‹ Traité de grammaire syriaqueChapitre 64 sur 209 · Chapitre XIX · texte numérisé non relu

Chapitre XIX

De la chute d'une gutturale ou d'une liquide.

108. Nous avons vu sous les deux chapitres précédents dans quels cas les semi-voyelles youdh et waw ou la gutturale aleph, faisant partie de la racine, étaient entraînées a leur chute et disparaissaient; il nous reste a parler des autres gutturales ou liquides, qui en s'affaiblissant cessent de se faire entendre et se dérobent, comme disent les grammairiens ^Vioi^a^o \£qA>

109. Les gutturales <* ^ **• offrent bien plus de résistance que aleph.

Hé ne devient quiescent que dans les cas suivants : 1° Dans le pronom de la troisième personne du singulier, oui fém. **<n, employé dans le même sens que notre verbe être. La voyelle de ce pronom passe sur la consonne finale du mot qui précède ooifcJj attou, c'est toi, ^oi^lo qui est-elle? Si ce mot est terminé par une voyelle, cette voyelle se contracte avec celle du pronom : la voyelle a forme une diphthongue au, ai avec la voyelle ou, i du pronom, om lio? ^vw c'est le prix du sang, ^à<n P^ il est difficile, pron. d'mau 'atlâi; le pronom démonstratif féminin l?<n celle-ci affaibli de hâdâ, § 87, faisait reparaître dans ce cas Y à final *-** |?<*, qu'on écrivait quelquefois d'un seul mot ^H?<". Les Nestoriens se distinguaient des Jacobites en ce qu'ils ponctuaient la diphthongue ai comme celle au, avec p'thâfcâ au lieu de z'qâphâ que lui donnaient ceux-ci (v. Barhébraeus, I, p. 230, 1. 5 et suiv.). Suivant ce grammairien, la contraction n'aurait lieu qu'avec un mot court, composé de trois lettres, comme : \£& p<* \^l la*; mais cette règle qui n'est pas suffisamment justifiée, n'est pas suivie en pratique. Les voyelles è, i formaient également une diphthongue, eu?, îm?, o<n P^m] h'rânhv, o<* ^à^ gliw. Dans la Massore des Karkaphiens les diphthongues qui naissaient de cette manière étaient indiquées par le signe propre a chacune des deux voyelles, v. § 53. Avec le pronom féminin è, i forment un groupe hfa iyi, ^ài **£ hiyi, c'est elle; ooi o<n contracté devient o-»o<5i; ainsi

ooi oJ<n al4 oiio a^. sont contractés de ?<n p<ri |Lf plio ]3 et 001, v-*<?i; de foi et v^<ji, allô o^ de ^o ^ et o<n ».

Dans la suffixation de ce pronom aux verbes ou aux noms, la faiblesse de hé donne lieu aussi k des formes contractes %*no^aL, v»qiQ.*Sftûi vàqi.àinSfrni (sur l'écriture explétive de **<n, v. § 61), v»qinSftn v*cia£>[, v. § 52. Par un affaiblissement analogue le hé du pronom pluriel de la même personne, qui en syriaque ne s'agglutine pas en suffixe, se change en aJeph, quand il est régime ^aJ)\4-o ^-éJJV^o U les tua (eux ou Mes), ou lorsqu'il remplace le verbe substantif.

2° Dans le verbe Jogi, quand il est enclitique, \om fio\ U disait, ^»o<n i*£ttfi] fêtais étranger.

3° Dans le verbe *oou» U donna, où le hé se fait valoir difficilement après la semi-voyelle youdh.

4° Chez les Nestoriens, où les gutturales avaient moins de consistance que chez les Jacobites, hé était quiescent k la fin de la syllabe, dans les verbes à^ov© hLm-&jL] (Barhébrœus, I, p. 202, 1. 24).

5° Dans les noms grecs où hé traduisait un spiritus asper, comme >*loo<jô pwp;, \+n<njs wap^ata, **o5evJa» cùvoSoç (Barhébr«u8, 1. c, p. 202, 1. 22). Jacques d'Edesse dans sa lettre sur l'orthographe (éd. Martin, p. s^, 1. 15) voulait même qu'on supprimât ce hé explétif2. Les Syriens ne prononçaient pas non plus le hé de faon* juif.

