‹ Traité de grammaire syriaqueChapitre 87 sur 209 · Barhébrœus, p · texte numérisé non relu

Barhébrœus, p

en un plain-chant qui accompagne le débit, suivant une marche égale et monotone, ou grave et lente, ou alerte et précipitée, selon la nature du sujet. Cette manière de chanter ou de psalmodier s'appliquait surtout aux lectures publiques des Ecritures. La p'ôittâ, une fois acceptée par les Eglises de Syrie, devint un sujet d'exercice assidu pour les lecteurs publics pu-fûLo, et le plain-chant ne dut pas être séparé des autres études, auxquelles cette version servait de thème. Il paraît, au contraire, que les accents furent de bonne heure l'objet d'un enseignement oral dans les célèbres Ecoles d'Edesse. Barhébrseus (p. 261, 1. 2), en parlant d'un accent composé, appelé )7oiYiSàV> tradition, dit qu'il était inconnu aux Occidentaux, parce qu'il aurait été enseigné ^yiN^zz)) par les maqryàixi de l'école persane, après son transfert d'Edesse a Nisibe. Quoi qu'il soit de cette étymologie, il en ressort comme un fait historique, que cette étude était déjà prospère avant la séparation des sectes religieuses de la Mésopotamie, c'est-à-dire au Ve siècle.

Cependant le rythme devait être limité à un nombre de modulations assez restreint pour être enseigné et appris par la simple tradition, sans le secours d'aucune notation. En effet dans les manuscrits anciens, notamment du VIe siècle !, les accents ne se montrent pas encore; on n'y rencontre guère qu'un point unique indiquant la pause, très-rarement un double point marque la coupe de la période. Mais au VIe siècle, il se produit à Edesse et à Nisibe, séparées par les dissensions religieuses, un mouvement accentué vers l'étude de la philosophie grecque, qui fut surtout favorisée dans l'Adiabène et la Mésopotamie orientale par le règne de Kosroès Anouchirwan 2. Aux

1. Ewald, Abhandl., p. 108; Abbé Martin, La Masaore chez les Syriens, p. 181. .

2. C'est à cette époque que Jacques d'Edesse dans sa lettre sur l'orthographe (i^*1 * 1V*° ÎCr0 # y °> cent af^ po*8és} dit-il, v. éd. Martin, p. ?; éd. Philipps, p. *■*») rapporte l'introduction en syriaque de moto phi-

losophiques grecs, comme X*no) ouata, ou formés d'après la terminologie

grecque, comme |/Oé)Xé? propriété, ]£o-kl+) qualité etc.; et il constate qu'on ne les rencontre pas dans les auteurs anciens, depuis Saint-Ephrem jusqu'à Mar Xenaias (ou Philoxène, fin du Ve siècle). Cependant les traductions des œuvres d'Aristote commencèrent en Syrie dès le Ve siècle,

polémiques religieuses, ardentes à cette époque, nous devons la plupart des traductions syriaques qui sont parvenues jusqu'à nous; alors la phrase syriaque se modifie d'une manière sensible, elle se dégage des liens qui l'enchaînent, prend une allure plus mouvementée et emprunte au grec sa souplesse et sa grâce. Sous cette influence, le système d'accentuation subit dans son développement une importante transformation; les grammairiens, pleins de la rhétorique d' Aristote, songent à découper la phrase en autant de membres qu'ils distinguent de propositions logiques, à noter les nuances les plus délicates du discours, à traduire les divers mouvements de l'âme : la crainte, la douleur, la tristesse ou la joie, l'admiration etc. Un auteur, dont le nom ne nous est pas parvenu ', mais qui était sans doute contemporain de Jacques d'Edesse2, reconnaît pour ses maîtres les philosophes grecs (V'f^ taagnSâ*) et notamment Aristote (<ffliN^fflÉ^ fc^lL»,*»), qui avait, dit-il, spécifié cinq

modes du discours : psyàNn = epwTrçiJiaTixoç, V*°f° = xAYjTtxoç,

pffliVm = ei/KTixoç, )?oû9 = ^pooTOTixoç et lûosas = arcoçovrixoç. Ces cinq catégories, comme le fait remarquer M. Philipps, se retrouvent dans le commentaire de Probus sur l'herméneutique, publié en syriaque par M. G. Hoffmann 3 ; or elles répondent à cinq accents syriaques qui ont ces noms 4. D'autres grammairiens avaient porté, continue l'auteur en question, ces catégories au nombre de dix, et c'est par l'intermédiaire de Saint- Epiphane (sans doute dans un petit traité du traducteur des œuvres de ce père, du VIe siècle, placé en tête de la traduction) qu'elles parvinrent aux Syriens 5. Cependant, suivant une tra-

