Chapitre XVI
Du concours des voyelles.
104. Le concours de deux voyelles dans un mot résulte du développement des formes ou de la chute d'une consonne. Si les deux voyelles sont fortes ou nécessaires à la distinction du sens, l'écart entre elles est maintenu au moyen d'une semivoyelle; au cas contraire, elles se contractent ou la plus faible est éliminée par la plus forte, si la contraction n'est pas possible. Trois cas sont donc possibles : 1° Séparation des voyelles au moyen d'une semi-voyelle intermédiaire; 2° contraction; 3° élision.
1° Séparation des voyelles par une semi-voyelle. Une légère aspiration, aleph ou hamza arabe, est le premier moyen qui se présente dans ce cas >oV& se levant du parfait >clû z^lo^ qadhmâ'it pour qadhmâït abrégé de qadhmâyat L + ^o,^. En araméen cependant aleph est entaché d'une telle faiblesse qu'il est en général insuffisant pour contenir deux voyelles dont il est flanqué. Les Jacobites le prononçaient comme un youdh d'une manière constante, qu'il soit radical ou consonne disjonctive. Néanmoins l'écriture était assez fidèlement conservée, ils écrivaient donc : >oV° à-^r0 '11 Vf*°> *°ut en prononçant qàybn, qadhmâyit, âyar} nièlèya; quelquefois ils indiquaient cette prononciation secondaire par un youdh après F aleph : \a1a£]2 V^a^io, v. Barhébrseus, I, p. 205, dern. ligne, comp.
1. Dans l'araméen biblique et targoumique, on remarque une pareille tendance : J'ntfn pour pn#H, surtout à- l'état construit fHÔtf pour JVrÇ?*' H*Ç pljt fÇ etc. ; mais il en est ainsi également dans une syllabe mi-close, comme KJJJS KJJÎJ? pour KJJJg *Ç?5i? 5 on ne Pent donc PM ^ire (Vle lea ponetnateurs juifs agissaient d'après des principes grammaticaux déterminés ; 3* cherchaient plutôt à exprimer leur prononciation vague. Comp. Luxsatto, BmmU del caldeo biblico, p. 17, §§ 18, 19 et 30.
§ 56. Les Nestoriens paraissent avoir encore prononcé le hamza (Syr. Gramm. des Elias von Tirhan, p. 58) '.
Le passage d'aleph en youdh était d'autant plus facile, que cette semi-voyelle faisait office de consonne séparative, quand une voyelle i ou une diphthongue ai l'appelait , comme :V^5
çv „ oo y °. o » L y .
paissants, V^-J gazelles, V^r0 premier, 1^0-^01^01 identité, cornposé de **<* ya ^<n et le suffixe \Zo. Waw servait également au même usage, surtout quand la voyelle ou suivait ou précédait ^oofû JooiiJiO ; les Nestoriens prononçaient Xmouwel, youicel les noms de prophètes que les Jacobites écrivaient V-Joiclé* V*|a*f v. Barhébraeus, I, p. 208, 1. 22 et § 56 ci-dessus. Le waw paraît avoir eu encore plus de force coërcitive que le youdh et est employé de préférence dans les formes lourdes du pluriel féminin, par antithèse à celles du pluriel masculin, comme : )2j&S
o oy y oo+7 o o +y o o o
bergers, {ZotaJ fleuves, comp. pL^a» pour p&^t*, V0^^ § **>*• Rarement aleph est consolidé en hé; les cas de ce renforcement sont limités au pluriel de quelques radicaux faibles, comme : \l*L£>\ \Zm±o\ )£lXll, ]'<kia» de *©| pire, >ol mère, >Oà, nom, >al beau-pere, § 262.
2° Contraction. Lorsque le maintien des deux voyelles n'est pas nécessaire a la distinction des formes, il y a contraction des deux en une seule, si la nature des voyelles s'y prête : a + a = à, ou + ou — où, i + i = t, a + ou = au, a + i = ai,
PO •• s s ' P V' O
â + i = ai, comp. |àiio part (forme <^*»)? l*»©' vent, \2^£uu dépôt,
1. En hébreu la prononciation mouillée, au lieu de hamza, se manifeste déjà de bonne heure, surtout dans les noms propres, et les Massorètes rectifient cette prononciation au moyen d'un q'ri, v. Ewald, Lehrb. d. hebr. Spr., § 46(2; mais dans les derniers livres du canon biblique, aleph et youdh permutent avec une facilité singulière, comp. Néhémie illK3Q et nl^Ç, DsljrO*]Ç pour D,*S*]Ç; c'est surtout dans l'araméen de Daniel et d'Esra que les q'ri sont entassés pour corriger les k'thibh. Nous avons déjà dit page 63, note 1, que nous considérions le point que l'on rencontre quatre fois dans la Bible au-dessus d'aleph comme ayant pour bat de maintenir à cette gutturale toute sa force de consonne. La même variété de prononciation entre hamza et youdh se retrouve dans les diverses tribus arabes, v. Sprenger dans la Zeitschr. d. D. Af. G , XXXI, p. 75 et Freytag, Eirdeitung in dos Studium der arabischen Sprache, p. 88 et 89. L'éthiopien fait aussi usage d'aleph et de youdh comme consonnes séparatives, mais il montre une prédilection pour le waw, v. Dillmann, Aethiop> Gramm., § 41.
]2oLû mort, 1^-ks maison, ]2**mZ nourriture de racines lamadhaleph ou concaves; ai + à se contracte en £dans les pluriels des noms à l'état emphatique ou avec le suffixe de la troisième personne fém. VnSv> les rois, qi la^io ses rois, <n àSn^o tfwe-Za 1 ; ai + ou se contracte en au dans les pluriels des noms avec le suffixe de la troisième personne masc. ^cto^Nvî malkau, ses rois*.
3° Elision. Si les voyelles ne sont pas susceptibles de se contracter, la moins forte ou la moins nécessaire tombe et disparaît : >&*£>) j'élèverai, >^>h*a\ j'écrirai, \^o\ je ferai manger, pour 'tus]) y£2^|| Vao|]? V»?0^ ou V^?00^ ëoiidhâyâ pour ëouidhâyâ.
105. Ces distinctions établies, nous en ferons l'application dans les chapitres suivants, aux racines qui ont une ou plusieurs lettres faibles, soit une gutturale, soit une semi-voyelle, youdh ou waw. Les dernières qui ont un youdh ou waw radical, se distinguent surtout par la facilité qu'ont le waw et le youdh a passer en la voyelle ou et /.