Abbe Martin, La Massore chez Us Syriens, p
l'inventeur de nouveaux accents et son traité sur ce sujet est le plus complet jusqu'à Barhébraeus et sert de modèle h celui-ci
165. Mais au IXe siècle, cette science est arrivée k son apogée, elle demeure encore en vigueur pendant quelques siècles ; au XIIIe siècle, nous dit Barhébraeus (p. 284, 1. 14), plusieurs maîtres et des plus distingués n'y entendant plus rien déclaraient « que les accents avaient été révélés par le Saint-Esprit avec le corps des Ecritures et qu'on ne pouvait apprendre k ponctuer sans changement les livres saints, comme ils l'avaient été autrefois, car c'était une science au-dessus de l'intelligence humaine; mais qu'on devait se contenter de savoir le nom des accents et de lire selon le rythme transmis par les maîtres ». L'accentuation est, k partir de cette époque, copiée plus ou moins correctement avec le texte des Ecritures, mais dans la prose on ne sert plus que de quatre accents principaux.
166. L'accentuation serait pour nous d'un grand intérêt si nous possédions un texte massorétique reconnu, comme l'est le texte hébreu; une bonne accentuation vaut en effet un commentaire. Malheureusement les divergences des Jacobites et des Nestoriens d'une part, l'ignorance des copistes de basse époque d'autre part, sont cause que les manuscrits d'un âge peu reculé n'offrent qu'un tableau insuffisant ou défectueux des accents. Parmi les anciens même il en est peu qui contiennent des systèmes complets ou concordant les uns avec les autres; les éditions imprimées laissent encore plus k désirer. Nous nous en tiendrons donc dans notre exposé aux traités des grammairiens indigènes et aux indications que nous fournissent les noms mêmes des accents, qui heureusement sont clairs, k l'opposé des accents hébreux K
167. Des traités qui ont été publiés jusqu'k ce jour, les plus importants sonts ceux de Jacques d'Edesse et de Barhébraeus pour les Jacobites, et de Barzou'bi pour les Nestoriens.
Celui de Barhébraeus du XIIIe siècle est de beaucoup le plus complet et le plus clair ; il fait partie des œuvres grammati-
1. Ewald qui n'avait d'autres ressources que des manuscrits a pu avec tout son génie reconstituer un système généralement juste, mais forcément incomplet. V. Abhcmdl. zur orient, und bibl. Literatur, p. 108, comp. Zetischrift fur die Kunde des Morgenl., vol. I, p. 206 et suiv.; II, p. 110 et suiv., où il a mis à contribution le travail de Barhébrœus.
cales de cet illustre Jacobite, publiées par M. l'Abbé Martin (I, p. 246 a 261), en outre M. Philipps en a donné une édition d'après d'autres manuscrits a la suite de la lettre de Jacques d'Edesse sur l'orthographe. Il concorde généralement avec celui de l'évêque d'Edesse; qui a dû lui servir de guide; il compte 40 accents : 4 radicaux et 36 dérivés, dont 28 simples et 8 composés.
Le traité de Jacques, qui appartient à la fin du VIIe' siècle, a été publié par MM. l'Abbé Martin et Philipps dans leur édition de la lettre sur l'orthographe syriaque, d'après des manuscrits différents. Au point de vue historique, il a une grande importance, car il montre le système d'accentuation arrivé à son complet développement.
Celui de Barzou'bi, dont la publication est également due à M. l'Abbé Martin appartient au XIIe ou au XIIIe siècle ; ce n'est qu'un résumé écourté du système nestorien, probablement d'après le Katolikos Mar Elias * qui vivait au commencement du XIe siècle. Après avoir concentré toute sa théorie sur quelques accents, il explique d'après ce patriarche les noms de trente accents.
Un quatrième petit traité jacobite, portant le nom de Thomas le diacre, est compris dans l'édition de M. l'Abbé Martin de la lettre sur l'orthographe sous le § 3 ; l'édition de M. Philipps n'en renferme qu'un fragment (2e appendice). Mais ce fragment est la partie la plus importante, une liste de dix-huit accents, en tête du traité.
Fait remarquable ! Cette liste, pour le nombre des accents, coïncide avec celle qu'Ewald trouva en tête d'un manuscrit et qu' Assemani avait déjà reproduite dans son catalogue 2. Les noms des accents sont différents, a quatre près, car les uns appartiennent à l'Ecole jacobite et les autres a l'Ecole nestorienne, mais de cette singulière coïncidence on peut conclure, que ces deux écoles, après avoir emprunté, chacune de son côté, leurs premiers accents aux catégories de la logique grecque, comme nous l'avons dit plus haut, développèrent
1. V. p. 12 et 19 texte, p. 18 et 28 traduction. Comp. anssi Philipps, A letier of Jacob of Edesêa, 5e appendice, p. 85.