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Chapitre XV

De la syllabe.

94. La mobilité d'une voyelle aiguë (brève) en syriaque est telle, que cette voyelle ne peut demeurer dans une syllabe ouverte, où elle ne se trouve pas suffisamment contenue. A cette règle fait exception une voyelle nécessaire k l'articulation d'un aleph, radical ou formatif, comme \+o il consola, V^ H fit impur, \*£>\ mangé, >o*dJ il éleva. Cette voyelle demeure après qu aleph affaibli cesse de se faire entendre et devient quiescent,

comme r-^op souffrez (fém.), |/Nnnfo nourriture, l^*\U nejoa, I^Vl» Aame, )z\Ls parabole, § 108. On rencontre également une légère voyelle e, a facilitant la prononciation d'une autre gutturale, |L-a^*?i marche, )2^of± courroie, ^f0^ scorpion *, l^o^ ;oœ. Cette voyelle qu'on peut comparer à un bateph-ségol ou hajeph -pathab hébreu, se maintient quelquefois encore devant une autre voyelle, introduite pour faciliter la prononciation de deux consonnes qui se suivent sans voyelle propre, comme fovn» pour fo^n», v. § 98. C'est donc d'une manière tout-a-fait anormale que a demeure dans les formes du pluriel fémin. prétérit, comme

^Lû *f par analogie de >*£>àx>.

95. En dehors de ces cas, une voyelle aiguë, pour demeurer dans une syllabe ouverte, doit passer en la voyelle obtuse qui lui correspond, ou s'appuyer sur la consonne suivante, dont elle occasionne le redoublement. Nous traiterons de ce dernier cas, en parlant du redoublement des consonnes, §§ 113, 114; quant à l'obscurcissement d'une aiguë en obtuse, les exemples en sont rares pour a et ou : a devient à après la chute d'une gutturale, §84, quelquefois avec aleph, comme ^âl mille (état emphatique l*^); ou primitivement bref se maintient dans les formes de l'impératif ^-i^oLô par analogie de aooka; en dehors de ce cas et de quelques autres exemples, comme \L\o±faon (comp. fo«^ jeune homme, forme c)^**), cette voyelle tombe toujours dans une syllabe ouverte 3 : V*f^ petits de fauves, V^o? prix, \^f^ pleurs, \Lzf£>*>L miracles etc., du singulier V0^ V*5,00? mus. U?aojLo 1^olo?z. Mais la mutation de e (ë) en é (ë) a lieu facilement, quand le maintien de la voyelle est utile à la distinction de la forme. Nous avons vu sous les paragraphes 44 et 46 que cet é demeure chez les Orientaux, mais que chez les Occidentaux, il se confond tantôt avec t et tantôt avec e, de sorte que par

1. Cette prononciation était propre aux Jacobites, v. Barhébreus, I,

p. 239 dernière ligne. Ceux-ci prononçaient aussi avec la voyelle è la

v * gutturale ^ suivie de hé, comme ?01^, v. § 33 a.

2. Dans ce cas la consonne qui suit n'était pas redoublée, v. Jacobi Edeaaeni epistola, éd. Martin, § II, p. 1, 1. 13.

3. C'est pour cette raison que le passif L»i a fini par disparaître en araméen, quoiqu'on en trouve encore des traces dans Daniel 2. 19. 30, 3. 21, 5. 27, 28 et 30. Il est curieux qu'en palestinien ou bref est souvent écrit par waw alors même qu'il ne vaut que comme mi- voyelle, v. p. 90, note 3. .

cette modification postérieure, nous avons de nouveaux cas d'une voyelle aiguë dans une syllabe ouverte, comme i&\s>

96. Une voyelle aiguë tombe dans une syllabe ouverte toutes les fois qu'elle peut le faire sans nuire à la distinction de la forme. Tel est surtout le cas, quand il lui est donné de se reproduire dans une syllabe voisine ; car c'est une propriété de l'araméen qu'une voyelle chassée de sa place tend à reparaître dans le mot h un autre endroit.

