V. Notamment l'édition de Bar'ali par M. Hoffmann
51. Des diphthongues. Les diphthongues ordinaires en syria que sont les trois suivantes : ai, ai, au chez les Occidentaux, ai, ai, du chez les Orientaux, ou suivant leur ponctuation **7 «-•" o7 chez les première, et ^; <-*•* o* chez les seconds; ai est composé de a aigu et i, ai de a obtus et %, au de a aigu chez les Occidentaux, mais a obtus chez les Orientaux et de ou. Cependant il est généralement admis que les Nestoriens ne prononçaient plus la diphthongue au qui s'était contractée chez eux en o, comme dans le néo-syriaque oriental J. Cependant la seule différence d'écriture que nous venons de constater pour cette diphthongue entre les Syriens occidentaux et les Syriens orientaux n'autorise pas k admettre qu'à l'époque de cette écriture, vers la fin du VIIIe siècle, au était déjà prononcé o par les derniers. Ce serait se faire illusion que de considérer le z'qâphâ 1 qui précède le waw comme un signe de la prononciation o, car il n'a cette valeur que dans le dialecte occidental, a long étant devenu a obtus chez les Orientaux, comme nous l'avons dit plus haut. Si ceux-ci avaient prononcé o, ils se seraient servis du signe de cette voyelle, c'est-à-dire du point au-dessous du waw, comme les Massorètes hébreux s'en servirent pour le bolem. Or cette ponctuation ne se rencontre que dans les manuscrits de la basse époque; et non pas encore au temps de Barhébraus qui fait parfaitement la distinction dans sa Grammaire métrique (éd. Bertheau, p. 4> éd. Martin H, p. 7) : «Les Orientaux, dit-il, marquaient de z'qâphâ le waw des mots 1$aJ t*<ndL»] ^»<nonSv>; ce qu'ils ne faisaient pas pour les mots yooi vouç =. va6ç, (oi*\ Zenon2, tandis qu'eux Occidentaux ne se servaient pas du z'qâphâ pour les premiers mots, mais
1. Sic Ment, Qramm. syr., p. 42, § III; Nœldeke, Mand. gramm., p. 21, note 3 et Neusyr. Qramm., p. 12; Abbé Martin, Syriens orient, et occident., p. 453. lies juifs ne prononçaient plus la diphthongue au, mais elle s'est encore maintenue dans le dialecte syriaque de l'Anti-liban, en mandéen (Nœldeke 1. c), en arabe vulgaire et en éthiopien (Dillmann, Aelhiop. Gramm., § 39) malgré sa tendance à passer en o; comp. Zeitschr. d. D. M. 0., XXIV, p. 94, note 1.
2. M. Bertheau dans son édition p. 95, explique la différence de ces prononciations et dit que les Nestoriens articulaient sûrement nousâ et ânoun, ce qui est non moins sûrement faux; au, w et o grecs étaient prononcés par les Syriens o et transcrits par les Occidentaux au moyen du z'qiph* o et par les Orientaux au moyen du point supérieur ô, y. § 70.
bien pour les seconds. » Admettre que z'qâphâ comme signe de la diphthongue, était prononcé o, tandis que comme signe de voyelle il avait le son d est une pure fantaisie qui ne repose sur aucun fondement *. On objectera, il est vrai, que dans quelques noms cette ponctuation répondait à un o grec, comme tAtfo* = luxrfyp du nouveau testament, mais la diphthongue au appartient étymologiquement à ce nom sémitique et apparaît également chez les Jacobites **wqï ou **»o* 5 et on sait que les noms sémitiques qui figurent dans le nouveau testament, reprennent dans les versions syriaques leur forme sémitique.
