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Des gutturales

a) Aleph n'est qu'un léger éclat de voix ou spiritus lenis, il représente l'articulation la plus faible. En dehors des racines où il est radical, il sert k émettre une voyelle et k maintenir l'hiatus entre deux voyelles qui se rencontrent. Mais son rôle est bien plus amoindri en araméen qu'en hébreu et surtout en arabe ; il ne se maintient guère que comme première radicale, si on excepte quelques racines très faibles où il demeure comme deuxième ou troisième radicale. Il disparaît comme hiatus, dans la prononciation qui nous est indiquée par la tradition, quoique l'écriture témoigne d'un état plus ancien, § 56. Du rôle actif de porte- voix qu'il remplissait primitivement, il passe au rôle passif de signe voyelle ; il désigne notamment k la fin du mot les voyelles à é que l'hébreu et l'arabe qui lui conservent sa force de gutturale, notent par un hé 2.

b) Le % est la gutturale forte ou emphatique du même ordre,

Oramm. der ethiop. Spr., Leipzig 1857, p. 17. En tous cas, la classification proposée par Ewald (Lehrbuch der hebr. Spr., 7e édition, § 12). ne saurait être admise, quelqu'ingénieuse qu'elle soit, car elle suppose des transpositions de lettres que tous les documents s'accordent à démentir.

1. Les Syriens désignent les consonnes plus volontiers d'après leur qualité que suivant leurs organes. Barhébrœus dans son chap. 3 de la quatrième partie, t. I, p. 194, traite, il est vrai, des différentes places où les consonnes ont leur siège dans le gosier ou dans la bouche, mais sans donner, comme nous faisons, une appellation spéciale à celles qui appartiennent à un même organe.

2. L'écriture mixte que l'on trouve dans l'araméen biblique, se rencontre aussi dans les inscriptions palmvréniennes et nabatéennes et aussi dans ceUe de Carpentras, v. Nœldeke dans la ZeiUchr. d. D. M. G., t. XXIV, p. 87. On sent là une époque indécise, où l'on hésitait entre les deux gutturales les plus faibles.

aussi apparaît-il dans les permutations de consonnes comme renforcement d'aleph § 33 b. Son articulation diffère de celle-ci, en ce que le larynx se soulève en se contractant et exige un effort plus grand que pour celle d'aleph.

En dehors de son articulation naturelle, le *é syriaque (ou T'aïn hébreu) était-il susceptible d'une seconde prononciation dans laquelle, perdant sa force explosive, il devient fricatif, comme le gain arabe qui contracte le larynx sans le fermer hermétiquement et fait entendre un son rauque, au passage de l'air sur les parois de celui-ci ? Cette question surgit à la pensée que les Arabes distinguent par cette double prononciation deux racines différentes que l'écriture confond, comme ^ HJP être soucieux et chanter = ^^ et ^5-^, en outre les racines arabes ont tantôt un 'aïn tantôt un gain, quoiqu'elles ne diffèrent pas pour le sens de celles syriaques et hébraïques, comme : Jjj? joo £*«* à côté de <J£ j**> £~© = V^ ^^o va* >o^* f^| v©j, bxf TJD JDtt? ùbs *1PÎ JDX etc. A considérer avec quelle souplesse l'arabe se prête aux diverses nuances des sons et des formes, combien aussi il offre d'acceptions pour une même racine, ne serait-on pas tenté de croire que la distinction de gain du 'aïn fut une conséquence de cette grande variété qui naît de la fusion des dialectes, mais n'a rien de primitif? Ne pourrait-on pas admettre que le gain était une prononciation propre à quelque dialecte et qu'elle aura reçu droit de cité dans l'arabe à côté de l'ancien 'aïn ? On comprendrait dans cette hypothèse que le gain exprimât les acceptions secondaires ou figurées d'une racine, mais on s'expliquerait difficilement pourquoi des racines qui se retrouvent dans toutes les langues sémitiques avec le même sens, comme celles que nous venons de citer, fussent tantôt prononcées avec un 'aïn tantôt avec un gain, si cette double prononciation n'avait pas existé à l'origine des langues K Les articulations avec le temps s'usent, se rapprochent et se confondent, plutôt qu'elles ne se développent, se diversifient et se multiplient. En araméen, ce