snivant de près celles des œuvres de Théodore de Mopsueste et de Nestorras. Le développement de l'accentuation est étroitement lié à l'étude de la logique d' Aristote comme nous le verrons plus loin, mais ce n'est qu'au VIe siècle que l'influence grecque est décisive sur la grammaire syriaque.

1. V. Philipps, A letter by mar Jacob of Edessa, avec trois appendices, appendice I, p. 68.

1 V. ci-après § 168.

3. De hermeneuticis apud Syros Aristoteleiê, Leipzig 1873, p. 66 et 115.

4. L'auteur que nous citons appelle ces modes 1^*3; les grammairiens adoptent la même division pour les modes du verbe; v. Barhébrœus, I, p. 90, L 12 et Abbé Martin, La tradition karkapkienne, p. 47.

5. Barzou'bi dans son traité sur l'accentuation (publié par M. l'Abbé Martin, Paris 1877) en parlant (p. 8 texte et p. 12 traduction) d'un de

dition nestorienne, Joseph d' Ahwaz (VIe siècle) serait l'inventeur d'un système d'accentuation, comprenant neuf accents seulement, qu'il aurait appliqué k la traduction d'Ibas d'Edesse de la version grecque des Ecritures, faite par Théodore de Mopsueste : « Sachez, dit une note d'un manuscrit nestorien de l'an 899 ', que les sâmkâ, les 'ésyânâ, les zaugâ, les pâqodhâ, les m'nibânâ, lesmëalânâ, l'accent composé de deux zaugâ, lez'élâgâ et les tafyâyâ qui se trouvent dans les Ecritures appartiennent tous k Joseph d' Ahwaz ; ce sont en effet les neuf accents qu'il a faits suivant le sens de la traduction littérale. Car Théodore de Mopsueste avait traduit en grec les Ecritures, et la version du grec en syriaque en fut faite par Ibas, évêque d'Edesse2 avec d'autres docteurs en théologie. » Cette note est confirmée par un passage d'Amrou ben Matai mal compris par Assemani et dont M. l'Abbé Martin a donné le vrai sens : « C'est lui (Joseph d' Ahwaz) qui est l'inventeur de la ponctuation au moyen des neufs accents3.»

Les signes de l'accentuation sont donc inventés, suivant ces autorités, pour adapter le mieux possible les traductions syriaques aux originaux grecs : de quatre ou cinq, leur nombre primitif, ils auraient été portés bientôt k neuf ou dix. La tradition ne paraît prêter k aucun doute ; les différences que l'on

ces accents, ^osaa^ lui attribue vingt espèces, dont dix qui se rapportent à la logique (frnSiSVtt l^Le) sont les suivantes : <JLàttXsoas| = ùâ-

7 7 7 » 7 07 *yt»

9<xvaiç, >Wà«ftft o = xatacpaaiç, ^ûumsasf — cfoo^aaiç, >w*wjOjJ = r%p&-

pXrjjjLaTa, V^lWèi<iV)QJP = avpi^paajia, l^^V4' = aiTijatç et V*00-»^ = opoç. Cette division ne se trouve pas dans le commentaire de Probus publié par M. Hoffmann, qui ne nous paraît pas antérieur au VI° siècle, époque

florissante de l'accentuation ; il parle en effet (p. 66) du l*©f° et du Vo^ms dans les mêmes termes que les grammairiens qui traitent des accents et cite comme eux les passages de Matth. XI, 28 et 1. Sam. XX, 36; M. Hoffmann (p. 146) le fait remonter au Ve siècle.

Comp. sur la division grammaticale des dix catégories Barbébreus, II, p. 1, commentaire.

1. Âdd. 12138 British Muséum, v. Catalog. of Syriac manusc. hy W. Wright, p. 107, V— 3; et Abbé Martin, La Massore chez les Syriens, p. 190.

2. Après la mort duquel les Nestoriens furent chassés d'Edesse et l'École persane détruite, en 485.

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