Chapitre II
Les particules démonstratives.
173. Au premier degré de la formation du langage se placent les particules démonstratives qui, demeurées en dehors du principe de la trilittérité se meuvent dans le cercle étroit de quelques éléments, mais, dans ces limites, expriment par des combinaisons variées les nuances les plus délicates. Elles indiquent l'objet par lui-même, ou suivant le temps et le lieu où il se trouve, d'une manière absolue ou interrogative, dubitative, négative ou affirmative. Ces diverses idées sont exprimées, soit par des thèmes différents, soit par les modifications d'un même thème.
Voici les thèmes démonstratifs qui se distinguent en syriaque: 1° Le thème <n apparaît dans la particule indicative ]<n voici et dans le pronom personnel o<n il lui, **<n elle, voJ<n eux, ,-iJoi elles, qui combiné avec )<n} forme le pronom démonstratif ©<* celui-là, v^oi celle-là, vaJ<n ceux-là, ,-iJai celles-là; |<n entre encore dans divers composés V*01 celui-ci, }?« celle-ci, . éSoi ceux-ci, Zoom
de même, ]îa<n ainsi, V*eoi donc, SaCz* au delà, ^io^oi là, ]ôbai ici,
M*i maintenant.
Ce hé démonstratif se maintient en syriaque, comme on le voit par ces exemples; il tombe cependant dans les pronoms o<n «*<n <oJl ,-iJl employés comme verbe substantif, § 109, 1° l.
2° <-»}, Tinterrogatif où?, ne se trouve plus isolé en syriaque, comme dans les autres langues sémitiques (>$ ÎT^J, targ. ''K VI, *3* \3 Y\f*), ™aîs il entre dans la composition des particules et pronoms interrogatifs : \LJ) où? ^Ii4 d'où? lil*f comment? pu) ]ta] Ké\è) quel, quelle, quels? *+i±d] quand? ^*I>, enclitique marquant le doute, l'interrogation, comme ne en latin, fj« en éthiopien.
1. Dans d'antres dialectes araméens, raffaiblissement de ce hé est plus fréquent, comp. JHfc Dan. pour jnn, <-»i-"", TlK -|TR celle-là jrrK et pn celui-ci, en palestinien.
Ce thème est composé de deux éléments, l'un interrogatif a
l t et,,
ou Aa, hébr. k\ ?H, ar. \ J-* * est-ce que? L'autre relatif, y, indique le milieu dans lequel se trouvent les objets, ||f ici2.
Affaibli en simple voyelle, l'interrogatif apparaît en tête des particules d'interrogation, de doute, de souhait, de négation ou de comparaison : J si (hébr. p est-ce que? DK si, pK non, targ. pK JK, talm. et éthiop. ''K non)3, o] ou, même, **>] même, bien plus, *z*\ oui.
3° ? primitivement aspiré, § 23 b, entre dans la composition des pronoms démonstratifs; mais en araméen, le pronom ? **! (HT \> Tf) n'est plus démonstratif; il est devenu relatif4. Cet élément est éliminé en syriaque dans les pronoms ^<n p<n celui-ci, li*| quel? r^> ]*£> quoi? tandis que dans d'autres dialectes il se maintient pTl pTK; mais il demeure au féminin y>& celle-ci, ?,4 quelle? = KTt KTH (comp. hébr. 1T, talm. 1PK). Le radical ^ qui se combinait avec |<n et **j pour la composition de ces pronoms, n'existe plus que comme adverbe or, donc] r^r*™ alors, *z*r*> donc en sont aussi formés.
4° Kaph et taw sont deux éléments opposés aux autres ou entre eux dans le développement des particules et des pronoms démonstratifs.
1. C'est pour suppléer an manque de cet interrogatif, que le syriaque a emprunté au grec le mot )î] opot.
2. Comp. u\ qui sert de support aux pronoms suffixes en arabe, comme en éthiopien ya unit les suffixes aux noms (v. Dillmann, §§ 150 et 153); en syriaque &*, targ. ]"Ç, hébr. DiK avec les suffixes; ce dernier même est employé comme démonstratif ce cette dans la Misna, en samaritain HiT et en syro-palestinien <*à-*, v. Nœldeke, ZeiUchr. d. D. M. <?., XXII, p. 471. Suivant ce savant (même journal XXXI, p. 771), le démonstratif ô\ viendrait de l'interrogatif ^S\.
3. Ainsi en arabe le démonstratif ol Peut être interrogatif et négatif; et le conditionnel £>\ P^ut être également négatif.
4. Ceci tient à ce que ce pronom est toujours à l'état construit, voy. § 316; et l'état absolu, ne se distinguant plus de l'état construit, a fini par disparaître. En éthiopien les deux états sont distincts et se sont maintenus: *H à l'état absolu, demeure démonstratif, H à l'état construit, devient relatif. En hébreu les deux états ne sont pas séparés, aussi n'est-ce que très-rarement que HT vaut comme relatif. L'arabe a conservé à \> son sens de démonstratif; pour le relatif, il emploie une forme déterminée de ce pronom, où la relation est marquée par le génitif L5jJ\.
Par opposition k <n et k ?, kaph indique l'éloignement, comp. lii ici \5 pj Tf s TfH: i ceZm-cî avec ^sAii fà e^i **£)> •sp'j tHi« i Tf iM* » celui-là. Taw est opposé k <n de la troisième personne dans les pronoms de la deuxième hJ] **£jj ^obj) ^-*£J), tandis que kaph se rencontre dans le pronom de la première personne *?ï£ ttHJfcjt (où H vient par permutation de 5) et dans les suffixes t vao voa ,-*£>. Dans les désinences des Ie et 2e personnes, au prétérit des verbes, apparaît taw, excepté en éthiopien et en samaritain moderne *, où se trouve kaph.
En araméen comme en hébreu, kaph sert k composer l'adverbe de lieu de proximité ]o K£ ,13 qui se trouve en éthiopien dans Jfcfi non pas2, tandis que dans tif^'b = \*J oùf taw permute avec lui.
L'adverbe de lieu, kaph est devenu le signe de la comparaison ou de l'équivalent, à la place de, au lieu de, lorsque deux propositions ou deux mots sont mis en parallèle : ^ ^ ^ Ui
^»f \isu\ Zoof ^oo«ji &io|a comme, ]isan ainsi, à-^ à^ao) d savoir. Nous avons vu qu'en arabe et en éthiopien principalement, le kaph ajouté k un pronom indiquait l'éloignement, quelquefois cependant il n'est qu'intensif, comme >^i et &yXk lui-même, ^u* se prend aussi dans le sens de ici. En éthiopien on se sert dans ce cas d'un taw qui forme l'appendice des pronoms 0*M: lui-là, *ffli: celui-ci; il est probable qu'il faut expliquer de même le T\ que l'on rencontre, k la fin du mot fi©!! en phénicien, dans n©î1 Dâ^Ttjt ces hommes-là (Inscr. d'Eâmounazar, dern. 1., et de Marseille, 1. 17). En hébreu ce taw final s'est altéré, la terminaison at est devenue û et on dit Î1ÇÏJ njîl3. Mais, on le comprend, cet appendice ne peut se trouver dans les noms qu'k l'état absolu et non point dans ceux qui sont k l'état construit, comme une préposition ou une conjonction. Il faudrait donc se garder d'expliquer ainsi la terminaison des
particules de comparaison dont nous venons de parler ^oef xoaoi teè\o (avec a primitivement long nitt9). Cette terminaison est