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Chapitre XXI

Du redoublement et delà dissimilation des consonnes.

112. Dans les racines géminées les deux radicales semblables se confondent en principe en un seul son prolongé, lorsqu'aucune voyelle ne les sépare, ou que la voyelle faible qui appartient à la première peut reculer sur la consonne précédente, comme ]}^ ^o\^ y^ pour |1}^ \°lrV Irv ®* ^a deuxième est redoublée, la contraction n'est plus possible, tnNSs^) elle s* est excusée, ^éNNyiy» qui parlent. Nous avons vu sous le chapitre précédent que quelques noms conservent encore l'écriture distincte des deux consonnes séparées par un simple s'wâ, alors même que la première n'est pas redoublée ; à la forme èthp"el des verbes, les deux radicales se maintiennent aussi bjaniï] ^urf^ et sont écrites même a l'impératif où la prononciation ne les distingue plus *mih£).

1. Abbé Martin, L c. p. 394, Wright, Catalog. ofthe tyriac manuëc, p. 104a, Elias de Tirhan, p. 58. Les assimilations et les liaisons euphoniques ne sont étrangères à aucune langue sémitique; on sait avec quelle précision elles sont indiquées dans le Coran par le tesdid; les Massorètes hébreux en tinrent également compte (Ewald, Lehrb., § 80) ; en éthiopien elles sont trèsmultiples. Cependant les différences si notables qui distinguent non seulement chaque langue mais les dialectes d'une même langue autorisent à voir dans ces phénomènes des altérations phonétiques qui se développèrent à un âge relativement moderne du sémitisme, mais qui étaient étrangères au vieux fonds commun. Le néo-syriaque de P Anti-Liban offre un exemple frappant du progrès de ces altérations. V. Journal Asiatique, année 1879, 1er sem., p. 467.

Au point de vue de la syllabe, une consonne redoublée a en principe les mêmes effets que si elle formait deux articulations: elle clôt d'une part la syllabe dont elle suit la voyelle et est d'autre part k la tête de la syllabe suivante, de sorte que ^ équivaut k gèz-zâ. Une première conséquence de ce principe est qu'une voyelle aiguë demeure devant une lettre redoublée.

113. Un phénomène propre k Paraméen 1 est le redoublement de la première consonne des racines géminées, lorsqu'elle est précédée d'une préformante, dont la voyelle aiguë cherche de cette manière k se maintenir, § 95 : oui) *|aaj \m&> > onY» pron. akkès, nibbozj mcihbe (Barhébraeus, I, 239. 11), mahJjùbh des racines ^oa )£> ^» ^ûm. Le redoublement de la deuxième radicale cesse dans les exemples que nous venons de citer, parcequ'à la fin du mot il n'est guère sensible; mais il se maintient avec une telle fermeté sur la première radicale qu'il disparaît de la seconde, alors même qu'il aurait pu se faire entendre sur celle-

ci : foXv.n entrée, ^©V^ ils pilleront, )iai£&o etc. se prononcent en conséquence mcf'altâ, nebb'zon, makkf8ànâ} v. §§ 129 et 157 2.

114. Une autre espèce de redoublement est celui qui vient du renforcement d'une forme, comme ^^ qaddU, ||*, §aygâdhâ, V^o^ yaddou'â. L'étude des formes nous apprendra dans quels cas ce redoublement a lieu.

On doit donc distinguer trois causes particulières de redoublement. La première est l'euphonie qui assimile et confond en une articulation prolongée deux consonnes semblables ou de même organe ; nous renvoyons k cet égard aux distinctions établies sous le chapitre précédent et le § 1 12 de ce chapitre-ci. Ce redoublement est le redoublement euphonique.

La seconde cause est le renforcement d'une forme simple, dont nous venons de parler. Ce redoublement est le redoublementformatif ou organique.

Enfin la troisième cause est le maintien d'une voyelle faible dans une syllabe ouverte qui de cette manière devient fermée,

1. En hébreu, il est l'exception, v. Ewald, Lehrb., § 112e; pour l'araméen biblique, v. Luzzatto, Elementi, § 101; corap. aussi § 157 ci-après.