On doit donc admettre que les Nestoriens prononçaient cette diphthongue çlu avec a obtus, comme ai répondant k celle àt des Jacobites, quand elle était suivie d'une consonne, l&ai yâumâ, et qu'ils la décomposaient en aie, quand elle était suivie d'une voyelle, comme |^&^ sldwdthâ. Barhébrœus, signalant la différence qui séparait les Orientaux des Occidentaux dans leur manière d'écrire cette diphthongue, non seulement ne dit pas qu'ils se distinguaient d'eux par la prononciation, mais il remarque que le waw vaut comme consonne I^éSo ojo, c'est-kdire qu'il n'est pas simplement mater lectionis, ce qui aurait été le cas si les Orientaux avaient prononcé 0; voici ses paroles qui méritent d'être citées (Œuv. gr., I, p. 229, 1. 2i et suiv.): « Toute lettre qui précède waw consonne (litt. waw articulé 2)
1. M. l'Abbé Martin (Syrien* orient, et occident., p. 453) pour appuyer cette théorie dit 1° que c'est k cause d'une telle prononciation que z'qàpha a pu être emprunté par les Occidentaux aux Orientaux pour noter leur o (a long primitif), mais nous avons vu § 45 que cet o se rapprochait assez de a pour qu'on pût lui donner le signe de cette voyelle, comme en effet Jacques d'Edesse la notait par aleph ; il était tout naturel au surplus qu'en empruntant les points-voyelles, les Jacobites leur conservassent leur valeur grammaticale. La deuxième raison qu'il donne est que les Nestoriens prononçaient quelquefois a long comme o, ce qui n'est nullement prouvé, comme nous l'avons dit sous le paragraphe 48. Sa troisième raison que les Néo-Syriens possèdent une prononciation analogue, n'est pas plus concluante, puisque cette prononciation n'a lien qu'avec des consonnes assombrissantes, v. le même paragraphe. Dire enfin que le son a du z'qaph& «n'est peut-être pas le son primitif, mais qu'il y a eu déviation et transformation de o en d», n'est pas soutenable quand il s'agit de a long primitif.
2. s^*Vfc° dans ce sens est opposé à V*i*£> absorbé, comp. Barbébneus, I, p. 242, 1. 24 et suiv.
prend chez nous p'th&frâ et chez les Orientaux z'qâphâ, que ce waw soit quiescent, comme dans ^oioà-»J . . . etc., ou qu'il soit mû, comme dans *-*o» ... Il faut en excepter quatre noms qui ont chez eux comme chez nous p'thâ^â devant waw-consonne quiescent, ce sont V*o* U°<" û°9 et V*o» » !. Dans ces mots qui sont des participes de verbes intransitifs avec a primitivement bref, les Nestoriens prononçaient a aigu, tandis qu'avec a obtus ces mots donnaient un autre sens. Barhébraeus ajoute que malgré ces différentes écritures, leur prononciation restait la même, ce qui s'explique par ce que le waw n'étant pas redoublé, ce grammairien ne savait plus distinguer a de à dans la bouche d'un Oriental, v. § 79. En effet la double prononciation du et ou, possible dans le dialecte oriental, ne l'était plus dans le dialecte occidental, puisque â étant devenu o, z'qâphâ devant waw n'indiquait qu'o simple comme *jpof£s = raipoç. Au contraire les Nestoriens, comme nous l'avons dit, ne se servaient jamais, pour représenter o grec, de z'qâphâ mais du point audessus du waw. Mais que penser d'une ponctuation où le waw était en même temps précédé de z'qâphâ et accompagné d'un point supérieur ou inférieur, comme dans l'édition de Bar'ali par M. Hoffmann, ]£âL gîte n° 5510, \±â{ gué n° 2821, ^oi qui perd n°2821 ? Nous pensons que dans le manuscrit, relativement jeune (1557), qui a servi k cette édition, le z'qâphâ représente l'ancienne prononciation; le point supérieur ou inférieur aura été ajouté plus tard, lorsque la diphthongue eut passé en la voyelle o, ou; il y a là évidemment les signes de deux prononciations successives.
Enfin un dernier argument qui nous paraît décisif en faveur du maintien de la diphthongue au chez les Nestoriens jusqu'à leur décadence, est la non-aspiration d'une des muettes h.^or^> après cette diphthongue, comme après la diphthongue ai, v. § 121. Il est en effet tout à fait exceptionnel que la muette ne s'aspire pas après la contraction de la diphthongue, comme dans le pluriel |iiâ maisons, hébreu BPFQ comp. ci-dessus ]Zqjd ; l'aspiration dans ce cas est de règle, comp. £-*£> de !*-*£>, +>) pron. àkh etc.
1. 11 faut ajouter le cas où a final se contractait avec la voyelle ou an pronom ©<", comme* ©<" l*&, v. § 109.