1. L'éthiopien qui ponr les sons se rapproche de l'arabe n'a pas, il etf vrai, de gaïn, ce qui n'a rien d'étonnant vu l'état de confusion et d'altération des gutturales dans cette langue, mais il exprime souvent cette prononciation fricative an moyen du ^arm. V. Dillmann, Gramtn. der Mop. Spr., p. 37.

principe trouve une large application; nous aurons occasion de le constater souvent en traitant des autres consonnes. Au reste les Septante connaissaient cette double prononciation, à en juger par leurs transcriptions des noms bibliques, où aïn muet est rendu par un spiritus lenis et 'aïn fricatif par un gamma, comme "Ecou ItfJJ?, 'A£$(aç H^pP, mais Ygwiàç $a îTjfaÇ (j+*)} TiÇa njj ÏJè etc. Nous pensons que la prononciation fricative est secondaire et qu'elle exprimait surtout des sens figurés ; mais elle a dû exister déjà pendant la vie commune des langues sémitiques. Son effacement ultérieur dans le rameau du nord a pu contribuer a l'appauvrissement de ces langues. Avant l'ère chrétienne, elle existait encore, puisque les Septante en portent trace, mais elle avait déjà perdu la valeur étymologique que les Arabes lui ont conservée. Nous verrons en effet sous le chapitre suivant, que les modifications que les consonnes subissent, donnent en principe les divers sens que Ton peut dériver d'une idée; mais en araméen, comme en hébreu, elles deviennent ensuite purement euphoniques. On peut admettre que dès les premiers siècles de l'ère chrétienne toute distinction avait disparu entre les deux prononciations dans le nord, car la Massore qui au VIIe siècle s'occupe de ces questions paraît l'avoir complètement ignorée. Cette disparition explique pourquoi le karsounique exprime le gain arabe non pas par un V mais par un gâmal, voyez § 12. Elle est due sans doute a l'affaiblissement de cette gutturale qui, comme on sait, perd toute valeur dans certains dialectes, tels que le galiléen, le mandéen et le néo-syriaque.

c) Le hé est la gutturale continue faible ; elle se prononce par une légère contraction du larynx qui laisse libre le passage de l'air. Par la tendance qu'éprouve une explosive à s'aspirer et à devenir continue, s'explique la permutation des deux gutturales hé et aleph, qui cependant n'a guère lieu que d'une langue à une autre, voyez § 33 b. En syriaque, le hé ne fait fonction d'aleph que dans quelques pluriels où il maintient l'hiatus entre deux voyelles, comme ]ZoL^jL \Zol£\ .

d) Le fceth se prononce par la même position du larynx que pour le hé, mais en chassant l'air des poumons avec un grand effort De toutes les gutturales, c'est celle qui possède le plus de fermeté.

Les mêmes raisons qui militent en faveur de l'admission d'une double prononciation primitive du %i font supposer également une prononciatien fricative du freth à côté de sa prononciation aspirée, comme en arabe. Aux racines >oS« xiééN s^^s y>n Onf? nriB correspondent celles arabes <-r***- ^- J&, mais d'autres telles que a^« +*) ^^4 rjtofi *)p|K PQtD rappellent le hâ fricatif des racines.<wÀkÂ.^àJ ^J>. Une même racine renferme également ici deux sens différents distingués en arabe par le hâ aspiré et le hà fricatif : jà* "ifin = y^- creuser et j*à* être honteux, %£* 7DH = J-C^" ^re enceinte et J-c^- corrompre, *&» = V>^entourer et ^ coudre. Les Septante traduisirent cette double prononciation dans les noms propres : le fceth aspiré est exprimé par un spiritus lenis, ainsi : PI3O Eua (c5**)> PÇPP- ^aa*x (d^^), mais le fceth fricatif, par un chi, comme : btT] *P«X^X (jÀ^D^n XwprfjjS (vyw) !. Cette double prononciation du fceth se retrouve encore en néo-syriaque, quoique la prononciation fricative tende à se généraliser (Nœldeke, Neu-syr. gramrn. § 26). En syriaque elle a dû disparaître en même temps que celle du V, car en karèounique, le l?a fricatif est rendu par le kaph syriaque.

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