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II. Du SYRIAQUE LITTÉRAIRE

Déjà avant l'ère actuelle, Edesse apparaît comme le centre d'une grande civilisation ; elle a ses dy nastes et frappe monnaie2. Elle était donc bien préparée pour recevoir la nouvelle religion, le christianisme, auquel, suivant une tradition constante, elle se convertit, elle et ses rois, dès le premier siècle. Les contrées adjacentes, au contraire, comme Harran, demeurent encore longtemps vouées au paganisme; le christianisme n'y fait des progrès sensibles que lorsqu'il est la religion reconnue par l'état romain et qu'il combat avec les armes du gouvernement. A ce moment, la version des Écritures dite P'Sijtâ, faite a Edesse vraisemblablement au second siècle, a acquis toute Pautorité

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1. Cette ponctuation qui imite celle de >c?| D"ttt, s'écarte de la prononciation vulgaire DT\H conservée par les massorèthes hébreux; v. Noeldeke, ZeUschr. der D. M. G., XXV, p. 1 18. Les Nestoriens ne font aucune distinction et s'en tiennent dans tous les cas à la forme primitive; v. Barhébrseus, Œuvres grammaticales, I. 19, 16.

2. V. La chronique d'Edesse dans Assemani, Biblioth. orientale, I, p. 387; J. P. N. Land, Anecd. syr., I, p. 64.

d'un livre ancien, et elle ne dut pas peu contribuer à assurer la suprématie du dialecte édessénien, comme langue littéraire K

Ëdesse devient, dès lors, le foyer qui rayonne sur toute la Syrie chrétienne, non-seulement sur les provinces romaines, mais aussi sur les contrées limitrophes du Tigre soumises aux Perses. L'école persane est même une des plus illustres dans cette ville. Malheureusement l'esprit de rivalité qui anime les deux fractions du peuple syrien est surexcité par les schismes qui se produisent dans le sein de l'Eglise; les Persans se prononcent pour le nestorianisme, tandis que les Edesséniens se rattachent à la doctrine monophysite. La lutte aboutit à l'expulsion d'Edesse des Nestoriens et a la destruction de leur école, en 489, sur l'ordre de l'empereur Zenon et à l'instigation de l'évêque d'Edesse, Kyr. Les Nestoriens fondent une nouvelle école a Nisibes et les deux principaux dialectes qui avaient mené une vie commune a Edesse, sont définitivement séparés et suivent leur voie à part pour l'exégèse des Écritures. De là, une double tradition ou m assoie : celle des Monophysites ou Jacobites, et celle des Nestoriens; les premiers sont désignés aussi sous le nom d'Occidentaux, et leur dialecte est dit l'occidental, le mésopotamien ou l'édessénien; les seconds sont appelés quelquefois les Orientaux, et leur dialecte est dit l'oriental ou le nisibite.

Dans la Syrie antérieure, en deçà de l'Euphrate, le christianisme s'étant développé dans des milieux où dominait l'élément grec, comme Antioche, l'idiome vulgaire ne s'éleva pas à la hauteur d'une langue littéraire. Ce n'est que plus tard, lorsque la nouvelle religion se fut généralisée et jouit de la protection du pouvoir civil, que le syriaque ecclésiastique fut cultivé dans les couvents autour d'Àntioche et d'Alep. L'édessénien devint alors la langue savante non-seulement des Jacobites, mais aussi des Melkites et des Maronites, en un mot, des Syriens occidentaux.

Cependant les Judéo-chrétiens, relégués au-delà du Jourdain dans la Pérée, s'étaient soustraits à l'influence grecque et se servaient de leur idiome araméen pour les pratiques du culte.

1. C'est au sixième siècle seulement (508), qu'à côté de la P'âifta prend place chez les Jacobites la version du nouveau Testament dite la Philoxénienne; mais chez les Nestoriens, celle-là demeure seule et «ans rivale.

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Il naît dans ce cercle étroit une littérature ecclésiastique, dont il nous est parvenu un évangéliaire dans un manuscrit de la bibliothèque du Vatican et divers fragments (notamment quelques psaumes, des hymnes religieuses, des parties de l'ancien et du nouveau Testament), conservés dans la bibliothèque du British Muséum et dans celle de Saint-Pétersbourg f. Ce dialecte est désigné sous le nom de christo-palestinien ou syropalestinien; il occupe une place à part dans le groupe araméen et demeure en dehors du syriaque proprement dit.

Le syriaque littéraire ne comprend donc que deux dialectes, l'occidental et l'oriental, dont les différences, a peu près nulles au point de vue de la forme des mots et de la syntaxe, portent principalement sur la prononciation et la ponctuation. Ces différences sont ou dialectales, comme celles qui concernent les consonnes et les voyelles, v. ci-après §§ 25, 39, 44 et suiv., 116, 134; ou grammaticales, comme celles des signes diacritiques et des accents, §§ 143 à 154, 162 et suiv.

