‹ Traité de grammaire syriaqueChapitre 49 sur 209 · St-Ephrem, Op. syr., I, p · texte numérisé non relu

St-Ephrem, Op. syr., I, p

2. V. Abbé Martin, La Massore chez les Syriens dans le Journ, Asiat. 1875, 1er sem., p. 92. On ne saurait être surpris de trouver établi l'usage du point diacritique à cette époque, puisqu'au deuxième siècle déjà le point du ris sert à distinguer cette lettre du dâlath dans les inscriptions de Palmyre.

diphthongues ai ai au étaient considérées comme voyelles hautes et se distinguaient de cette manière des voyelles i, ou, ij^j chasseur, |£-»j-o leçon, **è% celle-là, dan celui-là, pron. sayyâdhâ, q'râitâ, hâi, hau, mais J^ chassé, |à-*fo poutre, *-*<* elle, o« lui, pron. §idhâ, q'rithâ, hi, hou. Tel est ce point dans sa simplicité originaire : il a une valeur phonétique et non pas seulement conventionnelle ou diacritique. Il était cependant insuffisant, car deux mots de même forme pouvaient avoir chacun une voyelle haute ou basse comme là-v© qui prononcé bàryâthâ signifie créées, et bâryâthâ a le sens de créantes; fs| était susceptible de quatre prononciations : émar (chez les Occidentaux imar) je dirai, emar il a dit, amar il a rendu amer et emmar agneau.

65. Ce système de ponctuation reçut alors un développement nécessaire, où le principe de la distinction des voyelles suivant leur timbre fut tempéré et modifié par celui de l'analogie et de l'antithèse. Un mot avec un suffixe reçut la même ponctuation que le radical, malgré le changement de la voyelle, ainsi 1,-q^ esclave, et les noms de cette forme avaient le point inférieur comme leur radical r£^, de même V*?£> pleurs, po^ songe avaient le point sous la deuxième radicale, parce qu'ils étaient formés de 5o£* Va© . po^ crime eut le point inférieur malgré la diphthongue par antithèse a la forme plus lourde pô^ criminel, car une diphthongue se décompose facilement en voyelle basse, état absolu W; |^ nouveau a le point en bas du feèth comme venant de *i* où la gutturale a un S'wâ ou e ouvert, tandis que le féminin )ijm nouvelle a par antithèse le point en haut, l'état absolu étant IV (v. Barhébneus, I, p. 242, 1. 2).

Souvent en effet on indique par un point inférieur le ô'wâ mobile pour le distinguer d'une voyelle pleine appartenant a une autre forme, ainsi V&.0 opposé a V&x^ ^o^o devant ou ^o,-© précéder, mais ^opO préposer, >anio être debout, ov>*nv> constituer; le mot îo& quelque chose a le point supérieur pour avertir que le premier mim a une voyelle pleine et non pas un ô'wâ. Il devint aussi de règle de marquer d'un point supérieur la consonne 1, quand elle devait être articulée et d'un point inférieur quand elle cessait de l'être, p) ,^ p|* moi, /agis *.

1. V. Barhébneus, I, p. 245, 1. 20. Analogue est le point au-dessus d'akph dans quelques manuscrits nestoriens, pour marquer que cet aleph

66. A ces extensions du point diacritique se rapporte le double-point du pluriel et du m'pagg'dhânâ.

Toutes les fois que le pluriel ne se distingue pas du singulier comme jnNvt qui prononcé malkâ signifie le roi et molké les rois, on met deux petits points horizontaux au-dessus de Tune des consonnes du mot au pluriel VnSso mcdké. Mais cette règle est susceptible de diverses applications qui méritent d'être traitées k part. Voir chapitre XXIII ci-après.