Quant au V, nous avons vu qu'il s'affaiblissait en aleph quand il était suivi d'un autre *é, v. § 24 a, ou quand il était suivi immédiatement de hé, § 33. Dans les noms de nombre deux *é qui se rencontrent, se contractent en un seul : t^wso^ quatorze (d oule masc. jmsSo*|) )|WSôa, j-mnôa, et ,-nr^oà, dix-sept, \#n^k,±

1. Chez les Nestoriens, cette écriture était étendue à d'autres cas, ainsi

on trouve Q^?l pour ©<* ^1. V. Abbé Martin, Syrien» orient, et occident.,

2. Il est possible que ce hé fut vraiment prononcé autrefois et n'était pu seulement une écriture pédante qui voulait être exacte, comme on Ta era, car Barhébreus, II, p. 25, Comm., en rapportant la décision de Jacques, constate que le *■ de ces mots est l'orthographe des anciens manuscrits. Elle est du reste usuelle en araméen en général et en néo-hébraïque.

iV)s±L dix-neuf, de Vo^J uu< v*«z et fiai. ^ est tombé dans lia

maintenant pour V^M<"; ^iû^ jusqu'à présent pour li^V^r* Le mot Vaû jBeZu* de V^£> est une prononciation babylonienne dans laquelle la chute du *é s'explique naturellement.

L'élimination de fyeth est très-rare et ne se rencontre que : 1° Dans le pronom ^Ju», employé dans le sens de notre verbe être, ou avec le participe présent dans le sens de notre présent ,Ju vê\ft-o nous tuons; 2° dans le pronom J?,^ les uns les autres, contracté de ,*,* chacun.

110. Des liquides, a) La nasale noun perd son articulation à la fin de la syllabe, dans les cas suivants :

1° Comme première radicale dans les pé-noun, il ne laisse pas d'autre trace dans l'écriture que le redoublement de la consonne suivante, nécessaire au maintien d'une voyelle aiguë, Vs| il fit tomber, )2^oaàû cas, woosZ tu sortiras, )r\4<r> issue, %£& jaillir, )Lqj2ld source, ^û-éJ il soufflera, JoàSP souffle etc., des racines VaJ v-oaj vû3 w£léJ. Lorsque la deuxième radicale est la gutturale forte ^ l'élimination du noun est possible, parce que cette gutturale peut être redoublée en syriaque, § 115, L») )Zb*ÈéLo rac. à-iéJ ; il y a cependant des exceptions, comme : .^*J| il déchaussa. Les autres gutturales (ris" compris) ne supportant pas le redoublement, noun demeure : h<jLï\Ubrilla, v.§208.

2° Comme deuxième ou troisième radicale, le noun disparait et entraîne également le redoublement de la consonne qui suit; quelquefois cependant il est encore écrit dans un intérêt étymologique, mais il est marqué de la ligne occultante, § 151 : \dlcote x, l^a^ vigne, pi. P^%, '^^H fromage, pi. P-so^ fooN tude njpb, )!zJ] femme, *J\ fém. ^hl\ toi, <oaJ| fém. <-AjJ vous, \L&\ une fois, ]b±à, année. Nous avons dit, § 100, qu'une voyelle primitivement longue ayant perdu toute valeur de quantité, n'était pas un obstacle à ce qu'une syllabe soit close : noun pourrait donc aussi tomber après une syllabe de cette nature, comme le cas est fréquent après un i : \H. ou )hi)z figuier, )Zf») autre

(fém.) pour l^-L* j~|, lào*^ ville, |Mé^wso pauvre (fém.), ]&!+£>]

1. Le mot ^-^ pour ^^ indique le côté du corps d'un animal ou la partie formée par les côtes, tandis que * *^« est employé comme préposition l'Q-^ ^^H^* auprès de la montagne, v. Barhébrœus, I, p. 203, 1. 16.

vendue, )i±lau barque. Mais si le noun conserve un reste de voyelle, un ô'wâ mobile qui le meuve et aspire la muette qui suit, il se maintient nécessairement \kis> aile, \b±à> sommeil, iM^Qi' lis; tel est notamment le cas quand il est redoublé )&-i^ jardin, rac. ^-i^. Suivant Barhébraeus (I, p. 203, 1. 12) noun ne tomberait pas après ou, même dans une syllabe fermée, comme jfcjaa^ encens, |klo} *.

3° A la fin du mot noun ne tombe que dans les désinences des troisièmes personnes masc. et fém. du pluriel, au prétérit des verbes, comme : nNftn de ^a2^»o, O^^o de v«Nftn. Les particules <J ^i perdent leur noun en se contractant dans P? sinon de J et p, \tm^û de suite de ^io et \f», >©okiûio de ^io et jcoi^io: de même les participes au pluriel, contractés avec les pronoms personnels, comme ^éN^-o ^IéS^o pour v«Nftn et vo2j|, ^Sfro et ^ v. § 183.

