III. Des dialectes populaires
Le syriaque vulgaire était divisé en trois dialectes principaux; voici un passage de Barhébrœus où cette division est clairement établie : c On doit savoir que le syriaque plus que toute autre langue a subi un mélange important, en se répandant et en se propageant dans des contrées lointaines. Cette altération Ta affecté k ce point que ceux qui le parlent ne s'entendent pas entre eux, c'est-k-dire, les Syriens, les Palestiniens et les Orientaux. Le dialecte de ces derniers, plus que ceux des deux autres, est tombé dans une grossière barbarie et se rapproche du Chaldéen avec lequel il a beaucoup d'affinité». Suit un parallèle où la supériorité du dialecte mésopotamien ou édessénien est exaltée, au détriment du dialecte oriental ou nestorien !.
Il y a tout lieu de croire qu'il n'est question dans cette citation que des dialectes en usage chez les populations chrétiennes et que le mot Palestiniens désigne les Judéo-chrétiens de la Pérée dont nous avons parlé plus haut, ainsi que les chrétiens du Liban et de Damas. Dans plusieurs passages de sa grande grammaire, Barhébrœus se réfère évidemment aux livres saints des premiers : p. 31, 1. 10, il parle de la P'àiftâ palestinienne; p. 73, 1. 25, il indique une écriture propre aux anciens Palestiniens. Mais dans d'autres endroits, p. 66, 1. 11 et p. £06, 1. 23, il signale des différences de la prononciation palestinienne qui peuvent être communes k la Palestine et au Liban. Nous n'avons aucun document ancien de cette dernière localité, qui nous permette de juger jusqu'k quel point le syriaque qu'on y parlait,
1. V. (Euvr. gramm. II, p. 5, commentaire. Barhébrœus reproduit cette division presque dans les mêmes termes dans son Histoire des dynasties, éd. Pococke, p. 16; comp. Journ. asiat., 1835, p. 214, et Renan, Histoire des langues sémitiques, 4° éd., p. 273. Mais quand il parle du syriaque littéraire, il ne distingue que deux traditions, celle des Occidentaux et celle des Orientaux, v. (Euvr. gramm. I, p. 1, 1. 18.
différait de l'araméen palestinien. On sait seulement qu'il formait, comme celui-ci, la troisième personne masc. de l'imparfait au moyen de la préformante youdh, au lieu du noun propre à l'araméen oriental. Les renseignements que nous ont fournis quelques relations de voyage sur l'idiome parlé encore à Ma'loula au nord de Damas, sont insuffisants pour porter un jugement plus étendu '. On devra attendre, pour en parler plus sciemment, la publication des textes que MM. Socin et Prym ont recueillis pendant leur séjour à Damas.
Le mésopotamien occidental était répandu dans les villes de Syrie depuis l'Euphrate jusqu'à Mardin. On peut dire que chaque grand centre présentait des particularités dialectales; Barhébrseus en cite de Mélitène2, de Samosate3; d'autres, de Harran4. Cependant l'influence qu'exerça l'édessénien comme langue littéraire, dut effacer progressivement ces nuances, et ce dernier dialecte est indiqué comme étant non-seulement celui d'Edesse, mais aussi celui de Mélitène, de Mardin et des environs de ces villes 5. Après même que l'usage de l'arabe se fut répandu dans la Syrie, le syriaque subsista comme langue vulgaire k côté de la nouvelle langue, surtout dans les montagnes du Kourdistan. On le parle encore, de nos jours, dans cet ancien plateau situé au nord de Mardin et de Nisibes et si célèbre autrefois par ses nombreux couvents, auxquels il doit son nom de Tour 'Abdin, Montagne-desservitwrs. MM. Prym et Socin sont les premiers qui nous aient donné sur ce néosyriaque des renseignements importants, propres a le faire connaître 6.
Le dialecte oriental des provinces du Tigre comprend également plusieurs variétés. Le plus pur était celui de Nisibes, à droite du Tigre, le plus mélangé, celui de Bèth-Garmai ou des
1. Sur ce dialecte, v. Zeitschr. der D. M. G. XXI, p. 183 et suiv. et Journ. asiat., 7e série, XIII, p. 456.