‹ Traité de grammaire syriaqueChapitre 20 sur 209 · ZeUêchr. der D. M. G., t XVI, p · texte numérisé non relu

ZeUêchr. der D. M. G., t XVI, p

les deux types de gauche sont presque identiques aux deux formes les plus usitées du fceth palmyrénien, tandis que les deux types de droite qui rappellent le fcet édessénien ne sont qu'une modification de ceux de gauche, nécessitée par l'habitude qu'on prit de relier les lettres entre elles par un trait continu? Le trait qui relie les lettres est resté grêle et se distingue parfaitement du corps de la lettre ; en estrangélâ au contraire il en a la grosseur et se confond avec lui. La queue du gâmal très tenue et terminée par un point n'est qu'un simple appendice plus voisin du petit prolongement de cette lettre en palmy rénien et en hébreu carré que du jambage inférieur du gâmal estrangélâ qui est le principal membre de la lettre. Le pé et le àin appartiennent également à une époque reculée. Nous avons déjà noté que le riô seul avait un point diacritique, fait qui concorde avec les inscriptions palmyréniennes du IIe siècle. Enfin la brisure du gâmal, du teth et du lâmadh dans quelques manuscrits ne doit-elle pas être considérée comme un vestige de la ligne torse qu'affectent ces lettres dans les alphabets palmyréniens et hébreu cassé ? Ces considérations paléographiques sont confirmées par l'histoire. Si en effet le petit monde chrétien de la Palestine et de la Pérée reçut son écriture de l'Osrhoène avec la version des écritures qu'il appropria a sa langue, en la révisant sur le texte grec, ne dut-il pas faire cet emprunt dès les premiers temps de son établissement dans la Décapole, qui eut lieu au premier siècle comme le constate Eusèbe (Hùt. eccles. III. 5, comp. Land, 1. c, p. 229)? Ne dut-il pas le faire avant que l'Osrhoène, devenue le foyer du Jacobitisme, ne fût odieuse aux Melkites? Ne le dût-il pas surtout avant que le grec, dont l'usage s'était généralisé dans les contrées en deçà de l'Euph rate avant l'ère chrétienne, n'eût complètement évincé le dialecte national? Plus tard, même sous la domination musulmane, l'église palestinienne, à l'instar des autres églises de Syrie, conserva les anciens monuments de sa foi, qu'elle reproduisit et multiplia autant que les besoins du culte l'exigeaient, mais comme un texte stéréotypé qui n'est plus susceptible de perfectionnement. Ainsi s'explique comment l'ancien édessénien dans les petites confréries de la Palestine et de la Pérée conserva ses formes archaïques, à l'abri des modifications qu'éprouva l'estrangélâ pendant l'ère florissante de la culture mésopotamiennc.

On remarquera que le pé affecte une double forme : celle de gauche dans notre tableau est le type primitif, celle de droite n'est qu'un pé renversé qui rend le rc grec. Nous verrons plus loin § 25 b que lorsque l'influence du grec prévalut à Edesse, Jacques, évêque de cette ville, inventa également un signe distinctif du pi* grec ; il n'est pas étonnant que les Syro-Palestiniens qui subirent plus tôt l'influence du grec, l'aient devancé dans cette invention.

En syro-palestinien le principe de la liaison des lettres est étendu a des lettres qui restent isolées en estrangélâ ; le dâlath, le ris et le zaïn sont les seuls qui ne sont pas joints à la lettre suivante. Nous avons vu plus haut que le cursif jacobite avait fait une tentative en ce sens.

12. Les peuples orientaux attachent un caractère sacré à l'écriture qu'ils considèrent comme révélation divine. Aussi ont-ils toujours reçu plus volontiers les mœurs et la langue des conquérants que leur écriture, fut-elle mieux appropriée que la leur à exprimer les sons de la langue importée. Les Syriens, a l'exemple de plusieurs autres peuples, conservèrent leur alphabet et s'en servirent souvent pour écrire l'arabe, lorsqu'ils eurent adopté cette langue ; mais comme l'arabe a porté à vingt-huit lettres l'ancien alphabet sémitique qui n'en compte que vingt-deux, une même lettre syriaque dut représenter plusieurs lettres arabes, ainsi : £ = O ou v^, ^ = £ ou £, -p = £ ou ^, ? = > ou > et wj = 1» ou 1» ou J>. Cette valeur multiple d'une même lettre était tout indiquée, car nous verrons sous le chapitre IV, que ces lettres étaient également susceptibles de plusieurs articulations en syriaque, mais un tel procédé faisait une véritable énigme d'une écriture peu claire qui n'exprimait pas les voyelles. On remédia à cet inconvénient au moyen du point diacritique, dont furent affectés le gâmal, le teth et le kaph, quand ils avaient la valeur du ghaïn, du tha et du 4had arabes ; quelquefois cependant ce point est omis.

Ce genre d'écriture est appelé karéounique ^ybjS J±^>, nom encore inexpliqué '.

1. L'explication de ce nom par celui d'un soi-disant Karfoun qui en «fait l'inventeur n'est qu'une hypothèse; il en est de même de celui de jenwro que porte cette écriture au Malabar. V. Land, Anecd. *yr., t I, p. 11. 11 y a tout lieu de croire qu'elle se forma d'elle-même, sans avoir

Les Chrétiens de la Palestine écrivirent également l'arabe avec leurs propres caractères à en juger par une clausule reproduite par M. Land (o. 1. 1. 1, tabl. XVIII, spéc. 88 et p. 90). Cet usage est également très répandu chez les Chrétiens de la côte du Malabar. Ils écrivent avec les caractères syriaques la langue de ce pays, le malayalam, et comme celle-ci comprend beaucoup plus d'articulations que le syriaque, ils ont dû inventer un certain nombre de lettres additionnelles, dont on peut voir un facsimile publié par M. Land dans la Zettschr. d. D. M. G., t. 22, p. 55 (comp. Anecd. syr., t. 1, p. 11 et 91).

13. Un alphabet cursif admet facilement des enchevêtrements ou ligatures de lettres ; le syriaque cependant s'en est généralement abstenu. L'aleph et le lâmadh en présentent quelques exemples, ainsi : naJ&û totti homme; la symétrie fait que dans un même mot ces deux lettres prennent la même position oblique ou droite, comme ^ )î p) suivant que le lâmadh suit ou précède. Les queues du sadé et du noun se croisent dans les quelques mots où elles se rencontrent $*? ^OjJ.

14. Il n'est pas rare de rencontrer dans les notes finales qui scellent un manuscrit, un nom ou même une formule entière f écrite en chiffres syriaques dont nous avons donné les signes dans notre table III. Mais un autre jeu de l'esprit auquel les Syriens ne demeurèrent pas étrangers consiste à écrire une lettre pour une autre à laquelle elle correspond dans un alphabet artificiel. Ceux-ci furent cependant bien plus sobres à cet égard que les cabalistes juifs ; ils se contentèrent d'une seule espèce d'alphabet fictif, répondant à Yalfrah, de la cabale 2, et qui chez eux porte le nom d'alphabet de Bardesanes \t£>±\ v^?f©? ou I^J^? **^. Non pas que celui-ci en fut l'inventeur, car les Syriens le reçurent vraisemblablement des Juifs, que

besoin d'un inventeur spécial ; son nom est peut-être né d'une légende qui voulait en attribuer la paternité au fils aîné de Moïse, Gerson, comme on croyait Moïse l'inventeur de récriture.

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