67. Quant au double point appelé m'pagg'dhânâ, Pr^aio qui refrène ou retient, il avait pour objet de distinguer la troisième personne fém. sing. du prétérit ^Nfro de la deuxième qui avait le point supérieur à^fc-o et de la première qui avait le point inférieur à^^-o. Cette ponctuation prouve que Va de qètfath s'infléchissait dans la prononciation vers le son de è et formait une nuance intermédiaire qui était refrénée, maintenue entre à, è. Jacques d'Edesse qui avait classé les consonnes en épaisses, tenues et moyennes, v. § 18, renouvelle cette division pour les voyelles dans un fragment publié par M. l'Abbé Martin à la suite de la lettre sur l'orthographe, § II, p. o (comp. éd. Philipps, p. ,-»). Le point en haut suivant lui désigne une voyelle épaisse, le point en bas, une voyelle tenue et le m pagg'dhânâ une voyelle intermédiaire i. Cette prononciation infléchie était commune aux Nestoriens, quoiqu'ils ne fissent pas usage du m'pagg'dhânâ, car ils se servaient dans ce cas des deux points de la voyelle è ASDn. Le syro-palestinien employait aussi ces deux points pour distinguer un e intermédiaire entre a et t (v. Nœldeke dans la Zeitschr. d. D. M. <?., XXII, p. 452) 2. Le

doit avoir la force d*un hamza par réaction contre la prononciation de cet aleph comme youdh, prononciation qui s'était généralisée chez les Jacobites, § 104, ainsi $c\9 ^V* qà'eni, Sa'el et non qâyhn, èayhl; de même en hébreu }#?* et ^tf"J pour mettre en garde contre une prononciation vulgaire yabiyou, rouyou, contra Ewald, Abhandlung., p. 89, § 42 et Lehrb. d. hebr* Spr., § 21 e. De même le <* suffixe de la troisième personne fém. sing. porte le point en haut pour indiquer que cette gutturale a toute sa force j ce point répond' au mappiq hébreu.

1. Cette division montre que Jacques avait encore le sentiment de 1» valeur phonétique du point usité pour la notation des voyelles.

2. C'est à cause de cette tendance de à à s'infléchir que cette voyelle

est appelée ïr^05 par le grammairien Jacques de Tagrith ou de Mar

m'pagg'dhânâ servit quelquefois aussi k distinguer le féminin singulier des noms k l'état construit, comme IV via, -?snSv> maikciïh k'mâyâ, la reine des deux (Ewald, AbhancU., p. 102, § 57). Mais il fut étendu ensuite aux cas où il y avait lieu de distinguer une troisième prononciation d'un mot, dont le point supérieur et le point inférieur indiquaient deux premières formes, alors même que cette troisième prononciation n'était pas phonétiquement l'intermédiaire entre les deux autres, ainsi : )^o bâré, créant, )+£> b'rà, il créa, |fé b'ré, créé; \io\ audé,je confesserai, )*?) audà, confesse, l?ç) oudhâ, tison; on distinguait ainsi : \Z) il vint, \±\je viendrai, )Z) signe; fio\ il dit, jio| je dirai, fio| il a rendu amer; V^l gémissement, V^l gémissante, \^\ qui fait gémir etc. (Barhébreus I, p. 245, 1. 21 et suiv.); z^omanou, qui est-ce se distinguait par le m'pagg'dhânâ de aliô mânou, qu'est-ce, qui avait le point supérieur (id. p. 245, 1. 18). D'autres fois une troisième forme se distinguait de deux autres par l'absence de points, ainsi : ++& sans point- voyelle se prononçait b'râkh, génuflexion, tandis que ^o b'ràkh signifiait il s'est agenouillé et tj£> barekh, il a béni. Le nom du prophète Elie V^l se distinguait des trois autres prononciations que nous avons indiquées par l'absence du point (id. p. 245, 1. 5 et suiv.).

68. La réforme grammaticale de Jacques d'Edesse porta principalement sur la position des points sur les mots, k en juger par sa lettre sur l'orthographe ; il écrivit sur ce sujet des traités de points |ôLlûa? lifas auxquels Barhébreus renvoie dans sa grande grammaire (p. 246, 1. 17). En principe un mot ne recevait qu'un seul point dont la position au-dessus ou audessous, en avant ou en arrière de la consonne n'avait rien d'arbitraire, quoiqu'en disent les grammairiens des derniers siècles qui ne s'expliquaient pas les anomalies apparentes de cette prononciation (v. Barhébreus, p. 245, 1. 2 k 10). Il régnait cependant une certaine latitude sur le choix de la conponne auprès de laquelle on mettait le point, quand il ne devait pas en résulter de confusion, ainsi V&*o ou a^fro recevait indifféremment le point sous l'une des trois radicales; le participe

