Abbé Martin, Syriens orient, et occident., p
4. Barhébrœus, Œuv. gr., I, p. 196, 1. 16 à 22; Assemani, Bibl. or., I, p. 477 et le premier des fragments de la grammaire de Jacques d'Edesse
scrupules, il estime que le meilleur moyen de concilier le respect de la chose établie avec la nécessité de remédiera l'imperfection de l'écriture, est de créer des lettres additionnelles, mais de n'en faire usage que dans les exemples qu'il apporte à l'appui de ses règles sur l'orthographe. Et, en effet, dans les autres fragments de son traité « de l'orthographe du dialecte édessénien » $«0 jKwo? l^ol, il ne se sert pas de ses types-voyelles en dehors de ce cas l.
Il est inutile de s'étendre sur la forme et la valeur de ces types qui ne paraissent pas avoir joui d'un grand succès ; on en trouvera différents spécimens dans notre troisième planche, spéc. 3 à 6; le cinquième est le plus authenthique, car il est fourni par les fragments mêmes de Jacques. D est clair que celui-ci prit pour modèle les voyelles grecques, comme il donne à l'entendre lui-même par l'extrait que nous venons de traduire ; ses types se ramènent facilement aux voyelles grecques, le rapprochement en a déjà été fait en partie par l'auteur du spécimen VI.
Personne ne songe plus a considérer ce savant évêque comme l'inventeur des points-voyelles, dont les Jacobites ne firent pas usage^ comme nous l'avons déjà dit sous le chapitre
publiés par M. Wright (commencement et fin — ce fragment appartenant à la Bodléienne ne figure pas parmi ceux réédités dans le catalogue des manuscrits syriaques du British Muséum).
1. Voici le commencement du fragment dont il est parlé ci-dessus: « Autrefois aussi les Grecs, comme le dit un de leurs grammairiens, n'avaient pas un alphabet complet; ils ne possédaient en effet que 17 lettres. Cependant, lorsqu'on le compléta, ce ne fut pas d'un coup, mais une fois l'un ajouta une ou deux lettres, d'autres à diverses reprises en apportèrent de nouvelles jusqu'à ce qu'elles montassent à 24 et que l'alphabet fût constitué d'une manière définitive. Je sais bien la cause qui empêcha qu'on ne complétât nos lettres : je veux parler de la crainte que tous les livres qui avaient été écrits auparavant dans l'alphabet imparfait édessénien ne fassent perdus et je compatis aussi sur le sort des écrivains qui nous ont précédés. [C'est pourquoi] je m'étais refusé [à tout changement] jusqu'à ce que j'aie reçu ta prière (celle de Paul d'Antioche), demandant que ce [perfectionnement] eut lieu et reçoive son accomplissement. Je pense donc qu'on pourrait établir des règles sur l'orthographe de cette langue, en dehors de lettres additionnelle* pour les voyelles qui manquent à cet alphabet; au moyen de celles-ci, on pourrait montrer l'application de ces règles et l'orthographe des noms et des verbes qui s'y
précédent '. On ne saurait non plus lui attribuer légitimement l'introduction des voyelles grecques et leur adaptation aux voyelles syriaques, telle que nous la trouvons établie dans les manuscrits jacobites. M. l'Abbé Martin2 a montré ce qu'une telle hypothèse a d'invraisemblable; nous ajouterons qu'elle est également contredite par la comparaison des typesvoyelles de Jacques avec les signes-voyelles empruntés des Grecs. Dans les premiers, en effet, à n'a pas de figure particulière, mais il est écrit par aleph ; dans les seconds au contraire il est indiqué par un o grec (omicron, oméga) ce qui suppose une manière toute différente d'envisager cet â, v. § 45. En outre Jacques voulait au moyen de ces types distinguer huit
réfèrent Etant tiraillé en deux sens, d'un côté par ta demande, et de l'antre par la crainte de la perte des livres, crainte qui avait ému mes devanciers, voici ce que j'ai imaginé : pour l'intelligence et la confirmation de ces règles-là seulement, on ajouterait des lettres qui indiqueraient les modifications et la prononciation des voyelles, mais qui n'auraient pas pour objet de compléter et de reconstituer l'alphabet; de cette manière, je satisferais à ta demande . . . etc. »
1. Ce qui put faire illusion, c'est qu'on parlait toujours des sept voyelles de Jacques d'Edesse (Barhébrœus, I, p. 194, 1. 23) qui paraissaient répondre aux sept voyelles nestoriennes, tandis que les Jacobites dans leur système de figuration n'ont que cinq signes empruntés des Grecs. Mais depuis la publication des fragments de Jacques d'Edesse par M. Wright, on sait que cet évéque distinguait huit voyelles (comp. Barhébrseus, I, p. 3, 1. 11), quoiqu'il n'eut inventé que sept types-voyelles, parce qu'il écrivait â par aleph.