L'ère florissante de cette culture littéraire se prolonge jusqu'au 8e siècle; pendant cette période, le grec sert de modèle et exerce une influence prépondérante sur le syriaque: une foule de mots nouveaux pénètrent dans la langue savante, v. ci-après, p. 138, note 2. Ces mots étrangers se distinguent de ceux qui ont passé antérieurement dans la langue vulgaire, en ce qu'ils sont reçus avec leur forme originale et leurs désinences, v. § 280 ci après; c'est surtout dans les traductions qu'ils abondent. Mais, 8il'on excepte les versions littérales, comme l'Hexapla syriaque et l'Héraqléenne, la syntaxe demeure foncièrement araméenne et ne porte trace de l'influence grecque, que d'une manière toute superficielle, comp. §§ 301a, 320 A, 405, 411a.

L'exégèse des livres saints engendre la grammaire syriaque qui devient l'objet de travaux importants aussi bien dans les écoles jacobites, que dans les écoles nestoriennes, v. § 164 ciaprès.

1. Le manuscrit du Vatican a été publié par M. le Comte Miniscalchi Erizzo à Vérone, T. I, 1861, T. II, 1864; cette publication a servi de base au travail de M. Nœldeke sur ce dialecte, paru dans la Zeitschr. der D. M. G,, XXII, p. 443 et suiv. Les fragments de Londres et de Saint-Pétersbourg se trouvent dans le 4e volume des Anecd. syr. de M. Land, p. 103 à 224, comp. l'analyse critique, p. 177 et suiv.

Le 8e siècle met fin à cette ère de progrès. La Syrie, tombée aux mains des Musulmans, reçoit leur langue avec leur autorité; les troubles qui agitent la Mésopotamie et la Syrie, désorganisent les institutions les plus prospères; les écoles sont délaissées et la tradition s'efface; les études émigrent dans les couvents et les cloîtres. C'est alors qu'on sent le besoin de fixer la lecture exacte des textes sacrés en notant les voyelles et les lettres quiescentes; c'est l'époque des travaux importants des moines Karkaphiens chez les Jacobites, v. ci-après §§ 71 et 73.

Cependant le 10e siècle voit éclore une renaissance littéraire qui est comme le contre-coup de la culture scientifique de l'Iraq arabe; ainsi, après avoir été les initiateurs des Arabes aux sciences philosophiques, les Syriens subissent l'influence de la civilisation de ces derniers. Le syriaque demeure la langue classique, à côté de l'arabe, la langue usuelle. Cette restauration a pour centres : chez les Jacobites, les couvents des environs d'Edesse, de Mélitène et du Tour 'Abdin au nord de Mardin; chez les Nestoriens, Nisibes, Tagrit et les provinces au-delà du Tigre. Un certain nombre de Jacobites se mêlent dans ces provinces aux Nestoriens et forment l'école mixte, où se confondent les deux traditions, v. § 71.

Ces derniers temps sont marqués par de nombreux exégètes et grammairiens qui, en ce qui concerne la grammaire, reflètent les doctrines des célèbres écoles arabes de Basra et de Coufa. Le plus illustre est, au 13e siècle, le primat jacobite Barhébraeus. Ses prédécesseurs jacobites ou nestoriens, n'avaient traité que des parties spéciales de la grammaire1; Barhébrœus dans une œuvre de première valeur, nous a donné un système complet où sont signalées les principales différences des traditions et des dialectes syriaques. On peut lui reprocher, cependant, de suivre trop servilement les divisions des grammairiens arabes, v. la liste des termes techniques, à la fin de Pouvrage.

1. V. Syrische Qramm. des Mar Elias von Tirkan, herausgegeben und fibersetzt von Friedrich Baethgen, Leipzig 1880, chap. 18; et Œuvre* grommaHccdes d'Aboulfetradj dit Barhébrceus, éditées par M. l'Abbé Martin, Paris, Maisonneuve, 1872, T. I renfermant la grande grammaire, T. II, comprenant la grammaire métrique et un traité en vers des mots ambigus. Dans sa grande grammaire, p. 1, 1. 18, il parle de compléter les travaux de ses devanciers; p. 7, 1. 24, il qualifie de prémices les règles qu'il établit.

Ses grammaires servent de modèle k celles qui sont rédigées dans la suite; les Maronites, notamment Âmira, leur empruntent la plupart de leurs règles.

On trouvera dans la première partie de cet ouvrage les principaux points de l'histoire de la grammaire chez les Syriens.

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