‹ Traité de grammaire syriaqueChapitre 19 sur 209 · Au lieu de P" que porte le texte il vaut mieux lire H · texte numérisé non relu

Au lieu de P" que porte le texte il vaut mieux lire H

époque que le cursif jacobite parvint à son complet développement. Auparavant il n'avait dû guère être usité que pour les notes et clausules hors texte ou pour les contrats particuliers; son élévation au même rang que l'ancien caractère porta à celui-ci un coup sensible.

9. À la fin du VIIIe siècle en effet, remarque M. Land (o. 1. p. 75), à Edesse même on avait perdu cette puissance d'écrire en beaux caractères majuscules. Cette décadence se prolongea pendant le IXe siècle; les lettres sont serrées les unes contre les autres et prennent une forme presque horizontale, comme si les copistes n'avaient visé qu'à l'économie du parchemin. L'éclipsé du vieux caractère édessénien devient bientôt totale : à la fin du Xe siècle, Jean de Qartemin est obligé de le reconstituer dans le Tour 'abdin, aux environs de la célèbre Mardin, par l'étude des anciens manuscrits *. Déjà en effet une renaissance des anciennes études a succédé k l'ère d'obscurantisme qui pendant deux cents ans de la conquête musulmane a pesé sur la Syrie; on revient aux sources primitives; on soumet à un nouveau travail la Bible et les œuvres des Pères de l'Eglise; l'écriture profite de ce mouvement et recouvre sa vieille noblesse avec ses traits d'autrefois. Cependant le cursif ne perd pas ses droits et continue d'être l'écriture courante ; aussi est-ce vers cette époque qu'on doit faire remonter l'appellation d'Estrangélâ llçlj-M = ^<sà\ Jia-l», écriture de l'Evangile2, donnée à l'ancien "caractère édessénien et celle de

U>4*» \i^u trait simple, que reçoit le cursif, nommé aussi quelquefois d'un seul de ces mots, \iiu le trait, U-^9 le simple*. Le caractère majuscule des Evangéliaires de la basse époque se distingue effectivement par l'empâtement des traits de celui des siècles antérieurs; précédemment le cursif se confondait avec l'ancien édessénien dont il n'était qu'une modification et ne nécessitait pas une dénomination spéciale.

1. Assemani, Bibl. Orient. II, p. 352; Land, o. 1. t I, p. 79; Abbé Martin, La Maêscre chez les Syriens, I, p. 85 et 100.

2. Cette étymologie due à J. D. Michaelie, Or. «yr., p. 15, a fait oublier celle proposée par Assemani (Bibl. Or., t III, pars II, p. 378) de ffrpo"flr6Xoç rond.

3. Assemani, t. III 1. c. — A mira, Qram. ayr.y p. 1. — Hoffmann, Gr. *yr., p. 69.

Digiti

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On considéra comme un embellissement de l'écriture de ne tracer que le contour des lettres, laissant l'intérieur en blanc; ce genre d'écriture fut appelé |&a*a^ double; il est surtout usité pour distinguer du contexte les parties hors texte, comme titres et clausules, mais on le rencontre aussi en dehors de ces cas. Il n'était pas étranger au syro-palestinien, k en juger par un fragment de Londres (Land, tab. VIdutom.IV). Un certain mélange des deux écritures en usage, estrangélâ et cursif, devait finalement se produire, comme on le remarque dans les manuscrits postérieurs au XIe siècle, qui n'ont plus cette sûreté et cette précision des lignes qui distinguent ceux d'une époque antérieure.