2. En hébreu, on pourrait de cette .manière rattacher à la racine "pD DSDÛ fil et r!IDÇ couverture et expliquer le qâmèç immuable de tj?0 T|OÇ etc., comme une provenance du redoublement virtuel de la deuxième consonne.

si cette voyelle est nécessaire k la distinction des formes. Nous en avons déjà vu une application sous le § 113. Ce redoublement a lieu : 1° Par suite de la chute d'une consonne faible, comme \2\ \2 ^ zJbV» appel, rièdda*, tëbbâ, sèbfàth rac. VaJ y ^>U -£>V°, v. §§ 106, II, 1076, 110a; 2° quand un suffixe objectif s'ajoute k un radical verbal, dans des cas tels que ^Jfe^a» * ou séJ^aoi. elle m'a montré; 3° dans les mots composés, comme

of*> \-*er^ l&r* Pr*? 4° après un préfixe dans les racines géminées, § 113, et après la préformante ] du futur dans les autres racines, quand elle est dans une syllabe ouverte, comme \°?1 je jugerai, r^ÏÏj6 conduirai, pron. hidoun, Iddabbar2.

On peut appeler ce redoublement corroboratif.

Dans cette espèce rentre aussi le redoublement de la liauide lâmadh qui résiste k ramollissement, comp. § 22 c : ^4f* nu, jisfL nuage (comp. hébreu ^H? I^tt^t?).

115. Le redoublement pouvait affecter toute consonne, les gutturales exceptées; cependant parmi ces dernières beth avait assez de consistance pour être redoublé, on prononçait donc V*lo mafyJié; aleph, hé et *é étaient trop faibles pour avoir cette faculté, et une liquide se maintenait devant elles comme nous l'avons vu § 110a. Ri§ dur pouvait être redoublé, mais rià aspiré n'en était pas capable, v. § 226; le ris dur ne se trouvait en syriaque que dans les trois formes suivantes du verbe **x* il commença : ffaio | j-éJ ]+l, 3.

116. Le redoublement O^o*) cessa de bonne heure de se faire entendre chez les Jacobites, tandis qu'il resta en vigueur chez les Nestoriens même jusqu'k nos jours4. Malgré cette disparition dans le dialecte occidental, les effets grammaticaux qu'il avait produits n'en subsistèrent pas moins. On ne peut méconnaître dans ce fait l'influence des altérations euphoniques qui tendent k adoucir par une prononciation aisée les articulations dures ; nous avons eu souvent occasion d'en constater

1. Comp. bébr. 3rOÇl3; les deux prononciations paraissent possibles.

2. V. Barhébrœus, I, p. 222, L 16, p. 225, 1. 16; II, p. 61, v. 643; et J. H. Bernstein, Bas heilige Evangelium des Johanne*, p. XVI, comp. ciaprès § 157.

3. V. Barhébrams, I, p. 132, L 6 et suiv., p. 229, 1. 11 et 19.

4. V. Nœldeke, Gramm. der neutyr. Spr., p. 26 et 27 ; Assemani, Bibl. orienL, III, 2e partie, CCCLXXIX ; Amira, Gramm. praelud.

les effets sous les chapitres IV et VI, nous verrons sous le chapitre suivant, §§ 126, 129, 135, que les muettes sont aussi quelquefois aspirées, en dehors de la règle. H n'est guère possible de remonter jusqu'à l'origine de ces défaillances d'une langue; k défaut de tradition, le souvenir s'en efface graduellement et les grammairiens indigènes n'en ont plus conscience !. On en voit encore des traces dans des mots très-anciens, comme 1^ moineau, état abs. jSj, hébreu IIBX.

Il va de soi que les Jacobites ne possédaient pas de signe du redoublement, mais on est en droit de s'étonner que les Nestoriens n'en aient pas introduit un dans leur Massore, correspondant au dageS forte hébreu et au teSdid arabe. L'éthiopien ne note pas, il est vrai, le redoublement quoiqu'il le fasse entendre (Dillmann, § 54), mais ce fait s'explique par l'absence d'une Massore éthiopienne.