Mathai (v. les passages cités par M. l'Abbé Martin dans Syrien» orient, et <*xidenL, p. 439 et La Matsore chez le» Syriens, p. 153), et que les Nestoriens la notent par un point haut et un point bas -f~.

pa'el ,^fr avait le point au-dessus du mim, parce que ce verbe ne formait pas d'aph'el, mais *n-mio avait le point au-dessus du semkath, parce que ce verbe avait raphfel ?oumio (Barhébrœns, p. 245, 1. 11).

Les deux points du m'pagg'dhânâ étaient d'abord restreints k quelques mots ambigus; mais dans les verbes il eut une application bien plus fréquente, parce que les formes sont plus nombreuses que pour les noms. On ne se fit donc pas faute de marquer de deux points deux voyelles d'un même mot, toutes les fois qu'il paraissait nécessaire de le faire, ainsi ^JLàz] Wipanni, ûfut répondu, sJiZ) Uhpannâi, sois répondue, par distinction de naIsZ) Wvp'ni, û s'est retourné (Barhébraeus, p. 246, 1. 7).

On finit par établir de cette manière des règles complètes dont voici le résumé :

Prétérit 3e pers. sing. masc. V^o avec faculté de porter le point sous la deuxième ou la troisième radicale.

3e pers. sing. fém. KNfto, quelquefois l'un des deux points est omis.

2e pers. sing. fvNfto, fém. ^N&n.

lre pers. sing. l\\ln.

Le point peut également avancer près de la deuxième ou de la troisième radicale.

Les personnes du pluriel ont le point inférieur, excepté la deuxième qui n'en a pas.

Le futur a aussi le point inférieur ^olL^oz \afrqi %&&£ %nNftni, excepté la première qui, par analogie du parfait, a le point supérieur \a^ô|'*.

De même l'impératif %o^û ol^a^? x] l'infinitif \4^oi ; le participe passif Vé^jd. Le participe actif a le point supérieur ,M-^.

La forme pa'el se distingue de p"al par le point supérieur; il prend le second point assez souvent : VjLô ou Vfc-s, >oaûlo> ycuà*.

Par antithèse aph'el, comme forme moins forte, a le point inférieur Và*o|* >oa£|7 xunsn mais >ûûlo, participe passif, par

distinctif de >qûlo infinitif p"al.

1. Il faut se garder de confondre avec ce point celai du pouqdaniqai appartient à l'accentuation métrique, § 171, 2° et qui est un point supérieur en tête d'un impératif.

Les formes passives suivent les mêmes règles : VfcLoZ)* \4-oZ)*\

69. Cette extension du point dans les verbes et les noms est propre aux Occidentaux et ne remonte guère au delà du VIP siècle K Jacques d'Edesse, comme nous l'avons déjà dit, 7 contribua pour une large part et ses successeurs continuèrent sa tâche d'après les règles qu'il avait posées. Quelqu'incomplet et ardu que fût ce système développé, les Occidentaux ne s'en départirent pas, même après l'introduction des voyelles grecques ; car l'usage de ces voyelles ne fut jamais assez général pour évincer l'emploi du point.

Les Nestoriens, au contraire, s'en tinrent k l'ancien procédé plus sobre, en vigueur avant leur séparation des Jacobites. La raison en est qu'au lieu d'étendre l'usage du point distinctif dans le sens de ceux-ci, ils en tirèrent un nouveau système bien plus régulier et plus précis, en cherchant une combinaison de points propre à chaque voyelle.

Le point distinctif des voyelles conserva donc mieux, chez eux, sa valeur phonétique. Ils ne connurent pas le m'pagg'dhânft et notaient la troisième pers. du fém. sing. du prétérit par les points de la voyelle e h\ln} comme nous l'avons déjà observé (comp. Barhébrœus I, p. 242, 1. 21 et Ewald, Abhandl. p. 102, §57).

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