10. L'écriture chez les Nestoriens n'a pas suivi les mêmes phases. Les manuscrits de cette secte nous sont parvenus en bien moins grand nombre que ceux des Jacobites ; néanmoins les plus anciens n'accusent qu'un estrangélâ qui se transmet à travers les siècles et ne varie guère, car on le retrouve presque sans changement au IXe siècle, dans le manuscrit 12138 add. du British Muséum de l'an 899 et dans le manuscrit 15 de la Bibliothèque Nationale du Xe ou XIe siècle '. Ce n'est qu'à partir du XIVe ou XVe siècle, que le cursif nestorien prend des formes bien arrêtées (Land, o. 1. t. I, tab. 22 et Abbé Martin, o. 1. pi. I et VI k VIII), telles qu'on les trouve encore usitées aujourd'hui chez les Néo-Syriens des environs de Mossoul, du lac Ormiah et même chez les chrétiens de St.-Thomas établis sur la côte du Malabar2. Ce caractère se signale surtout par la forme du dâlath et du ris qui se rapproche de celle du kaph et une forme toute particulière du taw (v. notre tabl. synopt.). Malgré ces anomalies et ses traits grêles, le cursif nestorien, pris dans son ensemble, décèle avec l' estrangélâ une parenté beaucoup plus proche que le cursif jacobite, fait qui s'explique par le peu de vicissitudes que l'ancien caractère édessénien subit dans la Syrie orientale et dans l'Adiabène.

11. Un caractère très voisin de l'estrangélâ est le syropalestinien (v. tabl. synopt). Il ne nous était d'abord connu

1. Abbé Martin, Syrien» orient, et occid., planches II à V et p. 324 à 326 et 385.

2. Land, o. 1. 1. 1, p. 89. — Silvestre, PaUogr. univ. 1™ partie, II* pi. des caractères syriaques.

que par le manuscrit XIX de la Bibliothèque du Vatican du XIe siècle, dont Adler avait pris un bon spécimen mal reproduit dans la table VIII de son ouvrage cité ci-dessus : Nom testamenti versiones syriacœ. C'est ce qui a engagé M. Land à reproduire par la photographie la copie originale d' Adler qui se trouve à la Bibliothèque de Kiel et à la publier dans la table V du 4e volume de ses Anecdota syriaca (comp. ibid. p. 180). Ce savant nous a donné en outre des spécimens de divers fragments du Musée de Londres (tab. VI à VIII comp. p. 181) et de quelques autres rapportés d'Orient par M. Tischendorf et déposés à la Bibliothèque de St.-Pétersbourg. Le catalogue de M. Wright contient également plusieurs spécimens de cette écriture. La plupart de ces fragments sont écrits avec ces caractères raides mais symétriques qu'offre l'alphabet d'un lectionnaire de la Bibliothèque de St.-Pétersbpurg publié par M. Land au bas de sa VIIIe table. Le manuscrit du Vatican ainsi que quelques fragments de Londres (tabl. VII et VIII de M. Land), d'une écriture moins bonne, se distinguent par une brisure du trait supérieur des trois lettres gâmal, teth et lâmadh (v. notre tabl. synopt.); cette brisure propre à ces lettres ne se rencontre pas dans les autres fragments.

Au premier coup d'œil la parenté du syro-palestinien avec l'édessénien apparaît d'une manière indiscutable, mais aussitôt surgit la question de savoir si ce caractère n'est qu'un estrangélâ altéré ou s'il ne nous a pas conservé au contraire des formes archaïques de l'ancien édessénien antérieur au Ve siècle? M. Land (t. IV, p. 212 et 232) se déclare pour la première hypothèse. U trouve à ce caractère une analogie frappante avec l'onciale grecque et suppose que les Melkites, par haine des Jacobites, modifièrent le caractère édessénien en imitant le grec que la domination des Séleucides avait fait prévaloir dans toute la région en deçà de PEuphrate. Cette opinion que M. Nœldeke rejette J, nous paraît combattue par l'examen de ces alphabets. Le fret syro-palestinien présente suivant les fragments quatre types différents que nous avons reproduits dans notre tableau, et que M. Land avait déjà remarqués mais mal classés à notre avis (v. p. 213). Ne semble-t-il pas évident que

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