2. V. Jacques d'Edesse et les voyelles syriennes dans le Journ. AsiaL 1869, 1er sem., p. 456 et suiv. et la La Massore chez Us Syriens dans le même journal 1875, 1er sem., p. 132. M. Wright dans ses fragments de Jacques, Catalog. of syriac manusc, part III, p. 1168, admet le système des points-voyelles comme le plus ancien, auquel aurait succédé au temps de Jacques l'invention des voyelles imitées de celles grecques, soit par cet évéque, soit par un autre; puis quelque temps après, Jacques aurait imaginé ses types intercalés. Cette opinion se base, en ce qui concerne les voyelles imitées de celles grecques, sur un manuscrit de la seconde moitié du septième siècle où elles figurent, mais M. Martin a observé que ces voyelles avaient été ajoutées dans les manuscrits anciens aptes coup (v. La Massore chez les Syriens, p. 172). Nous avons vu sous le chapitre précédent que les points-voyelles étaient vraisemblablement de la seconde moitié du VIII* siècle. Les types de Jacques apparaissent donc comme 1» première tentative dans cette voie, ce qui résulte d'ailleurs de ses paroles que nous avons traduites plus haut.
voyelles, comme nous venons de le dire, tandis que les signes en usage chez les Jacobites se réduisent à cinq voyelles. Cependant Jacques par cette tentative fut véritablement l'instigateur du système reçu après lui chez ses coreligionnaires; il ouvrit la voie dans laquelle ceux-ci le suivirent facilement : ils n'eurent qu'à modifier ses types et, au lieu de lettres intercalées, en faire de simples signes apposés auprès des consonnes. Ces types, en effet, Jacques les avait créés en s'inspirant de la forme des voyelles grecques, ceux de à, è, u répondent visiblement à alpha, epsilon et hêta, ceux de i,oû et où peuvent être, il est vrai, rapprochés plutôt d'un youdh ou d'un waw archaïque (v. les spécimens planche III).
73. A défaut de meilleures preuves, on devra donc s'en tenir pour les signes-voyelles des Jacobites à l'ancienne tradition l qui considère Théophile d'Edesse (f 785) comme le premier qui en fit usage dans sa traduction de l'Iliade d'Homère.
En tous cas, l'invention de ces signes doit être attribuée, vers cette époque, aux moines karkaphiens qui se livraient aux pénibles travaux de la Massore pour fixer le texte des écritures : ce sont eux qui ont ramené les voyelles à cinq espèces seulement, comme le constate Barhébraus (I, p. 3, 1. 13).
Les cinq signes-voyelles sont y ° : « * qu'on met indifféremment au-dessus et au-dessous de la ligne ; y ° » sont cependant plus souvent superposés, — plus souvent écrits au-dessous de la consonne. Ils tirent leur origine des voyelles grecques A, O, E, H, Oï et affectent par rapport à celles-ci une position renversée et oblique. On voit que, comme nous l'avons fait observer § 45, à avait déjà le son o puisqu'il est figuré par omicron; cependant on pourrait s'étonner qu'on n'eût pas choisi de préférence oméga que répondait mieux à la valeur grammaticale de cette voyelle. Ceci prouve que les Syriens ne distinguaient plus une longue d'une brève et que pour eux omicron ou oméga était tout un ; ces deux voyelles grecques avaient en effet la même valeur aux yeux des Syriens, comme le montrent les transcriptions en syriaque des mots grecs. On se servait donc d'abord de omicron ou oméga indifféremment;
1. Assemani, Bibl. or., I, p. 64, 521, 607; III, II, 378; Abbé Martin, La Massore chez les Syriens, p. I7ô.
les manuscrits antérieurs au Xe siècle ont tantôt Tune, tantôt l'autre de ces deux voyelles, sans aucune distinction ,. Dans ces manuscrits aussi le signe — a une forme plus archaïque et affecte les formes suivantes u o ou 8 2.
Les diphthongues au ai ai ew ko sont exprimées par le signe de la première voyelle précédant la mater lectionis oT ^*° ^*7 o* o.* Cependant dans quelques manuscrits karkaphiens les signes des deux voyelles sont marqués l'un au-dessus de l'autre : I 7 ' ou l'un près de l'autre, mais dans la direction de gauche à droite li *? m 3.
74. Au XVIIIe siècle, alors que le syriaque était langue morte, un Maronite du Liban, Gabriel Héva songea a faire figurer les voyelles dans l'écriture, a l'instar du mandéen, en insérant les semi-voyelles ) ou; les deux dernières o ^ indiquaient les voyelles ou} t, et aleph prenait des positions différentes suivant qu'il devait représenter l'une des trois autres voyelles a, â, é. On imprima, en fait, une édition des psaumes avec cette écriture bizarre, à Rome en 1737 4. Mais on s'en tint là; l'essai de Gabriel Héva n'eut pas plus de succès que n'en avait eu dix siècles plus tôt la tentative de Jacques d'Edesse.