Faiblesse et mobilité des voyelles aiguës sont les deux causes qui donnent au vocalisme araméen le cachet particulier qui le distingue en sémitique. Dans les formes JA» la voyelle formative saute de la première sur la seconde radicale : Vn** champ, ^oV| justice, tjto^o sainteté; mais, a l'état emphatique, elle reparaît

a sa place \Lûm \oi\ xLiod. Ces formes se confondent ainsi avec d'autres plus pleines J-»» et J-*», comme ^^ lèpre, ^^ lépreux, k l'état emphatique ]ô^ §§ 226 et 229.

Cependant la voyelle a se distingue dans ce cas des autres voyelles e, ou, en ce que celles-ci tombent sans laisser de traces, tandis que a se survit quelquefois dans la syllabe en faisant encore entendre un è'wà mobile; par suite la syllabe, au lieu de devenir fermée, comme elle le devient par la chute de e, ou, forme une syllabe mi-close : ]^r\ prononcé garbâ, signifiera donc lépreux de **>+%, et prononcé gar'bhâ, lèpre de *£>rv Ces distinctions ayant surtout de l'objet quand la consonne qui suit est une muette sujette à aspiration, nous en parlerons plus au long sous le chapitre 22, § 120.

97. A la fin du mot, une voyelle se maintient en s'obscurcissant (longue par position). Mais, comme elle n'est pas soutenue par le ton qui porte en principe sur la pénultième, elle est assujettie a tomber. Tel est le cas pour les désinences des pronoms et des verbes, ^*J} toi (fém.), **k£)ka tu as écrit (fém.), aoka

1. Ceci nTa rien de surprenant, car la syllabe ne souffre pas, une fois qu'elle est constituée définitivement, des nouvelles altérations qui peuvent survenir, telles que cessation du redoublement des consonnes, chute d'une liquide etc. De même la voyelle i venant de é demeure alors que la

syllabe devient fermée, comme \^r* église de 1?V* fête (rac. r^* comp. »**$ de la racine ^^*).

ils ont écrit, vï^n elles ont écrit, ^ooKzL die écrira, i^Ssn mon roi, ^o?1 ma justice, >aa»?od ma sainteté, § 61. Cette chute peut ne pas exercer d'influence sur les syllabes qui précèdent, comme on le voit par les exemples que nous venons de citer; cependant, s'il devait en résulter quelque confusion, la voyelle se porte en avant et reparaît dans le corps du mot : h^b&fai écrit, comp. T)3T^, par distinction de ^^o'^a tu as écrit (fém.); ainsi dans les suffixes y **>*<jr «n* la voyelle qui suivait la consonne a passé devant elle; ^o) mon père, *~\ * mon frère, pour aboui, àkovi, prononciation qui a été conservée avec le sens de son père, son frère; dans 1H9 comparé avec "HB fruit, il y a également une transposition de voyelle.

98. Il naissait ainsi des prononciations lourdes, surchargées de consonnes, qui dans la plupart des cas devaient être facilitées par un e ouvert qui se faisait entendre après une syllabe fermée par deux consonnes, comme ^r^H, ^°?1 pr<>n. gabhr*, zèdhq*2] mais dans les verbes la dentale muette taw s'articulait facilement avec la consonne précédente ^*2xo^a Jc'thabht. Dans le corps du mot, quand deux consonnes se suivent dépourvues de voyelle, la seconde s'appuie sur la syllabe qui suit, tandis que la première clôt la syllabe précédente, vao**aJ nèkh-t'bhoun. Cependant si cette deuxième consonne est une liquide ou une

