Chapitre XXV
De la ligne occultante.
151. Les chapitres XVIII à XX qui précèdent, traitent des cas où une consonne est quiescente par occultation ou par assimilation. Lorsque cette consonne est conservée par récriture, elle est marquée d'un trait inférieur qui avertit qu'elle ne doit pas être articulée, comme f&JUySo 2>jj ]±jL etc., pron. m'dittâ, ait, kattà. Aleph quiescent n'a ce trait que lorsqu'il est en tête du mot, comme p^l }p| v-âi|, car dans le mot il est de règle qu'il n'est pas prononcé; il est quiescent dans la voyelle qui précède, comme disent les grammairiens; il faut excepter le cas où la consonne précédente n'a pas de voyelle, ^]iu mon ennemi, ^ooipi» leur ennemi etc. Waw et youdh ne sont jamais marqués de la ligne occultante, même dans les cas où, à la fin du mot, ils ne sont pas précédés d'une voyelle, comme aoke v^ols, v. § 97.
Ce signe est un des derniers fruits, sans doute même le dernier, des travaux de la Massore syriaque; il est inconnu aux anciens grammairiens et ne porte pas de nom propre; les Maronites qui en recommandent l'usage le désignent sous le nom de linea occultans.
Dans les manuscrits nestoriens, au lieu d'être placé sous la lettre quiescente, il lui est superposé. Il apparaît donc, tout d'abord, comme une extension du marh'tânà, dont nous avons parlé sous le chapitre précédent, et on serait en droit de sup-
1. Barhébrœus, p. 199, 1. 16, v. aussi Petiftâ, éd. Sam. Lee; sur le mot K?f3 y. ci-dessus § 128.
poser que la confusion qui s'était établie entre le marh'tânâ et le m'hagg'yânâ, par suite de la prononciation différente des Jacobites et des Nestoriens, § 150, fut la cause de la différente position que ce signe occupe chez les uns et les autres. Ewald (AbhancU., § 53) et après lui M. Merx (Gramm. syr., p. 80) pensaient donc qu'il fallait faire disparaître de la grammaire la ligne occultante et marquer les lettres quiescentes du marh'tânâ. Cette simplification aurait cependant l'inconvénient de ne pas tenir compte des différences qui séparaient les Nestoriens des Jacobites, différences réelles que ces deux savants n'ont généralement pas aperçues. M. l'Abbé Martin (Syriens orient et occident., p. 380 et suiv.) a soumis la question k un nouvel examen des manuscrits et est arrivé aux résultats suivants qui confirment l'authenticité de cette ligne : c'est au XIIIe siècle seulement que l'usage en devient régulier dans les manuscrits; les Orientaux la superposent, les Occidentaux la souscrivent. Mais déjà dès le Xe siècle, on en trouve trace : chez les premiers elle est figurée par un trait perpendiculaire qui domine la lettre, chez les seconds par un trait oblique, attaché au-dessous de la lettre dont il semble être un prolongement.
Barhébrœus semble, il est vrai, ne pas connaître cette ligne. Il parle seulement d'un signe pour distinguer le cas où le hé du pronom o<n **<n et du verbe )om était quiescent de ceux où il était articulé, § 109. Ce signe était chez les Nestoriens deux petits points placés sous le hé articulé, chez les Jacobites un moyen; le hé quiescent recevait chez les premiers un point unique, mais n'avait pas de marque particulière chez les seconds \
En résumé nous croyons que la ligne occultante est née du besoin de distinguer une consonne quiescente d'une consonne prononcée sans voyelle pleine, et que son authenticité est aussi réelle que son utilité. Nous continuerons donc à nous en servir pour les mots syriaques, cités comme exemples.
1. Barhébrseus, I, p. 242, 1. 24 et suiv. A corriger en ce sens Ewald (AbhandL, % 58). Très-curieux est le double point observé par Ewald sous le taw et qu'on rencontre souvent dans les gloses de Bar'aU dont M. Hoffmann a publié une partie. Nous pensons que ces deux points représentaient du» les manuscrits nestoriens une prononciation dure et chuintante du taw, v. § 23c.