117. Parallèle au redoublement est le renforcement de la syllabe, au moyen d'une liquide. Dans quelques dialectes araméens, la nasale noun sert souvent dans ce cas, mais en syriaque elle est trop faible pour se maintenir à la fin de la syllabe, § 110a; on n'en trouve pas d'autres traces que dans )f^\; ou l'écriture l'a maintenue pour distinguer ce mot de )r£\, et dans quelques mots où la nasale s'est consolidée en une articulation plus forte, >© ou s^, comme ^mvi* il confirma de ^jœ*», 1^°°,$ honte de f±^, ^t^, il changea de >*JLè,, comp. § 22 d. Rii se maintient mieux, on le rencontre surtout dans des racines commençant par 'é, comme V^ 'Mr2* Vo^ 'MrS moins souvent après une autre consonne : Mojû se contracter de àioo (comp. tûSp), »os,-w propager *]J?D, t^if douter de ^a différencier. A ces formes correspond presque toujours un pa'el réguher avec un sens un peu différent : V^ ^p> \.n^. kioo.

Le renforcement de la syllabe se manifeste donc de trois manières différentes : redoublement d'une consonne, insertion d'un noun ou insertion d'un m après la première radicale. La faiblesse du noun ou du riâ à la fin de la syllabe explique

1. Aux yeux de Barhébraeus, le redoublement que font sentir les Orientaux n'est qu'une mauvaise prononciation occasionnée par la confusion des voyelles longues et brèves, v. ci-dessus § 79 et les passages cités, surtout le commentaire, II, p. 6.

comment le redoublement l'emporta, devint la forme régulière et évinça, à quelques exceptions près, les liquides. Mais le sentiment que ces différentes formes se correspondaient n'en subsista pas moins et il arriva parfois que l'insertion d'une liquide apparut a la place du redoublement. En syriaque le riô seul est possible comme lettre de dissimilation ; on le rencontre surtout après la palatale qoph, soit dans les racines faibles redoublées, v. § 110 e, comme Jk^Ofo crâne, comp. la racine sag ou **©, %£>+& sol, ar. £,tf, soit dans les racines fortes, comme V*?r° forgeron de ^o chauffer, lâ^oo ortie, rac. Dtûp «-*■*»» *.

118. Le mouillement du lâmadb, § 22 c, explique la dissimilation de cette consonne au moyen de la gutturale hé, dans **-^ 2 dissiper, ar. ÔAi, éth. fala\a, et dans 1<n-^>l diminuer, avilir (pour f^ contr. de ^>^, néo-hébr. SîSï).

1. Mais le ri» est radical dans M^$? fiu»^ plante des pied», Ezech. 43, 7, Chrestom. Michaelis, p. 79, de la racine ^f9; il est tombé dans

la forme plu9 commune fk^s, ainsi que dans ^nmV>? Damas, pour ^nfflV>9? plus fréquent, comp. àTpoîuaTTjvij de ^^f3'^!.

Sur la prédilection du syriaque pour le ris, v. § 226 et 35a. En néosyriaque les formes avec noun sont également rares, celles avec ris pjus fréquentes, Nœldeke, Neusyr. Gramm., p. 190 et 191; l'hébreu ignore presque ces formes (Ewald, Lehrb., p. 170 et 278, comp. 1.13D avec 13?» § 376 ci-dessus), mais d'autres dialectes araméens avaient un goût prononcé pour la dissimilation d'une consonne redoublée au moyen de noun, comme il ressort de l'araméen biblique (comp. JHJK ^Ç.'fi, syr. ^?1 ^-^1, dans najH son fruit, syr. r°\ le noun peut être radical, si on compare ce mot avec 3J?), et du mandéen, qui connaît aussi la dissimilation au moyen du ri» (v. Nœldeke, Afand. Gramm., p. 55 et 75). L'éthiopien se rapproche beaucoup de ce dialecte araméen (Dillmann, §§ 58 et 72, Eduard KOnig, Neue Studien, p. 102 à 103).

En arabe les mots avec noun ne sont pas rares, qui en hébreu et en syriaque ont le redoublement; mais comme ces mots sont archaïques, nous pensons qu'ils présentent la forme primitive (noun radical ou formatif), d'autant plus qu'en éthiopien ce noun apparaît également, comp. j^i. ]y^ troupe, yï* \ p* chèvre, ^Jjj. k côté de ^-oÇi iw», J-^-i* à côté

de ^LLm» épi, jiyÀ* porc, jJlâ* hérisson, i^jyyL pour «^Jt/Àa» caroubier etc. Il existe également en arabe un grand nombre de racines quadrilittères formées de racines trilittères, au moyen d'un ris inséré après la première lettre. 2. Dans l'arabe js^JL» jeune homme gras ou contr. >^U\, le Jam est permutation du ra de jjbta qui a le même sens et est une forme étendue de la racine j^à.

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