b) Lâmadh est quiescent dans le verbe V|l U aUa quand le zaïn, seconde radicale, n'est mû par aucune voyelle ; dans ce cas il attire à lui la voyelle du lâmadh qui devient quiescent : ^11 elle alla, vo^}J Us iront, ^^11 qui vont etc., au lieu de à^l] vo^p rr^li quî ainsi prononcés signifient elle fut utile, Us furent utiles, qui sont utiles, comp. § 217. Il tombe aussi dans <o? de peur que pour V^?> *&& *na\ de ^oi^ monter, § 217, comp. wb^| être assis et ^j~k*.

c) rié est éliminé dans |^* reins (comp. judéo-araméen KXIH hébreu D^X^H), où il présente d'autant plus de faiblesse qu'il vient de lâmadh ; dans *v>oi cours (impér. de ^^9), où il est précédé d'une gutturale, v. § 41 ; dans -£f© état construit de \£j£> fitte, où il vient de noun, § 35a; dans ces deux derniers exemples, il était d'autant plus entraîné k sa perte qu'il était suivi d'une muette quiescente. En tète ou k la fin du mot, il se maintient d'une manière constante 2.

1. Ce mot est sans doute pris dans le sens d'intelligence pour l^Jo|, ?ar s'il signifiait tristesse de la racine ^1 le noun redoublé entraînerait l'aspiration du taw. Quant au mot |MQ^S Barhébraeus explique à tort le maintien du noun, parce que ce mot est le grec Xipavwioç (II, p. 38, 1. 22); c'est le grec qui est emprunté de l'araméen.

2. Bar'ali (éd. Hoffmann, n° 25 19) donne la forme apocopée V^l^"1^ pour gV^VtS pou? dire, mais cette aphérèse si fréquente dans ce verbe

Digiti

zedby G00gle

d) Mim a disparu dans certains noms formés d'un participe pa'el, comme : liNNs président, comp. \2^é^>o qui introduit la cause de qq., 1^-m* accoucheuse pour ]2^mLd \ p*juauà, présomptueux d'un participe }*n OàSn.

e) La chute d'une liquide devient de règle dans les noms formés du redoublement de racines géminées, tels que : |L^o^ crâne D^, î^ roue b$}, fc*^ gosier nrtPR

]i^\ rumination )**, (b£ ou $1>çlo confusion de ^nSn \2jkL* gâteau rac. f-, |jm talent, )^-*fas gâteau de raid rac. js, p^ cymbale iïbxbx, foXao fumier TJJ, ^Nàa, chaîne iLJL)î

Une gutturale suit la même forme vL»a» d&tV de **o», ^oj pour i^p*ol tremblement.

f) La chute d'une labiale est également de règle dans ces formes, v. § 25, ^ûaoa &ot£e, *£»o} grand, IIéO^o* garçon d'honneur, camarade, § 87 3, Ivia^o* sésame ç*~ï+~*, ]ïy\ ta * fourmi ^LX-^, \alfi* manteau, voile de femme rac. *û« *o} *û* >oar ^a-à, (comp. hébreu fflBÇIB rab. 3*?6 de dSdS).

#) Les muettes qui sont les consonnes fortes par excellence ne se laissent pas évincer; cependant dâlath n'a pas en araméen la même consistance que les autres dentales (comp. néodans l'araméen des talmuds, appartient plutôt à un dialecte araméen vulgaire qu'au svriaque.

L'aphérèse de ris en tête du mot est admissible en sémitique, si Ton

compare 1^°' soir avec m-u, flfc briser, njjfc morceau de pain avec C*»j KÇ1Ç"!, lo-0 sauter avec ùL (ou jjo) ; dans c->«-£> boire comparé avec l'hébreu X20, le ris appartient à une formation secondaire, § 117, comp. PIX humecter, JDfc? rassasier.

1. La forme pa'el du verbe V*-* ne se rencontre pas, il est vrai en araméen, mais elle est encore très-usuelle en hébreu; à la forme \^m correspond le nom hébreu d'Eve HJH, celle qui donne la vie, v. Gen. 3 à 20. L'hébreu laisse aussi parfois tomber la préformante mim au participe pa'el ou pou'al, v. Ewald, Lehrb. der hebr. Spr., § 169(2 et Gesenius, Thesaur. sous le mot DÛ#.

2. On pourrait multiplier ces exemples; |Màrfià> Us est une forme re-

doublée de f AJ-Ar qUe quelques auteurs admettaient dans le psaume 90. 5, mais que Bar-çalibi rejette, v. Abbé Martin, La Massore chez les Syriens, p. 157.

3. Ce mot est formé rDÇDBJ rameau: celui qui porte les rameaux devant le fiancé.

syriaque V* pour J^, KÛp pour Kttïp); en syriaque, la disparition de dâlath se constate dans le pronom p« celui-ci, § 173, 3° et 175, et dans M KDK myrte, hébreu DTJ, arabe «^^x* ou Ly>\. H est quiescent dans \^ bathâ nouveau.

Page 1