52. En dehors de ces trois diphthongues ai ai au, les Syriens en connaissaient-ils d'autres?
La diphthongue oui naît de la suffixation du pronom de la troisième personne masc. sing. k un nom ou à un verbe, comme ^aiQ-o) aboui, son père, ^01-0^4-0 îh le tuèrent. Mais elle est limitée à ces cas, moins fréquente qu'en hébreu. Le mot <-*o©5 riboui dont se servent les grammairiens maronites du Liban pour désigner les deux points du pluriel n'est pas syriaque; il a été emprunté k la terminologie des grammairiens juifs !.
53. On s'est demandé si les Syriens prononçaient comme nous la diphthongue eu (v. Merx, Gramm. syr., p. 43 adnot. 2). Le concours de ces deux' voyelles dans une syllabe est rare en syriaque. H naît notamment de la suffixation du pronom personnel dans les verbes, comme ^otou^ûJ ou de la contraction du pronom om avec un ê qui précède, comme ooila|. Prononçait-on rièqreu z'Jdieu ou neorèw z'khew ? La même question se pose quand t précède waw dans les formes verbales, comme ^qio»Nftm; doit-on prononcer rièqt'liw ou rièqt'liou? Les moines karkaphiens ponctuaient, comme pour les autres diphthongues, en rapprochant les signes des deux voyelles de la manière suivante om<)£] ou en les plaçant de gauche k droite ^oioi^aj ^oinlNfrni 2. Mais si cette notation vise une diphthongue, elle ne tranche pas en faveur d'une prononciation eu, iou, ou d'une prononciation eic, iw, car les Grecs qui servaient de modèle, prononçaient ew, iw leurs diphthongues eu, iu. La question n'a au fond qu'une im-
1. En syriaque cette diphthongue ne se maintient pas dans le corps du mot, v. § 104, 3°. Mais en palmyrénien (v. n° 15 et sans doute n° 16 du recueil de M. de Vogué), on la rencontre dans le mot singulier KiTIfiO venue (v. Nœldeke dans la ZeitscJir. d. D. M. (t., XXIV, p. 94 et Merx dans id. XXII, p. 677 et Gramm. syr., p. 132). Ce mot se trouve encore avec ce sens, [^]£a2^[3i]2>-*okIû© lors de sa venue (de Jésus) vers nous, dans un des hymnes syro-palestiniens publiés par M. Land dans ses Anecdota syriaca, IV, p. 197 du texte 1. 15 de la 26 col.
2. V. Merx, 1. c. et Abbé Martin, Syriens orient, et occident., p. 398 -, Wright, Catal., p. 112 a et 113a; comp. G. H. Bernstein, Dos heUige Evangelium des JoJiannes, p. IX, qui veut voir dans la ponctuation ^oiOéNfr ni une prononciation plus ancienne et plus pleine que ^qiOè\ft ni. Nous croyons que la prononciation était la même, mais la première ponctuation voulait être plus exacte et indiquer que le waw notait pas quiescent.
portance secondaire, et, k défaut de preuves contraires, on devra s'en tenir k la prononciation reçue ewy iw K
54. Des demi-voydies ou voyelles furtives. Ce serait une erreur d'induire' de l'absence des semi-voyelles dans la Massore syriaque et du silence des grammairiens, que l'araméen était trop lourd pour distinguer ces nuances délicates de voyelles, que les Massorètes hébreux ont notées au moyen de leur ê'wâ mobile, simple ou composé. Non seulement la composition de la syllabe suppose nécessairement l'existence d'une semivoyelle, espèce de «ouvert que nous notons dans le transcription des mots par une virgule, mais cette demi-voyelle était ellemême susceptible des diverses nuances à è où, quand elle se prononçait avec une emphatique, gutturale ou palatale. Les voyelles adjuvantes qui facilitent la prononciation de deux consonnes qui se suivent sans voyelle propre, celles qui servent en poésie k compléter la mesure des vers ne sont que des voyelles furtives qui dans certains cas ont pris l'ampleur d'une voyelle pleine. On s'explique de même la présence d'une voyelle qui apparaît devant une liquide ou une gutturale, quoique étrangère k la forme du mot, comme o-çôfô? pour ooô^oô2, oé>iviS pour n-iviN 3, ssajàte pour ssom^û * . Le S' wâ était noté autrefois d'une manière régulière par un point au-dessous de la consonne, v. § 65. Nous verrons sous les §§ 98 et 143 k 147 dans quels cas ces demi- voyelles existaient et faisaient sentir leur influence sur la prononciation des mots.