1. L'<$ de ces mots vient par coloration de la voyelle ou qu'ils font entendre devant un suffixe; ainsi en néo-hébraïque on dit, après la chute du suffixe, abâ, »w»* père; en éthiopien, on trouve une forme semblable pour le vocatif, v. Dillmann, Aethiop. Gramm., § 142; il est possible que Va d'un ancien accusatif qu'on rencontre encore parfois, v. id. § 164 d, ait eu de l'influence en pareil cas. De la même manière s'explique en hébreu Va de "OK; en arabe a long apparaît aussi devant le suffixe dont il est séparé par un O euphonique, au vocatif OUÏ L> ou abrégé Clo\ li, où le suffixe est lui-même abrégé ou évincé par la voyelle de l'accusatif, v. Ewald, Gramm. Ung. arab., § 414. Au surplus Va était possible parce que ces mots avaient la voyelle a (ab, aJJ, mais dans >ûé» beau-père, DH, où la voyelle a s'était affaiblie en è, on disait ****** mon beau-père, comme **f© mon fils, où la voyelle è était organique, comparez J3, Va de jp étant occasionnée par le ris; en palestinien on disait T3.

2. L'éthiopien fait également entendre un e ouvert après la dernière consonne de groupes qui ne pourraient facilement s'articuler ensemble, v. Dillmann, l. c. § 38, Eduard Kônig, Neue Studien iiber das Acthiopùchc, Leipzig 1877. p. 92, comp. *■*$£> bè-r.

aspirée, elle attire à elle, pour faciliter sa prononciation la voyelle qui précède, foS^s génisse de |l^ veau, )?wnAV> mesure

i ° ° * o y . o o Z o o y ••tt •

pi. |2l»*q&0, )h\n* plaine pi. fosnq I^o^â^ veitus civiles du sing. JiLofû^ \&j££* scorpion de "GDJ7. Quelquefois la voyelle, surtout è, se maintenait comme bateph-ségol sur la première radicale |^fia<» sagesse ou (à^na**; quelquefois aussi la forme était maintenue intacte, surtout par les Nestoriens, de sorte qu'à côté des deux énoncées ci-dessus, on trouve aussi celle plus primitive )&JûâiÉ. Si la voyelle était immuable, la deuxième consonne faible prenait une voyelle adjuvante è, ou a devant une gutturale !, pftStn vigoureux ou ^Nééé.

De ce mouvement des voyelles résultait encore une confusion des formes aIa» et £i*» , mais aussi une commodité pour la composition des mètres syriaques; car un poète, pouvait suivant les besoins de la mesure se servir d'une voyelle adjuvante ou la laisser de côté. Dans l'écriture cette voyelle est souvent indiquée par un trait inférieur appelé m'hagg'yânâ, dont l'étude fera l'objet du chapitre XXIV ci-après.

99. Au commencement du mot, une consonne dépourvue de voyelle ne s'articule pas avec la consonne suivante et ne forme pas avec elle un groupe, comme dans nos langues cr} st,pl etc., mais elle en est séparée par un s'wâ mobile ou e ouvert qui fait sentir son aspiration sur la muette suivante : *©ka Icthabh. Dans les mots étrangers qui commencent par un groupe de consonnes, ce groupe est décomposé en syriaque au moyen d'une voyelle disjonctive, jetée en tête du mot et introduite par une légère aspiration ou aleph ; car un Sémite ne conçoit pas une voyelle sans consonne, comp. § 42 : t-^|4-»I pû^»| \^aab\ W&a*! Mas) de (jrotëiov, ox^a, «rçatpa, aro-^oç, Çevoç; cependant le groupe st 8'articulant facilement 2, une voyelle disjonctive est moins nécessaire et on écrit aussi >joasi^jo cwtatç, »«É&V>Éfaftm GTpa^j Xanfe ; dans d'autres cas, c'est la voyelle de la syllabe suivante qui vient se loger dans le groupe, comme ua^j-o^oo

1. La voyelle a apparaît quelquefois aussi devant une autre consonne qu'une gutturale ou un rw, surtout devant une emphatique; mais celle è est de beaucoup plus commune, v. Bernstein, Dti» heUigt Evangelium de» Manne», Vorbericht, p. VÏI et VIII.

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