Chapitre XXVI
Du nâghodhâ et du m'tapp'yânâ.
152. Aux liaisons des mots dont nous avons déjà parlé a la fin du § 111 se rapportent deux autres lignes : le nâghodhâ |fô^ conducteur et le m'tapp'yânâ yVwftv> qui ferme K Les Neatoriens seuls en firent usage. Le nâghodhâ est un trait incliné qui se met au-dessus de la dernière lettre d'un mot uni par le sens au mot suivant; il indique que la voix du lecteur doit être soutenue et prolongée sur le deuxième mot; c'est le Hemmungsstrich d'Ewald (Abh., p. 110). Le m'tapp'yânâ au contraire, qui est un trait incliné placé au-dessous de la lettre finale du mot, avertit que la voix doit être baissée. Ces lignes rentrent donc dans le système d'accentuation dont nous parlerons sous le chapitre XXIX, mais il nous a paru préférable, pour éviter toute confusion, de placer ici les explications qu'elles nécessitent.
« En poésie, dit Barzou'bi (1. c. p. 19, 1. 11) le nâghodhâ sert à compléter la mesure. » H s'agit du cas, où pour compter une syllabe de plus, on fait entendre une légère voyelle après la dernière consonne d'un mot, quand le mot suivant commence par une lettre dépourvue de voyelle pleine. Si, au contraire, la mesure est parfaite sans cette addition, on met le m'tapp'yânâ. Dans cette hypothèse le nâghodhâ remplit donc entre deux mots le même rôle que le m'hagg'yânâ joue entre deux lettres d'un même mot, § 143. C'est en se plaçant k ce point de vue que Barhébrseus (1. c.) pose la règle que nâghodhâ a lieu sur la dernière lettre d'un mot, quand le mot suivant commence par une consonne dépourvue de voyelle, comme **L*b m iv^^^io
m'ramr'mânlh'dhriè, Niâ*iS*g^Y)X Vmeihbar'lnaphè, lnNv>? a^o b'réh'dhmalkâ. Si la première lettre du deuxième mot a une voyelle, c'est le cas du m'tapp'yânâ tiofàû^ oulsj^ \^h fb <njc
1«X\ Cette règle qui comme nous le verrons plus loin, s'ex-
1. Voir sur ce sujet : Barhébrœus, p. 201, Barzou'bi, Traité sur V accentuation, éd. Abbé Martin, Paris 1877, p. 18 et suiv. et Abbé Martin, Syriens orient, et occident., p. 398 et suiv.
plique de la part d'un Jacobite, était beaucoup trop étroite pour les Nestoriens.
Dans un sens plus large nâghodhâ note une liaison lâche qui permet à la voix de s'étendre, m'tapp'yânâ une union étroite des mots qui, pour le rythme, forment un tout, ainsi nâghodhâ marque le rapport exprimé par ? dans lv,iS\?'f&J*tsp> pn-i^'jl^ et m'Japp 'yânâ, l'état construit IviNs ki*,io, pûlo Vio. Ce dernier est le signe de l'union d'une préposition avec le nom sui-
vant }£-»£> ^ût lâVi* ^ nnnS; mais après un suffixe c'est le nâghodhâ qui a lieu *£*aa sir^ \|L ^Zq^.
Le rapport d'une conjonction avec la phrase sous sa dépendance étant moins étroit, il est indiqué en principe par nâghodhâ, *>}»£] £o |1| çLy ^^. z) 6\y om]L±£> £>. Cependant si le deuxième mot commence par une consonne sans voyelle pleine, le lien est plus serré et m'tapp'yânâ est de règle ]\» Taj
Quand le deuxième mot commençait par deux consonnes semblables dont la première n'avait pas de voyelle, la prononciation devait être claire et distincte, on mettait donc nâghodhâ V^jûlo p ]2fii fb, mais avec m'tapp'yânâ V^io ]z\L*g. On comparera dans ce cas nâghodhâ avec m'hagg'yânâ apposé sous une lettre redoublée, § 146.
153. Ces deux lignes, avons-nous dit, étaient propres aux Orientaux, mais la prononciation qu'elles notaient n'était pas étrangère aux Occidentaux, comme on le comprend déjà par la règle établie par Barhébraeus. Selon ce grammairien (p. 199, 1. 17 à 20) deux mots unis par le sens reçoivent chez les Occidentaux une voyelle adjuvante, lorsque la dernière consonne du premier et l'initiale du deuxième n'ont pas de voyelle propre. Cette voyelle auxiliaire est indiquée par un trait horizontal a l'extrémité inférieure du premier mot ^o— *-* |)m ,00 l*nS (yéëou'MkhenSé), )}olo \JLlo .ûbi^V) (wanpKèlebnourâ), jioj o«? V&io (mé{oulkdhou). On voit que ce trait répondait par sa forme au m'tapp'yânâ des Nestoriens, et par son principe à leur nâghodhâ.