 308, que le pronom suffixe a quelquefois aussi un sens objectif.
362. Le rapport de possession est rarement exprimé en syriaque par le l&madh du datif : <£o<n llion? )nSviN \£Ï& die était au nombre des femmes du roi des Huns, Josué le Styl. 18, 1 ; jA^-i* Ia£>o£ GrcoftéSiov xûv rcoSôv aou, Act. 2, 35, s'explique par le psaume 110, 1, où ^^9^ traduit l'hébreu rpSanS; p^io %o«-^ 68yjycu tou; . . . , Act. 1, 16, comp. § 350 6.